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Le roman de mai 68

Couverture du livre Le roman de mai 68

Auteur : Jean-Luc Hees

Date de saisie : 04/03/2008

Genre : Politique

Editeur : Rocher, Monaco, France

Collection : Le roman des lieux et destins magiques

Prix : 19.90 / 130.54 F

ISBN : 978-2-268-06482-6

GENCOD : 9782268064826

Sorti le : 06/03/2008

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  • L’espace des editeurs : Jean-Luc Hees – 17/09/2008

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Jean-Luc Hees – 19/02/2008

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

Nicolas Sarkozy, huit jours avant son accession a la Presidence de la Republique, a rouvert, a sa maniere, sans detour, l’histoire de Mai 68 et l’analyse qu’on en fait generalement. Au fond, il resumait ce jour-la les grandes lignes de sa campagne electorale a l’usage de ceux qui, a droite, precisement, doutaient encore de sa legitimite. C’etait le point final, et efficace, d’un processus de decomplexion. Car, depuis 40 ans, ce qu’il est convenu d’appeler la droite n’a jamais reussi a resoudre l’enigme de Mai 68, cet evenement obscur.

Nicolas Sarkozy, dont la personnalite est directement heritiere de ces journees de printemps qui ont tant frappe les esprits, a sans doute juge utile de dire aux Francais que la page etait tournee et qu’il fallait remettre de l’ordre dans l’ecole, dans l’usine et dans la societe francaise. La charge etait severe, injuste sans doute, mais le message est passe, tant mai 68 incarne encore, pour la France conservatrice, et aussi pour une frange de la gauche sociale democrate, un moment de flottement, un moment d’angoisse et un heritage impossible a gerer.

Jean Luc Hees a longtemps ete correspondant aux Etats-Unis avant de diriger France Inter. Journaliste plutot porte sur l’histoire et la culture, il a toujours tenu la chose politique a bonne distance, malgre les fonctions qu’il a occupees, jusqu’a une certaine campagne electorale… Il est l’auteur de La Saga de la Maison Blanche (Presses de la renaissance, 2006) et de Sarkozy president ! (Editions du Rocher, 2007).

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Extrait de l’introduction :

J’allais tranquillement vers mes 17 ans lorsque les sirenes de Mai 68 se sont mises a rugir dans le lointain. Dans le lointain parce que j’habitais a l’epoque en bordure d’une petite ville de Normandie et qu’a cent kilometres de la, Paris se situait a des annees-lumiere.
J’allais passer mon Bac Philo, comme on disait a l’epoque, et mes capacites d’imagination du futur etaient tres limitees. Je crois qu’a part les livres, mon chien et les filles (totalement inaccessibles dans le no man’s land qui etait le mien), peu de chose pouvait me faire devier de la ligne tres diffuse qui m’etait assignee, a moi et a des millions de jeunes Francais. On attendait. On ne se marrait pas tous les jours. Les peres etaient severes. La conduite de la vie familiale etait maitrisee et, pour tout dire, on s’ennuyait assez ferme. On n’avait pas prevu de faire autrement.
Autour de moi, a 14 ans, les garcons et les filles allaient travailler. Sans rechigner. Sans etats d’ame ! Leur salaire, generalement, allait, pour la plus grande part, aux parents, pour payer le gite et le couvert. On appelait cela payer sa pension. C’etait pour aider, et encore une fois, c’etait bien naturel.
Un jour, on se mariait, assez souvent avec la premiere ou le premier venu. De preference un voisin, ou disons quelqu’un de pas trop eloigne. Cote transport, a l’epoque, on etait plutot limites.
On ne demenageait jamais tres loin, on faisait des enfants des qu’on avait pu s’acheter une voiture, et on ne se demandait pas vraiment si tout ceci ressemblait a un petit bonheur ou a un immense malheur.
Au-dessus de nous, enfants et adultes, se balancait l’ombre plutot bienveillante du general de Gaulle. Total respect ! D’autant plus que mon pere, ancien resistant, et pas de la derniere heure s’il vous plait, collait avec enthousiasme et conviction les affiches de l’UDR, lors de chaque campagne electorale. J’ai moi-meme, adolescent, participe a ces virees nocturnes en Estafette Renault. C’etait excitant : la compagnie des hommes, les pots de colle, les gars du parti communiste qui faisaient semblant de nous menacer, l’ambiance coup de main et surtout le casse-croute, au petit matin, dans une auberge tenue par un militant gaulliste. Je me souviens de la sempiternelle mise en garde, une fois les portes de l’Estafette refermees, lors de chaque nuit d’affichage : Pas d’armes sur vous, on est d’accord, hein ? Ca vous mettait dans l’ambiance !
On ne parlait pas politique. On ne se disait meme pas qu’on collait des affiches electorales pour la droite. On etait gaullistes. Toute la famille ! On ne disait pas qu’on etait de droite, encore moins conservateurs. Ca, on sentait que ce serait totalement ridicule. On n’avait absolument rien a conserver. Mon pere etait fauche comme les bles, a perpetuite. Il n’avait jamais ouvert un livre. L’ecole, il l’avait vue de loin, de tres loin. Il etait peintre en batiment, et il etait fier de l’etre. Ses cinq enfants lui obeissaient, ou, en tout cas, evitaient soigneusement d’entrer dans une querelle avec lui. Il avait l’autorite sur nous, sans la reclamer, sans avoir a l’imposer.
Nos betises, nous les faisions en cachette et nos fantasmes, nous les gardions soigneusement dissimules. L’avenir serait different, on se le promettait tous les jours. Mais imaginer un instant que le devoir de notre generation consistait a modifier l’ordre des choses dans la societe francaise n’etait pas prevu au programme. Nous n’avions pas ce genre de lubie.

La seule emotion politique ressentie avant ce joli mois de mai, je l’avais connue dix ans plus tot. Un fameux 13 mai 1958. Ce jour-la, je jouais aux osselets avec mes copains a l’ecole primaire. Nos deux instits n’avaient pas le coeur a la tache, eux pourtant si rigoureux dans le travail et la discipline. Je me souviens d’une ambiance tres particuliere, entre veille de vacances et invasion barbare. Il y avait une sorte d’anxiete dans l’air. Le soir, on m’avait explique, avec une certaine gravite joyeuse, que le General allait revenir aux affaires. Autrement dit, la France, cette feignasse velleitaire, etait sauvee, encore une fois. Toute la famille s’est endormie, soulagee, ce soir-la. Vive de Gaulle ! A aucun moment, on ne s’est dit que la patrie venait de subir un viol. De toute facon, il le fallait pour eviter le peril rouge.
Cette indolence m’a poursuivi tres longtemps. Et je dois a la verite de dire que mon degre de conscience politique a mis un temps anormalement long a se developper.
En Mai 68, mon pere et moi, on regardait la television qu’il avait achetee, a credit, pour pouvoir suivre le Tour de France. Et puis la chienlit est arrivee, meme sur l’ecran du poste de tele qui a fini par se mettre en greve. L’absolue trahison de la classe ouvriere isolee en peripherie provinciale ! Avant que la mire, ou la pendule, ne prenne definitivement possession de notre television, nous avions pu voir un echantillon des manifestations qui secouaient Paris. Nous etions eberlues, et scandalises. Comment pouvait-on frapper un policier ? Pire ! Comment pouvait-on bruler une voiture ? Je crois qu’a l’epoque, mon pere circulait encore a mobylette. Un bijou, une Captivante qu’il bichonnait tous les dimanches matins.