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Le palais de cristal : a l’interieur du capitalisme planetaire

Couverture du livre Le palais de cristal : a l'interieur du capitalisme planetaire

Auteur : Peter Sloterdijk

Traducteur : Olivier Mannoni

Date de saisie : 09/11/2006

Genre : Philosophie

Editeur : M. Sell editeurs, Paris, France

Prix : 25.00 / 163.99 F

ISBN : 978-2-35004-032-5

GENCOD : 9782350040325

  • Les presentations des editeurs : 30/09/2006

Pour Peter Sloterdijk, l’annee 1492 sonne le debut de cette mondialisation qui a ete precedee, du point de vue scientifique, par l’arrondissement d’une planete que l’on croyait plate. Esprit d’entreprise et gout du risque caracterisaient ce phenomene d’abord porte par des decouvreurs et des investisseurs, et qui a pris aujourd’hui une tournure essentiellement economique. Dans la phase finale de la globalisation, le systeme mondial s’est totalement epanoui ; il donne a toutes les formes de la vie les traits du capitalisme. Peter Sloterdijk utilise le Palais de Cristal de Londres, lieu de la premiere exposition mondiale de 1851, comme metaphore extremement eloquente de cette situation : le palais symbolise le caractere inevitablement exclusif de la globalisation, la creation d’une structure de confort, c’est-a-dire la construction d’un espace interieur prenant l’aspect d’une gelee hyperactive qui avale les humains devenus des consommateurs, un milliard et demi de gagnants de la globalisation – ils sont trois fois plus nombreux a attendre devant la porte.
Le fait central des Temps modernes n’est pas que la Terre tourne autour du soleil, mais que l’argent court autour de la Terre. Avec les moyens d’un grand recit d’inspiration philosophique, Peter Sloterdijk trace les contours d’une theorie du temps present.

Peter Sloterdijk est considere comme l’une des grandes figures de la philosophie contemporaine. Parmi de nombreuses traductions : Regles pour le parc humain (Mille et Une Nuits, 1999), Essai d’intoxication volontaire (Calmann-Levy, 1999), Spheres I -Bulles (Pauvert, 2002), M le soleil, ni la mort (Pauvert, 2002), Spheres III – Ecumes (Maren Sell Editeurs, 2005) et Derrida, un Egyptien (Maren Sell Editeurs, 2006).

  • La revue de presse Roger-Pol Droit – Le Monde du 10 novembre 2006

Horlogers ou navigateurs, ce pourrait etre une maniere de classer les philosophes. Les horlogers sont attentifs au moindre rouage theorique, obsedes par les agencements conceptuels, exigeants et meticuleux, austeres, eventuellement ennuyeux. Les navigateurs multiplient les perspectives, parcourent les contrees lointaines, derivent sur les grands courants, rencontrent des paysages insolites – au risque, parfois, de l’approximation ou de la fausse route. A l’exactitude restreinte, ils preferent la profusion de points de vue. Peter Sloterdijk appartient a cette categorie…
Pour comprendre d’ou nous venons et ou nous en sommes, Sloterdijk s’est embarque dans une vaste analyse de l’histoire occidentale, en trois volumes, intitulee Spheres. Le Palais de cristal, qui en reprend certaines grandes lignes, est une bonne facon d’entrer dans cette effervescence.

  • Les courts extraits de livres : 30/09/2006

Retour a la Terre

En consequence, dans les Temps modernes, ce n’est plus aux metaphysiciens, mais aux geographes et aux marins que revient la tache de dessiner la nouvelle image du monde : leur mission est de presenter le tableau du dernier globe. De tous les grands corps ronds, desormais, seule sa propre planete peut encore signifier quelque chose pour l’humanite sans ecorce. Les marins qui naviguent autour du monde, les cartographes, les conquistadors, les marchands travaillant dans le monde entier, et meme les missionnaires chretiens et leur sillage, compose d’assistants au developpement qui exportent de la bonne volonte et de touristes qui depensent de l’argent pour vivre des experiences sur des theatres d’operation eloignes – tous se comportent comme s’ils avaient compris que c’est la Terre elle-meme qui, apres la destruction du Ciel, devait reprendre la fonction de voute ultime qu’exercait ce dernier. Cette Terre physiquement reelle, en tant que corps forme de strates irregulieres, de plis chaotiques, erode par les tempetes, il fallait a present en faire le tour et le domestiquer. C’est la raison pour laquelle la nouvelle image de la Terre, le globe terrestre, devint l’icone dominante de la vision que les Temps modernes avaient du monde. A commencer par le globe Behaim de Nuremberg, en 1492 – le plus ancien specimen conserve -, jusqu’aux photogrammes de la Terre par la NASA et les prises de vue realisees depuis la station Mir, le processus cosmologique de la modernite est marque par les mutations formelles et les precisions de l’image de la Terre dans ses divers medias techniques. Mais a aucun moment – y compris a l’epoque du vol spatial -, l’entreprise consistant a visuasions d’une imagination socio-uterine mise en quartiers regionaux, domestiques et gregaires.
Avec cette ouverture sur l’infini, le risque qui s’attache aux localisations modernes devient aigu. Les gens savent, meme si c’est au debut de maniere seulement confuse et indirecte, qu’ils sont contenus ou – ce qui revient desormais pratiquement au meme – perdus quelque part dans l’espace sans frontieres. Ils comprennent qu’ils ne peuvent plus se fier a rien sinon a l’indifference de l’espace homogene et infini. Negligeant le postulat de proximite des spheres humaines, l’exterieur s’etend comme une entite etrangere autonome ; son premier et unique principe semble n’avoir aucune preoccupation des etres humains. Les convictions des mortels, qui croient devoir y chercher quelque chose – que l’on songe aux ideologies du vol spatial des Americains et des Russes – restent necessairement des projets tres instables, vulnerables au decouragement et auto-hypnotiques qui se profilent devant un arriere-fond d’absurdite. Ce qui est vrai dans tous les cas, c’est que l’espace exteriorise, neutralise, homogeneise, reste le fait originel des sciences naturelles des Temps modernes. Le principe de la primaute de l’exterieur fournit leur axiome aux sciences de l’etre humain.