Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

Le vent de la lune

Auteur : Antonio Munoz Molina

Traducteur : Philippe Bataillon

Date de saisie : 06/03/2008

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Cadre vert

Prix : 21.50 / 141.03 F

ISBN : 978-2-02-091466-6

GENCOD : 9782020914666

Sorti le : 06/03/2008

  • Le choix des libraires : Choix de Michel Lanore de la librairie LA BOITE A LETTRES a ASNIERES/SEINE, France (visiter son site) – 26/03/2008

Nous sommes en juillet 1969 Apollo XI transporte Armstrong, Aldrin et Collins vers la Lune. Amstrong y foulera son sol. Ces evenements sont vecus par un adolescent vivant dans une petite ville andalouse retiree. Entre le decalage de cette formidable aventure et une ville qui decouvre le telephone et la television, il y a un adolescent observateur emerveille qui vit le printemps de ses sens avec confusion et sentiment de honte. Cette actualite ouvre des champs d’observation pour ce jeune homme, sur son avenir, sur sa condition sociale, sur la religion.
Chaque page de ce livre est un nouveau printemps de poesie et de bonheur.

  • Les presentations des editeurs : 13/03/2008

Le 20 juillet 1969, l’homme marche pour la premiere fois sur la Lune.
Dans la petite ville andalouse de Magina, un adolescent vit cet evenement avec une passion d’autant plus grande que, pour lui, la vie s’ecoule avec la regularite des choses qui ont toujours ete, dans le temps apparemment suspendu d’une longue dictature. La recolte des olives, les querelles de famille, un secret qui pese sur la ville depuis la guerre civile, le college religieux, tout cet univers pauvre et archaique apparait comme etranger a ce jeune garcon qui assiste a la naissance d’une nouvelle epoque.
Antonio Munoz Molina transmet ici, avec le lyrisme et la poesie qui tendent toute son oeuvre, la fragilite des instants qui peuvent changer une vie : l’arrivee du premier poste de television, les seances de cinema en plein air, la premiere presence humaine sur la Lune.

  • La revue de presse Alice Ferney – Le Figaro du 22 mai 2008

Avec Le Vent de la Lune, son dernier ouvrage traduit, l’ecrivain espagnol Antonio Munoz Molina se livre a un long et precis exercice de memoire et, ce faisant, rappelle que l’on devrait conserver le souvenir de la derniere fois ou notre pere nous a conduits par la main…
Le temps de la mission spatiale donne son unite temporelle au recit et c’est la plus jolie reussite du livre : du 16 au 21 juillet, entre l’apprehension de l’explosion initiale et le pied d’un homme sur la Lune, Antonio Munoz Molina devide l’echeveau emouvant de ses souvenirs…
L’esprit du livre tient dans cette juxtaposition entre la pointe du progres et un monde qui s’attarde dans le passe. Le Vent de la Lune fait coexister sous le regard d’un jeune garcon l’astre mort et la campagne, l’anesse et le vaisseau spatial, le calcul aeronautique et l’art de cueillir les tomates.

  • La revue de presse Andre Clavel – L’Express du 27 mars 2008

Il pourrait sortir d’un polar de Chandler, d’un film de Bunuel ou d’un conte fantastique de Cortazar. Familier des ombres, choregraphe de l’invisible, il partage aussi avec Garcia Lorca le gout des noces de sang et des soleils noirs. Quant a son nom – Antonio Munoz Molina – il s’egrene comme un roulement de castagnettes et pavoise depuis longtemps le fronton des lettres espagnoles…
Tout est la : les mythologies de l’Espagne des annees 1960, les murmures des confessionnaux, les pupitres du pensionnat, le cinema a ciel ouvert, les lueurs des premiers ecrans de television, les ombres funestes des phalangistes, les mains du pere agrippees a la houe, la corde ou se pendit l’aveugle du village. Et cette image enchantee qui traverse tout le recit, celle du premier homme en vadrouille sur la Lune, le 21 juillet 1969. Les yeux fermes, je m’imagine que je suis astronaute, se souvient Munoz Molina, qui raconte ici comment ses reves d’ado allaient accoucher de ses chimeres d’ecrivain. Le Vent de la lune est son livre le plus sensuel. Et le plus precieux pour partager ses secrets, dans les halos du temps retrouve.

