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Le nez de Rembrandt

Auteur : Michael Taylor

Traducteur : Richard Crevier

Date de saisie : 07/12/2006

Genre : Beaux Livres

Editeur : A. Biro, Paris, France

Prix : 38.00 / 249.26 F

ISBN : 978-2-35119-014-2

GENCOD : 9782351190142

  • Lettre a mon libraire : Lettre de Michael Taylor – 16/09/2008
  • Je me suis souvent demande pourquoi Rembrandt, dans ses nombreux portraits et autoportraits, semble s’etre acharne sur le nez de ses modeles, y compris le sien, lui donnant tant d’epaisseur qu’un de ses contemporains a dit facetieusement qu’on pouvait ramasser une toile du maitre pour le bout du nez. D’ou vient cette obsession nasale ? Pourquoi l’a-t-elle conduite a modifier sans cesse son propre nez dans ses representations de lui-meme ? J’ai regarde de pres ses oeuvres, j’ai porte une loupe, pour ainsi dire, a son nez et a celui de ses proches, tel qu’il les a depeints, j’ai passe des mois dans la splendeur et la misere de son univers. Je crois maintenant comprendre, en partie du moins, pourquoi le visage pour lui commencait et finissait par le nez, et ce qu’il y a de metaphysique et en meme temps de purement physique dans son approche. Mais surtout, en ecrivant ce texte qui s’ecarte volontairement des voies officielles de l’histoire de l’art, j’ai appris a le regarder. C’est le bonheur de cette decouverte que je souhaite partager avec le lecteur.

    • Les presentations des editeurs : 16/09/2008

    Meme un bref coup d’oeil aux portraits et autoportraits de Rembrandt suffit pour etre frappe par l’etonnante gamme de traitements du nez. Le nez de l’artiste lui-meme et ceux des visages qu’il a peints, qu’il s’agisse de mendiants ou de bourgmestres, apparaissent comme acteurs sur la scene du visage : ils sont au premier plan, captent la lumiere et crient leur presence parmi les ombres et demi-teintes ou les autres traits se refugient. On ne peut pas ne pas les voir. Leur volume presque palpable joue un role central dans les compositions des oeuvres. Pourquoi cette obsession nasale ? Dans cet essai serieux, inventif et non conventionnel, Michael Taylor mene le lecteur au coeur de l’art de Rembrandt a travers un chemin de traverse. Une chronologie tres complete de la vie et des oeuvres de Rembrandt termine l’ouvrage. Le lecteur trouvera dans le livre un cahier detachable avec les oeuvres de Rembrandt dont les details ont ete reproduits dans le corps de l’ouvrage.

    Michael Taylor est l’auteur d’une biographie de Victor Segalen (Vent des Royaumes, Seghers, 1983) et une Histoire illustree des voyageurs occidentaux au Tibet publie par l’Office du Livre Fribourg, Payot Paris et Georg Westermann Verlag. Il est le traducteur et le co-traducteur de nombreux livres d’art, notamment le Matisse de Pierre Schneider, les archives de la Chapelle de Vence, les catalogues raisonnes de Vuillard et Pissarro co-edites par Wildenstein Institute/Skira. Il a un doctorat de litterature comparee et reside en France.

    • Les courts extraits de livres : 16/09/2008

    La composition constructiviste en triangles imbriques cree un equilibre subtil entre des valeurs et des textures opposees : un soleil cuisant et des ombres veloutees, une maconnerie croulante et un ensemble de notations tres subtiles, d’une acuite que l’on n’eut pas crue possible sous le burin d’un graveur – les herbes et le bouquet de roseaux au premier plan a droite, le crin tres fin de la queue du cheval, le plumet leger de la coiffe du palefrenier, la plume du beret de l’oisif a la fenetre, l’aigrette piquee dans le turban du Samaritain, le feuillage d’ete a peine discernable derriere l’auberge, le tourbillon de feuilles seches chassees par le vent en direction de la servante qui puise de l’eau et la meche de cheveux qui s’echappe de son bonnet. Pris dans ce maillage de details picturaux, bien d’autres contrastes explicitent la lecon recelee par cette scene neo-testamentaire typiquement hollandaise et de prime abord familiere. L’artiste a tisse des extremes – une contemplation reveuse et des manifestations d’effort et de tension tangibles -, notamment dans la maniere d’organiser la scene ou l’on descend le voyageur blesse du cheval, lequel, petit et neanmoins sculptural, semble somnoler dans la flaque des ombres retrecies par le soleil de midi. Sans parler du chien accroupi pres de la croupe de l’animal et dont l’effort pour se soulager souligne d’une fausse note bizarre le geste hautain du Samaritain qui depose quelques pieces dans la pogne de l’aubergiste. Devant la toile de fond constituee par une auberge de campagne a moitie en ruine, dont le cachet antique a quelque chose de vaguement exotique, on aide un homme grievement blesse a mettre pied a terre. Un groupe de personnages est dispose autour des marches menant a la porte de l’auberge, chacun absorbe par son occupation ou ses preoccupations. Ce qui leur confere une individualite tout en les rassemblant, c’est un abrege, pour ne pas dire une stenographie de leurs traits, en particulier de leurs yeux et de leurs nez. Le jeune palefrenier qui retient le cheval est signifie par son attitude, celle caracteristique du garde du corps, large ceinture et dague a la taille, visage imberbe en demi-lune a l’oeil droit materialise par un simple point et au nez camus leve vers le voyageur secouru dont les traits se contractent en une grimace de douleur. De son cote, le serviteur qui l’aide a descendre de cheval ne semble guere se soucier du poids de son corps. Seule la pression de ses doigts sur les plis de la tunique du voyageur blesse evoque l’effort deploye.