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Le soleil des mineurs

Couverture du livre Le soleil des mineurs

Auteur : Elise Fischer

Date de saisie : 21/02/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Pocket, Paris, France

Collection : Terroir, n 13402

Prix : 6.70 €

ISBN : 978-2-266-17449-7

GENCOD : 9782266174497

Sorti le : 21/02/2008

  • Les presentations des editeurs : 25/02/2008

En raison d’un amour interdit, Blanche Bergmann a quitte la Moselle pour Paris et fui la colere de ses parents. Quinze ans ont passe : devenue infirmiere, Blanche est desormais veuve et se rend au chevet de son pere mourant. C’est l’heure de la reconciliation et des confessions : juif chasse de l’Allemagne hitlerienne, Kurt Bergmann a trouve refuge en Lorraine, epouse la fille de refugies italiens et connu la solidarite et l’enfer de la mine. Au meme moment, un coup de grisou eclate a Forbach. Blanche court au-devant des blesses et met ses competences professionnelles au service des mineurs. Serait-ce pour elle l’occasion de changer de vie et de revenir a ses origines ? Car le destin lui reserve bien des surprises…

Un bel hommage.
Femme Actuelle

Egalement chez Pocket : Trois reines pour une couronne, Les alliances de cristal et Mysterieuse Manon.

  • Les courts extraits de livres : 25/02/2008

Blanche a quitte ses vetements pour revetir sa tenue d’infirmiere. Ses cheveux sont emprisonnes dans une charlotte en jersey. Elle a chausse ses pieds de bottines de tissu et passe autour de son cou le masque qu’elle posera sur son visage quand elle entrera dans les chambres des patients, apres avoir lave ses mains jusqu’aux coudes. Elle se dirige deja vers le distributeur de savon et le lavabo quand elle apercoit Reine, qui visiblement la cherche.
– Ah, tu es la ! Il y a un appel pour toi. C’est urgent. Blanche songe a Amina, sa fille, qu’elle a quittee un peu fievreuse le matin. Le medecin aurait-il deja fait sa visite ? Serait-ce un appel de madame Leonard, la concierge, qui a promis de la tenir au courant ?
Reine a dit : C’est urgent. Une bouffee d’inquietude submerge Blanche. Comme pour se rassurer, elle adresse un bref sourire a sa collegue.
– Ne traine pas, tu sais que les visites commencent dans moins de dix minutes et que le patron n’aime pas attendre, previent Reine.
Blanche se contente de secouer la tete comme pour signifier : Mais qu’est-ce que j’y peux ? Dans le couloir, le telephone est decroche, le combine repose sur la petite etagere sous le recepteur. Une secretaire prend un cafe a deux pas et bavarde avec une aide-soignante a la porte du bureau de la surveillante.
– C’est pour vous, Blanche. Une dame bouleversee, semble-t-il.
Blanche a deja saisi l’appareil.
– Oui, Blanche Bergmann.
Elle fremit, se raidit et croit s’evanouir en entendant une voix de femme qu’elle aurait reconnue entre mille malgre les quinze ans d’absence et de silence. Au telephone, Renate, sa mere, pleure.
– Oh ! Ma grande, ton pere va mourir. Il faudrait que tu viennes. Je t’en prie, Blanche.
– Je…
– Il est dans le coma. Il ne pouvait plus respirer et son etat s’est aggrave. Il est a l’hopital Sainte-Barbe, a Forbach. Les medecins disent que ce n’est pas la peine de le transporter a Metz ou a Nancy. Est-ce que tu vas venir ? Oh, Blanche, s’il te plait !
Les supplications et les sanglots de sa mere la petrifient dans cet immense couloir d’hopital ou le personnel va et vient, comme chaque matin, apres le petit dejeuner distribue aux patients entre toilettes et visites du corps medical. Au telephone, une femme eploree sanglote, cherche un peu de reconfort aupres de sa fille, qui se tend et se fige pour ne pas se laisser atteindre.
– Tu m’entends, Blanche ? S’il te plait, ne raccroche pas.
Blanche n’y a meme pas songe. Elle reste simplement sans reaction, si peu prete a cette annonce, si peu disposee a repondre a cette priere.
– Je vais voir, parvient-elle a articuler avec peine, je vais voir ce que je peux faire.
– Blanche, ne me laisse pas seule ! C est trop dur. Je…
La voix de Renate baisse, n’est plus qu’un faible murmure qui cede le terrain aux larmes. Blanche imagine sa mere, toujours aussi frele, le petit pruneau, disait autrefois son pere. Elle l’imagine un peu plus ratatinee, epuisee par le chagrin et les ans. Blanche respire profondement comme pour aller chercher quelque force enfouie dont elle va avoir besoin. Il ne s’est pas ecoule une minute depuis qu’elle a saisi le telephone, et deja son monde tremble, se fissure, vacille. Elle ne sait plus qui elle est ni ou elle est. Est-elle a Paris en ce debut d’annee 1985 ou en Lorraine en 1969 ? La voix de Renate a aboli les quatre cents kilometres les separant.
Forbach s’impose a son regard, mais surtout Creutzwald, a quelques kilometres. Brusquement la foret du Warndt ‘ se dresse, puis le terril qui s’eleve par-dessus le chevalement du carreau de la mine. Non, ce doit etre le contraire. Enfin, elle ne sait plus. Les annees ont mis quelque distance, gomme les proportions des paysages, mais pas celles des evenements, elle le sait quand ses souvenirs plongent dans la Bisten qui s’offre a elle. Elle ne peut pas avoir oublie. Le Warndt fond sur elle, la happe, l’enveloppe de son profond mystere. Un froid glace la saisit et lui tombe sur les epaules avant de couler le long de son dos.