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Les coups de cœur de Anouk de la librairie LA MUSE AGITÉE à VALLAURIS, France

  • Le choix des libraires : Balco atlantico (1 choix)Jérôme Ferrari Actes Sud, Arles, France– 14/07/2012

Dès les premières pages de ce roman, on sait qu’il va falloir faire un effort pour atteindre l’essentiel du propos.
Ne pas s’étendre sur l’anecdotique combat des nationalistes corses, la perversité du discours des hommes d’honneur, la mélancolie des soirées au bar, les quelques clichés au rendez-vous.
Au travers le regard d’un narrateur collectionneur de petites culottes et enclin à un cynisme alcoolisé et boudeur, on en apprend un peu plus sur les rêves des gens de l’Île, sur leur espoirs, sur leurs désastres, sur les immigrés rêveurs arrivés sur cette terre.
Tout ce qui compose la population de la Corse forme ce mélange de passions et de mélancolie palpable dans une histoire d’amour dont la genèse est racontée dans ce livre. Les femmes sont soit mère courage, soit madone amoureuse, soit salopes décervelées. Mais l’histoire d’amour est là, universellement au centre de la vie et du livre.
L’écriture est âpre, et provocatrice, l’auteur est peut être un romantique qui s’ignore ? A découvrir.

  • Le choix des libraires : Tissé par mille (1 choix)Camille Laurens Gallimard, Paris, France– 14/07/2012

Les livres peuvent donner matière à réflexion, matière à tisser les sensations à la connaissance.
Camille Laurens choisit ses mots dans un livre aussi sensuel que didactique.
Tissé par mille parle aux sens comme à l’esprit, enchaînant exemples et images pour saisir la justesse du langage et ses multiples emplois.
A la source des mots, on puise parfois avec étonnement un sens caché, retrouvé ou découvert avec bonheur.
Les pages s’enrichissent de mots ni rares, ni savants, et qui donnent le goût de bien lire et aussi de bien dire, avec esprit.
Il n’y a rien de démonstratif dans ce livre, seul un plaisir infini à partager avec l’auteur la finesse et l’agilité de son éloge du «bien dit».

  • Le choix des libraires : Moins qu’une pute (1 choix)Régis Clinquart Flammarion, Paris, France– 14/07/2012

Le titre donne le ton, âmes sensibles s’abstenir.
«Moins qu’une pute» est une longue lettre adressée à une femme qui a trompé et quitté l’auteur. La missive est rageuse, pleine d’un venin exemplaire et d’une flamboyante haine. C’est la véhémence du désespoir allié à l’intelligence d’une écriture hoquetante de crachats. On peut parfois rire tant le cri de douleur est grossier et sonore. Mais au fond cette lettre enivrante a peut être le courage qu’il manque parfois dans des ruptures en surface trop proprettes. Passons à «Romance». Voici l’auteur pitbull qui se transforme en un chien quémandant la caresse d’une qui ne veut rien lui donner. On découvre l’ardeur d’un amoureux potentiel ivre de passion et d’érotisme, haletant de désir, fragile comme du cristal. On se demande comment cet homme peut être encore en vie en n’éprouvant que des sentiments aussi forts. L’écriture tambourine et martèle la même force vive que dans la précédente nouvelle.
Le point de vue de régis Clinquart est résumé dans cette phrase extraite du livre : «non, rien ne s’est jamais écrit d’important ou de sincère sur l’amour autrement que sur le mode du combat».
On ferme le livre en ayant l’impression de devoir cracher un bonbon à la mente, impossible à sucer tant il arrache la bouche…

  • Le choix des libraires : Aïzan (1 choix)Maryline Desbiolles Ecole des loisirs, Paris, France– 14/07/2012

L’histoire raconte Aïzan, petite fille tchétchène venue habiter le sud de la France avec sa mère. On sait d’elle que son père est parti, que sa mère est belle, triste et forte et qu’elles souffrent toutes deux de l’absence.
Aïzan, dont l’imagination est le souffle, va apprendre à vivre dans une nouvelle ville.
Elle aura une soeur imaginaire qu’elle convoque dans le creux de sa main pour partager ces pensées et ses rêves. Petite fille déracinée, elle saura pourtant de rencontres en rencontres, apprendre à aimer, à voir et à connaître le monde, à dérouler aussi toute la tendresse en elle pour la partager avec les autres.
Maryline Desbiolles propose un roman pour enfants d’une grande densité, mêlant la mythologie grecque au destin d’une enfant en devenir.
L’écriture poétique serpente comme une rivière au soleil, arrosant les décors et les personnages très actuels d’une histoire aussi rafraîchissante que touchante.