  • La revue de presse Frederic Vitoux – Le Nouvel Observateur du 13 mars 2008

Sans dimension concrete, point de roman, c’est une evidence. Sans reveries non plus – reveries des personnages, de l’auteur, du lecteur. Et voila ou ce Vent de la lune deploie tous ses sortileges. Il entrelace des songes, des echappees. Le heros de Munoz Molina se projette dans la conquete spatiale, il s’identifie a chacun des astronautes, il monologue a leur place pour d’etranges et profondes reflexions qui ne sont pas celles d’un garcon de son age mais bien de l’ecrivain lui- meme, qui a commence par se representer en jeune fils de paysan andalou a la fin du franquisme. D’un cote donc, pour tout resumer, le regard apre, precis, cruel, admirablement compassionnel de l’auteur sur cette Espagne-la, de l’autre ces vertiges, ces substitutions, ces fantasmes qui s’enchainent. On n’est pas loin ici du chef-d’oeuvre.

  • La revue de presse Gregoire Polet – Liberation du 13 mars 2008

Prose souple, prehensile et tentaculaire comme la nage sous-marine d’un poulpe ; reverie lente et precise ; sejour en apesanteur dans le cosmos de la memoire, immersion dans le silence colore de la conscience, cette plongee a moitie imaginaire et a moitie autobiographique dans la vie de cet enfant inscrit le texte de Munoz Molina dans la lignee de son oeuvre et de ce roman espagnol moderne qui ne veut renoncer a rien : ni au plus large public ni a la complete exigence de l’auteur. Et il y a quelque chose de grand dans cette volonte intuitivement perceptible de se mettre a la portee de tous et de ne rien refuser a personne…
Il y a dans ce roman de Munoz Molina, griffe par endroits de phrases fascinantes, toute une emotion qui doit, au monde nouveau, servir de respect pour le monde ancien que nous enterrons corps et biens.

