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Le vol de l’ibis rouge

Auteur : Maria Valeria Rezende

Traducteur : Leonor Baldaque

Date de saisie : 13/03/2008

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Metailie, Paris, France

Collection : Bibliotheque bresilienne

Prix : 18.00 €

ISBN : 978-2-86424-646-6

GENCOD : 9782864246466

Sorti le : 13/03/2008

  • Le choix des libraires : Choix de Valerie Ehrhardt de la librairie AU POIVRE D’ANE a LA CIOTAT, France – 05/02/2008

Ro. Pauvre Diable, orphelin sans nom, grandit entre sa grand-mere et l’indien. L’une le nourrit de lait et l’autre l’abreuve d’histoires, de mots qu’il ne sait pas lire.
Sa. Il devient Noyau car ses poches sont remplies de graines, toutes les semences pour replanter les arbres qu’il abat pour le Boiteux.
Lio. Son envie de savoir lire et ecrire est la plus forte, elle le pousse a avancer, fuir la mine d’or, aller vers la ville a la recherche d’une ecole.
Rosalio touche au but lorsqu’il rencontre Irene. Elle est malade, epuisee par la vie, sans espoir et va accueillir Rosalio aupres d’elle. Celui-ci va lui raconter des histoires, son histoire et Irene va lui apprendre a dechiffrer les mots, les lettres. Melant contes et litterature, ce beau roman nous enchante par les narrations croisees et par les liens subtils que tissent peu a peu Rosalio et Irene.

  • Les presentations des editeurs : 05/02/2008

Une prostituee atteinte du sida et un jeune manoeuvre analphabete qui transporte un coffre plein de livres se rencontrent par hasard. Il a besoin que quelqu’un l’ecoute. Elle a besoin d’exister pour quelqu’un qui la desire avec sincerite. Anonymes et invisibles, ils joignent leurs miseres et s’evadent dans un autre monde ou l’imagination change la realite et rend la vie un peu plus supportable.

Maria Valeria Rezende construit une narration a la fois simple et raffinee, melant elements de la culture populaire (les romans de Cordel) et de la culture erudite (les Mille et une Nuits ou le Quichotte), dans un style musical et travaille jusqu’a atteindre une extreme limpidite.

Maria Valeria REZENDE est bresilienne. Elle est entree en 1965 dans la Congregation de Notre-Dame et s’est des lors consacree a l’Education populaire, d’abord dans la peripherie de Sao Paulo et, a partir de 1972, dans le Nordeste. Elle a defendu la theologie de la Liberation aux cotes de Frei Betto et n’a jamais cesse de lutter contre les injustices et la pauvrete.

