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L’echappee

Auteur : Valentine Goby

Date de saisie : 18/02/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Blanche

Prix : 16.90 / 110.86 F

ISBN : 978-2-07-078407-3

GENCOD : 9782070784073

Sorti le : 23/08/2007

  • Le choix des libraires : Choix de Olivier Augier de la librairie Arts & LIVRES a Le Plan de Grasse, France – 17/09/2008

En 1941, en pleine seconde guerre mondiale, la toute jeune Madeleine, paysanne agee de 16 ans, vient travailler dans un hotel a Rennes en tant que femme de chambre, comme beaucoup d’autres jeunes femmes.
Chargee de devenir son assistante, par un de ces hasards que la vie nous reserve parfois, elle tombe sous le charme d’un officier allemand, mysterieux pianiste virtuose.
Aupres de lui, Madeleine va s’ouvrir a la musique (Mozart, Liszt…) et surtout a l’Amour, car son destin va definitivement basculer, et sa vie sera a jamais marquee par cette epoque et cette rencontre determinante.
Avec tact et pudeur, Valentine Goby nous conte une histoire d’amour pendant la guerre et le drame d’une femme, le tout avec beaucoup de sensibilite, tout autant litteraire que musicale. Un tres beau roman d’une jeune et talentueuse ecrivaine.

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

Nous marchons, suivies par la foule, tetes rasees parmi les decombres de l’avenue Janvier, de la rue Saint-Helier devastee, criblee de beances et d’immeubles en ruine, pendant des semaines c’etaient des gravats enchevetres de poutres, de meubles brises, chambres, cuisines, salles a manger reduites en poussiere, eclats de verre, j’imagine que c’etait comme ca, tout est deblaye et vide maintenant, je trebuche sur des souvenirs que je n’ai pas, les bombardements ont eu lieu sans moi, j’etais terree dans un couvent mais je sais tout, ils m’ont fait ce que la guerre leur a fait.

L’echappee est le quatrieme roman de Valentine Goby.

  • La revue de presse Astrid de Larminat – Le Figaro du 4 octobre 2007

Valentine Goby a le don de materialiser une atmosphere, d’incarner une scene en peu de mots qui ne relatent pas directement ce qui se trame mais le suggerent, en disant les regards, les gestes furtifs, les propos anodins…
L’ecriture a fleur de peau de Valentine Goby a des vertus apaisantes. Ce beau roman rehabilite toutes les femmes qui n’entendent rien a la guerre, seulement a l’amour. Sans simplification a l’eau de rose : le seul beau jour de son existence, Madeleine le doit a ce premier amour proscrit. Une promenade en amoureux dans Rennes, chacun d’un cote de la rue. Mais cette joie effrayante qui la transporta durant quelques heures, elle la paiera durant toute sa vie.

  • La revue de presse Olivia de Lamberterie – Elle du 24 septembre 2007

La narration, qui mele plusieurs fils, est parfaite, pas une scene de trop. L’histoire surprend toujours, pas un cliche. Les phrases filent, courtes, acerees comme des coups de canif, pas de place pour les epanchements. Mais si l’ecriture est seche, la note est toujours sensible : l’emotion nait des silences, des noeuds qu’on devine, des sentiments qu’on tait, et surtout de l’absence de jugement moral. Au travers de la transgression de son heroine, Valentine Goby se contente de questionner : rester ou fuir ? Vivre ou se laisser mourir d’ennui ? Obeir a ceux qu’on meprise ou suivre ceux qu’on admire ? Qu’est-ce que l’amour maternel ? Voila un livre habite par la detresse, mais porte par la sensibilite et la bonte du regard de l’ecrivaine. La violence racontee avec tant de grace, ca ne s’oublie pas.

  • La revue de presse Delphine Peras – L’Express du 27 septembre 2007

L’Echappee ou le destin d’une jeune paysanne bretonne coupable d’avoir aime un officier allemand. Valentine Goby signe un livre terrible et fort…
La Seconde Guerre mondiale est-elle un theme romanesque inepuisable ? Assurement. La preuve avec L’Echappee, le tres intense et tres beau livre de Valentine Goby…
Roman sur l’identite et la liberte, L’Echappee est un livre incandescent, a meme d’eclairer les zones d’ombre les plus rebutantes.

  • La revue de presse Marine Landrot – Telerama du 19 septembre 2007

Elle a commence en sourdine avec La Note sensible, un premier livre aussi secret que delicat, ecrit du bout de l’archet d’un violoncelle. La voici virtuose, avec ce quatrieme roman sec et exalte, partition achevee pour piano organique…
Entre Hiroshima mon amour, de Duras, et Requiem, d’Anna Akhmatova, ce livre ecorche vif hisse Valentine Goby au rang des auteurs intenses, osant le lyrisme le plus amer.