  • Les courts extraits de livres : 17/03/2008

Tu attends avec impatience et avec crainte une explosion qui aura quelque chose d’un cataclysme quand le compte a rebours arrivera au zero et pourtant rien ne se produit. Tu attends couche sur le dos, raide, les genoux plies a angle droit, le regard fixe devant toi, vers le haut, en direction du ciel, si tu pouvais le voir, a l’interieur de la transparence courbe du casque qui t’a plonge dans un silence aussi definitif que celui du fond de la mer quand on a termine de l’ajuster a la collerette rigide de la combinaison exterieure. Soudain la bouche de ceux qui etaient les plus proches bougeait sans produire de son et c’etait comme se trouver deja tres loin sans que le voyage eut encore commence. Les mains sur les cuisses, les pieds joints, a l’interieur des grosses bottes blanches avec leurs rebords jaunes et leurs semelles tres epaisses, maintenues pour le decollage par des attaches en titane, les yeux tres ouverts. Tu n’entends rien, pas meme la rumeur du sang a l’interieur des oreilles, ni les battements de ton coeur, que des capteurs fixes a ta poitrine enregistrent et transmettent, profonds, reguliers, avec une sonorite de tambour, mais beaucoup moins precis dans leur cadence que la pulsation des chronometres. Le nombre de ses battements par minute sera enregistre, comme celui du coeur de tes compagnons, chacun d’eux aussi immobile et tendu que toi, chacun des trois coeurs battant a l’interieur d’une poitrine sur un rythme different, comme trois tambours non synchronises. Tu fermeras les yeux, attendant. Les paupieres sont presque la seule partie de ton corps que tu puisses bouger a ta guise et cela te rappelle ta nature physique precaire, ta nudite cachee a l’interieur de trois combinaisons superposees, faites de nylon, de plastique, de coton, traitees avec des substances ignifuges. Chaque combinaison, en elle-meme, est deja un vehicule spatial. Il y a quelques annees, pendant plus d’une heure, tu as flotte dans le vide a une distance de deux cents kilometres au-dessus de la Terre, uniquement relie au vaisseau par un long tuyau qui te permettait de respirer : tu ne te rappelles ni peur ni vertige, rien qu’une sensation de parfaite tranquillite, te mouvant sans poids, etendant bras et jambes au milieu du neant, imperceptiblement frappe par les particules du vent solaire. Les yeux fermes je m’imagine que je suis cet astronaute. Je ne vois pas d’etoiles, seulement une obscurite dans laquelle rien n’existe, ni haut ni bas, ni pres ni loin, ni avant ni apres. Je vois la courbure immense de la Terre, resplendissant bleue et blanche et bougeant tres lentement, les spirales des nuages, la frontiere d’ombre entre la nuit et le jour. Mais maintenant je ne veux pas flotter dans l’espace. Maintenant je ferme les yeux et j’alimente mon imagination avec de meticuleuses donnees pour me trouver a l’interieur du vaisseau Apollo XI, a la seconde meme du decollage. Tu controles partiellement le mouvement de tes paupieres, membranes si fines glissant sur la courbure humide de l’oeil, et les muscles qui mettent le globe oculaire en mouvement et qui, pour autant que tu les forces, ne te permettent de voir ni a droite ni a gauche. A ta droite et a ta gauche se trouvent les deux autres voyageurs, aussi raides que toi a l’interieur de leurs combinaisons et de leurs casques, etendus dans la meme position, maintenus par les memes sangles elastiques et les memes attaches de titane, enfermes avec toi dans l’espace conique d’une cabine riche en oxygene et pleine de fils, d’interrupteurs, de connexions electriques, un piege explosif qui peut se transformer en une boule de feu si jaillit l’etincelle en rien improbable d’un court-circuit. D’autres sont morts comme cela, dans un espace aussi etroit et suffoquant que celui-ci, dans cette meme position qui a par avance quelque chose de funeraire. Celui qui etait le plus pres de l’ecoutille a essaye de debloquer le levier qui la maintenait fermee et il n’a pas reussi, puis un instant plus tard tout l’oxygene a explose en un seul embrasement. Plaques de metal se tordant portees au rouge vif, fumee toxique d’isolants et de fibres synthetiques, plastique fondu qui adhere a la chair brulee et qui s’y mele. La capsule est situee au sommet d’une fusee plus haute de vingt metres que la statue de la Liberte, chargee de sept mille tonnes d’hydrogene liquide inflammable au point que sa surface exterieure est couverte de plaques de glace artificielle qui doivent la maintenir a basse temperature dans la chaleur humide des marais de Floride. Mais tu n’as pas de sensation de chaleur, malgre la combinaison, le casque et les trois corps allonges l’un a cote de l’autre dans l’etroitesse du cone, chacun avec sa pulsation secrete, ses battements de paupieres, le sang de chacun courant avec une rapidite legerement differente. Un reseau de tubes capillaires extremement fins permet a un flux constant d’eau froide de circuler dans la paroi de la combinaison spatiale et de la refroidir. De l’air frais qui sent legerement le plastique circule avec douceur sur la peau, effleure le visage, les doigts a l’interieur des gants, le bout des doigts qui frappent de maniere instinctive, avec une impatience controlee, et que des capteurs enregistrent aussi. Mais ce n’est pas exactement de l’air : c’est surtout de l’oxygene, soixante pour cent, et quarante pour cent d’azote. Plus il y aura d’oxygene plus grand sera le danger d’incendie. L’air sentait le sel et peut-etre les algues et la vase des marais, meme au niveau de la passerelle qui conduisait a l’ecoutille ouverte, a cent dix metres au-dessus du sol. Il n’y avait pas d’endroit plus haut dans toute l’etendue des plaines et des marais qui se prolongeaient jusqu’a l’horizon de la mer.