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Le temps ou nous chantions

Couverture du livre Le temps ou nous chantions

Auteur : Richard Powers

Traducteur : Nicolas Richard

Date de saisie : 22/04/2008

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : 10-18, Paris, France

Collection : 10-18. Domaine etranger, n 4053

Prix : 10.90 / 71.50 F

ISBN : 978-2-264-04144-9

GENCOD : 9782264041449

Sorti le : 03/04/2008

  • Le choix des libraires : Choix de Hubert Trouiller de la librairie LE MARQUE PAGE a SAINT- MARCELLIN, France – 17/09/2008

Intelligent, tonique, emouvant.
Il faut reprendre son souffle, s’arreter pour que le cerveau assimile, verifier autour de soi que le monde est toujours la.
La voix de Richard Powers jaillit du plus profond de vous, elle vous raconte ce que vous savez deja. En toile de fond, la lutte des noirs americains pour acceder a l’emancipation : emeutes raciales a Watts et Harlem, soulevement des ghettos. Avec des symboles forts : Rosa Parks dans l’autobus de Montgomery, James Meredith entrant a l’universite du Mississipi sous la protection de la garde nationale (20000 soldats, 2 morts et une centaine de blesses), Martin Luther King et la greve des eboueurs de Memphis…
La famille Strom, l’union impossible d’une noire du sud et d’un blanc immigre juif d’Europe. Trois enfants aux destins dechires entre les cultures, les appartenances.
La souffrance subie par les generations precedentes qui pese sur vous, l’impossibilite de trouver sa place dans un monde fractionne. Une famille unie et transcendee par la musique, toutes les musiques.
Des generations de gens qui chantent et dansent pour conjurer le malheur.
Une superbe polyphonie.
L’oiseau et le poisson peuvent tomber amoureux, mais ou construiront-ils leur nid ?

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

Tout commence en 1939, lorsque Delia Daley et David Strom se rencontrent a un concert de Marian Anderson. Peut-on alors imaginer qu’une jeune femme noire epouse un juif allemand fuyant le nazisme ? Et pourtant… Leur passion pour la musique l’emporte sur les conventions et offre a leur amour un sanctuaire de paix ou, loin des hurlements du monde et de ses vicissitudes, ils elevent leurs trois enfants. Chacun d’eux cherche sa voix dans la grande cacophonie americaine, inventant son destin en marge des lieux communs : Jonah embrasse une prometteuse carriere de tenor, Ruth, la cadette, lutte aux cotes des Black Panthers, tandis que Joseph essaye, coute que coute, de preserver l’harmonie familiale. Peuple de personnages d’une humanite rare, Le temps ou nous chantions couvre un demi-siecle d’histoire americaine, nous offrant, au passage, des pages inoubliables sur la musique.

On sort de ce fleuve emu, bouleverse et admiratif : sans jamais ecrire un roman politique, ni polemique, Richard Powers a decrit, a voix feutree, l’echec definitif d’un ideal.

Christophe Mercier, Le Figaro litteraire

Traduit de l’americain par Nicolas Richard

“Domaine etranger” dirige par Jean-Claude Zylberstein

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

DECEMBRE 1961

Quelque part dans une salle vide, mon frere continue de chanter. Sa voix ne s’est pas encore estompee. Pas completement. Les salles ou il a chante en conservent encore l’echo, les murs en retiennent le son, dans l’attente d’un futur phonographe capable de les restituer.
Mon frere Jonah se tient immobile, appuye contre le piano. Il a juste vingt ans. Les annees soixante ne font que commencer. Le pays finit de somnoler dans sa feinte innocence. Personne n’a entendu parler de Jonah Strom en dehors de notre famille – du moins ce qu’il en reste. Nous sommes venus a Durham, en Caroline du Nord, nous voila dans le vieux batiment de musique de l’universite de Duke. Il est arrive en finale d’un concours vocal national auquel il niera par la suite s’etre jamais inscrit. Jonah se tient seul a droite du centre de la scene. Il se dresse sur place, il tremble un peu, se replie dans le renfoncement du piano a queue, c’est le seul endroit ou il soit a l’abri. Il se penche en avant, telle la volute reticente d’un violoncelle. De la main gauche, il assure son equilibre en s’appuyant sur le bord du piano, tout en ramenant la droite devant lui, comme pour tenir une lettre etrangement egaree. Il sourit : sa presence ici est hautement improbable, il prend une inspiration et chante.
Pendant un moment, le Roi des Aulnes est penche sur l’epaule de mon frere, il lui murmure une benediction mortelle. L’instant d’apres, une trappe s’ouvre dans les airs et mon frere est ailleurs, il fait naitre Dowland du neant, un zeste de culot enchanteur pour ce public amateur de lieder, abasourdi, sur lequel glissent des rets invisibles :

Le temps s’immobilise et contemple cette jeune femme au beau visage,
Ni les heures, ni les minutes ni les ans n’ont de prise sur son age.
Tout le reste changera, mais elle demeure semblable,
Jusqu’a ce que le temps perde son nom, et les cieux reprennent leur cours inevitable.

Deux couplets, et son morceau est termine. Le silence plane dans la salle, il flotte au-dessus des sieges comme un ballon a l’horizon. L’espace de deux mesures, meme respirer est un crime. On ne saurait survivre a cette surprise, sauf en la chassant a coups d’applaudissements. La bruyante reconnaissance des mains relance le temps, la fleche file vers sa cible, et mon frere vers ce qui l’achevera.
C’est ainsi que je le vois, meme s’il a encore un tiers de siecle a vivre. C’est le moment ou le monde exterieur le decouvre pour la premiere fois, le soir ou j’entends la direction que sa voix prendra. Je suis sur scene, moi aussi, assis au Steinway patine a la sonorite caramel. Je l’accompagne, en essayant d’etre a la hauteur, en essayant de ne pas ecouter cette voix de sirene qui me dit : Ne bouge plus tes doigts, viens echouer ton bateau sur le recif des touches et meurs en paix.
Bien que je n’aie commis aucune maladresse fatale, ce soir, je n’ai pas ete particulierement brillant. Apres le concert, je redemanderai a mon frere de me laisser partir, qu’il se trouve un accompagnateur digne de lui. Et a nouveau il refusera. J’en ai deja un, Joey.
Je suis la, sur la scene avec lui. Mais en meme temps, je suis en bas dans la salle, a ma place habituelle : au huitieme rang, a gauche, le siege au bord de la travee. De la je peux voir mes propres doigts en mouvement, examiner le visage de mon frere – assez proche pour tout voir, mais assez loin pour survivre a ce que je vois.