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Madeleine grelotte. Elle souffle sur ses doigts. Une main apres l’autre. Un froid mouille s’engouffre sous sa jupe. Elle plaque sa jupe contre ses cuisses. Les arbres nus succedent aux arbres nus, decoupes sur le ciel gris-mauve. Elle fixe le ruban d’asphalte. Elle serre le chale sur sa poitrine. Le noeud se defait. La laine oscille contre sa joue, enervante. Elle enfonce le bonnet sur ses oreilles. Elle pedale a toutes jambes. La dynamo frotte contre la roue. C’est une vibration legere, bercante. Le phare n’eclaire rien, affaibli par la toile reglementaire. Tout juste utile a signaler une presence humaine aux halos tremblotants qui le croisent. Un soupcon de vie dans l’hiver.
Dix kilometres de bruine encore. Rennes est une masse obscure a l’horizon, serree derriere d’epais rideaux, des volets clos. A cette heure, Jeanne est arrivee a l’hotel apres un detour par les bois sur le porte-bagages d’Antoine ; un detour par Antoine tout court. Elle a emporte par erreur la cle du cadenas de la bicyclette. Il a fallu deux heures a Madeleine pour forcer la serrure.
La route est etroite, bordee d’obstacles. Ornieres, ruisseaux caches, petits ravins, buissons de ronces. Elle longe les champs immobiles, deja pris sous le givre. Pleins de craquements. De cris de betes. Le ciel compact ne laisse filtrer, a l’ouest, qu’un rai de lumiere violette, presque noire.
Un grelot familier se rapproche. Madeleine accelere, pose les deux mains sur le guidon. Sa jupe s’envole. Frederic la frole, debout sur les pedales. Il se poste en travers de la route. Elle pile.
-J’ai pas le temps, ce soir, je suis trop en retard !
Elle colle un baiser sur sa bouche fraiche. Il rit. Il saisit ses poignets, elle s’accroche au guidon. Il faufile ses mains sous le chemisier, prend les seins dans ses paumes.
– Fous-moi la paix…
Il l’attire derriere les buissons. Il glisse ses doigts dans sa culotte. Elle le laisse faire. Il a vingt ans, il sait s’y prendre.
C’est une fin de dimanche comme les autres, sur une route deserte entre Moermel et Rennes, peu avant le couvre-feu.
Ensuite, elle pedale fort. Des silhouettes verticales surgissent de chaque cote de la route, troncs d’arbres, poteaux telegraphiques plus denses que la nuit. Elle compte les troncs. Ils se detachent de l’obscurite et y replongent aussitot. Quarante-cinq, quarante-six. Une goutte s ecrase sur sa main. Huit kilometres encore. Le vent s’infiltre dans les mailles de son tricot, pulverise la buee blanche echappee de sa bouche. Son chale denoue flotte sur ses epaules, les franges claquent dans son cou. Elle ne sent plus le bout de ses doigts. De ses orteils. Son visage est glace. Elle plonge une main dans sa poche. La poche est vide. L’autre poche, vide aussi. Elle freine. Elle palpe ses vetements, fouille sa sacoche. Brosse a dents. Chemise. Peigne. Bas de laine. Laissez-passer. Carte grise. Sa gorge se serre. Le sang bat fort a ses tempes. Elle laisse tomber la bicyclette, elle cherche a mains nues sur la route. Les graviers roulent sous ses doigts. Elle se releve, fixe le garde-boue. La roue continue a tourner dans le vide. Elle arrache la toile du phare, elle fait demi-tour, elle pedale lentement, scrutant chaque orniere a travers le faisceau jaunatre. Goudron, poussiere, cailloux. Feuilles mortes et luisantes. Maintenant, la pluie tombe dru. Elle court jusqu’aux buissons, tate le sol ou elle etait couchee tout a l’heure avec Frederic. Une terre brune, visqueuse s’enfonce sous ses ongles. Les tickets de rationnement fondent quelque part dans une flaque, bouillie grise, perdus.
Deux kilometres a l’est, Moermel. La maison. Le frere, de vingt ans son aine, cure ses pipes avec application. Il lustre le bois a la cire d’abeille. Gomme au chiffon les residus de carbone. Souffle dans les fourneaux. Un oeil ferme, il examine les conduits. Il fait coulisser la chenillette. Il leve le tuyau vers la lumiere. La piece lui apparait par cette minuscule ouverture encombree de poussiere.