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Le rideau leve

Auteur : Mirabeau

” Je t’envoie, cher chevalier, un manuscrit gaillard.
Tu aurais de la peine à t’imaginer où je l’ai pris. C’est une bagatelle sortie d’une jolie main de mon sexe, et c’est un délassement badin adressé dans un cloître. Comment un tel bréviaire se put-il introduit parmi les guimpes d’une religieuse ? C’est ce que mes yeux eurent de la peine à me persuader : Rien n’est cependant plus vrai, cher chevalier, et c’était un présent digne de sa destination. L’amour n’est point étranger dans ces lieux : le sentiment constitue le naturel du beau sexe ; la sensibilité forme la principale partie de son essence ; la volupté exerce un empire vainqueur sur ces êtres délicats.
A ces dispositions originaires, qu’on joigne les effets échauffants d’une imagination exaltée dans la retraite et l’oisiveté, on trouvera la raison de cette fureur intestine qui nous maîtrise dans les couvents. ” Plus connu pour sa participation à la rédaction de la Déclaration des droits de l’homme que pour ses textes de fiction, Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau, fut un débauché, un opportuniste et surtout, un orateur de génie.
Son éloquence était telle qu’elle était saluée par Rivarol, pourtant féroce adversaire des idées nouvelles. Cette éloquence, on en retrouve la trace dans ce Rideau levé, qui va au-delà du simple exercice de style, passage obligé des écrivains inspirés par l’esprit des Lumières. Nous sommes au temps où la philosophie révolutionnaire naît dans le boudoir, croît dans les cafés et expire sur l’échafaud…
Cet ouvrage, paru il y a plus de deux siècles, reste d’une étonnante actualité.