  • Les courts extraits de livres : 20/02/2008

Les faims et les envies du corps, il y a beaucoup de facons d’en prendre soin car depuis toujours vivre, c’est ca, mais maintenant, de plus en plus, c’est une faim de l’ame qui tourmente Rosalio, au fond de lui, une faim de mots, de sentiments et de gens, une faim qui est comme une solitude entiere, une obscurite dans le creux de la poitrine, une cecite aux yeux grand ouverts, voyant tout ce que l’on peut voir ici, pas un etre vivant, pas une fourmi, une odeur de neant, les murs de planches seches et grises, les monticules de gravier et de sable, gris, l’enorme ossature en beton arme, sans couleurs, les edifices interdisant tout horizon, un plafond lourd, gris et bas, touchant le haut des immeubles, chape de nuages de plomb immobiles, qui ne dessinent ni oiseaux, ni brebis, ni lezards, ni tetes de geant, n’apportent aucun message, et c’est tout ce qu’il y a a voir, sans distinguer ni levant ni couchant, ni matin ni soir, tout tellement present, si proche que le regard y bute et revient, limite, sans pouvoir s’etendre plus loin, ni vers l’exterieur ni vers l’interieur, s’agitant comme un petit oiseau qu’on vient de mettre en cage, se noyant, cecite. Tout tellement rien que Rosalio n’arrive meme pas a evoquer des histoires qui le projetteraient vers d’autres vies, car ses yeux ne trouvent pas de couleurs pour les peindre. Faim de verts, de jaunes, de rouges.
Un coup de vent fait tourbillonner le sable et grincer la porte de la cloture, appelant Rosalio a s’aventurer sur des chemins caches au milieu de ces murs excessifs, a s’en aller, a s’echapper, chercher des gens et de la nourriture pour son ame affamee. Il est arrive par ces chemins, sentiers qui se replient sur eux-memes, trompant les gens etourdis par les lettres muettes qui de toutes parts guettent l’homme illettre et se moquent de lui, Rosalio est arrive, lancant des questions que le vent a emportees, melees a des bouts de papier sale, sans que les passants lui repondent ni meme le regardent, il s’est guide a l’odeur que la faim du corps l’a aide a separer de bien d’autres odeurs etranges et grises qui flottaient entre les murs et il est arrive ici, ou. il y avait tant d’autres Rosalio, arrives par les memes chemins, taciturnes, vetus de tristesse grise, et ils lui ont dit qu’il pouvait rester s’il voulait, il y avait un toit et un grabat ou se coucher, il y avait un chaudron cabosse et noir, il y avait des haricots achetes a credit, des copeaux de bois a bruler pour se chauffer, un robinet et un seau, il y avait des pelles et des pioches, au travail !, qu’il melange le ciment et le sable, au travail ! Il a mange des haricots, il a travaille, il s’est lave, il a dormi, il a mange des haricots, il a travaille, il s’est lave, il a dormi, il a mange des haricots, il a travaille, il s’est lave, il a dormi. Aujourd’hui tout le monde est parti, il n’est reste que la non-couleur et le silence de cendres dans ce monde, et chez Rosalio s’est accrue la faim de voix, la faim de rouges. Finalement il lui revient une histoire que lui a racontee l’Indien, il remplit ses poches de poignees de gravier et il sort, au hasard, tenant par une bandouliere de corde la caisse en bois qu’il ne quitte jamais, cherchant des couleurs de vie dans les rues vides. Ou s’est-elle enfuie, l’humanite ? A-t-elle disparu ? Devenue loup-garou, boitata, ame en peine, mule sans tete” ? Rosalio seme derriere lui de petites pierres pour marquer son chemin car il n’est pas encore pret a se laisser de nouveau aller par le monde sans connaitre le retour et il doit encore les haricots qu’il a manges.
Irene, fatiguee, fatiguee, comme c’est dur de ne penser a rien ! Comme c’est dur d’eloigner de sa pensee l’enfant dans les bras fripes de la vieille, dans cette baraque qui s’enfonce dans la boue, le papier jaune avec le resultat des analyses, le medecin qui parle, parle, parle, le temps qui passe, passe, passe, rapide, les lundis qui reviennent si vite, apporter un peu d’argent a la vieille, aller demander si le medicament promis est arrive, prendre la boite de capotes et ecouter l’assistante sociale lui dire de changer de vie. Irene rit, un rire amer et grimacant, une partie seulement de la bouche pour ne pas laisser voir les dents qui manquent de l’autre cote, meme s’il n’y a personne pour la voir maintenant, meme si personne ne la regarde en face, jamais. Drole, cette assistante sociale, “changez de vie”, bien sur, je change de vie, peu m’importe que tout finisse tout de suite, car ma vie, elle n’a qu’une porte, qui donne sur le cimetiere, mais vous allez vous en occuper, vous, de l’enfant et de la vieille ? Ce serait bien, car Irene n’est presque plus capable d’apporter l’argent chaque semaine, beaucoup d’hommes ne veulent rien faire avec une capote, ils vont en chercher une autre et elle ne peut pas faire comme Anginha, qui, de rage, veut refiler la maladie a tout le monde, Irene non, elle ne peut faire de mal a aucun etre vivant, personne, a cause du sagouin, a cause de ce noeud a l’estomac a chaque fois qu’elle y pense. Ah ! Anginha, si tu savais…