  • Le choix des libraires : Le chant du moqueur (1 choix)William Goyen Gallimard, Paris, France– 14/07/2012

Si l’on aime à pénétrer des univers vraiment personnels, il faut lire les nouvelles de William Goyen.
Dans cet ensemble de 7 nouvelles, l’auteur nous transporte dans un réel imaginaire et dans un rêve aux teintes quotidiennes. L’enfance est au coeur de la plupart des textes. Une enfance qui est trahie, trop éloignée de l’innocence.
Plus que l’enfance, c’est surtout l’enfant qui y palpite, avec une mélancolie adulte et un regard grand ouvert sur un monde livide.
Ainsi, dans le premier écrit dont est tiré le titre du recueil, un jeune garçon solitaire et fragile se lie d’amitié avec le fils d’une famille de paysans déracinés, qui ont emménagé à la ville par nécessité. Noyés dans les deuils, ils repartiront moins nombreux, laissant le jeune garçon aimanté de leurs désolations, l’âme pleine d’une compassion triste.
La poésie fait parfois son chemin en éclaboussant le récit de quelques ombres incroyablement pures sur un fond noir et blanc. On croise des êtres singuliers qui se promènent au milieu de paysages taris. Des êtres malmenés et d’autres illuminés de grâce.
On ne ferme pas ce livre sans ressasser une phrase (à la manière de William Goyen qui utilise dans son écriture ce martèlement répétitif) :
Cette souffrance de l’homme est elle définitive ?

  • Le choix des libraires : Dessous, c’est l’enfer (1 choix)Claire Castillon Fayard, Paris, France– 14/07/2012

Ce n’est pas seulement dessous que nous propose d’aller y voir Claire Castillon, mais aussi derrière, au travers, à l’envers, à l’intérieur et en dedans.
Un voyage intime dans la vie d’une femme qui écrit comme elle pense et ce n’est ni lisse, ni dépourvu d’ironie, d’autant qu’elle n’hésite pas à nous prendre sans pudeur comme confident.
Cette femme-là ne sait pas aimer. Elle a beau essayer, elle n’y arrive pas.
Elle est irriguée du sang des générations précédentes. Le sang transportant une malédiction familiale qui fait des femmes de «bonnes ânesses dévouées et soumises». L’homme du livre est donc tout naturellement baptisé «l’âne» dès la première page.
Tout au long du récit, l’auteure alterne les paragraphes narrant sa vie présente avec ceux de son passé de petite fille appesantie de solitudes.
Cherche-t-elle une paraphrase à son incapacité à vivre aujourd’hui l’amour ?
Y voit-elle une sorte d’excuse plausible, acceptable, imparable ?
Il faut aimer le sens de l’observation que déploie Claire Castillon, il faut aimer son exigence, son inspiration, la couleur de ses mots embrochés parfois avec poésie. Il faut aimer plonger dans la marre au canard de ce monde immergé dont on ne pourrait apercevoir que l’îlot. Il faut aimer être un peu voyeur.
Alors, on lit cette aventure sentimentale qui s’essaye à durer et à être belle et unique, puis la suivante qui se profile inévitablement, avec les yeux d’une auteure fantasque, égocentrique et impertinente.

  • Le choix des libraires : Chiens de la casse (1 choix)Mouss Benia Hachette Littératures, Paris, France– 14/07/2012

«Chiens de la casse : chiens enragés, abandonnés et prêts à tout pour s’extraire de la boue, c’est le nom que se donnent entre eux les jeunes des quartiers.» Benhadji est un enfant de la cité, issu de parents immigrés, copain avec la petite frappe du coin, toujours emberlificoté dans des coups foireux. Il aime la musique, il a le sens de l’amitié et il rêve de pouvoir vivre un jour, comme les gens biens, ceux qui ont les moyens.
Le parcours du héros est d’une logique implacable, les «bêtises» à la mesure de l’âge du capitaine qui voudrait juste ne pas devenir un smicard méprisé. Mais comment faire ?
Alors, de mauvaises rencontres en mauvaises expériences, Benhadji, dit Bob, va faire de la prison, serrer les dents, serrer les fesses et essayer malgré tout de devenir quelqu’un.
Mais qu’est ce qu’on peut faire de sa peau quand on a aucun diplôme, aucun appui, et que l’attention que l’on vous porte n’est pavé que de mauvaises intentions ?
Trahi, déçu, sans cesse sollicité par tous ceux qu’il aimerait fuir mais qui sont finalement ses seuls amis – Bob erre.
Crochet droit, crochet gauche, personne ne tend l’autre joue dans le livre de Mouss Bénia, on encaisse, on rend, on frappe plus fort. C’est la loi.
L’écriture est même plutôt drôle avec cette langue enrichie d’un vocabulaire «made in aujourd’hui dans les banlieues des grandes villes».
Et, dans ce style «boxeur», Mouss Benia affirme que tous les chiens de la meute hurlent à la mort. Bob, quant à lui, finira à la casse.

  • Le choix des libraires : Le premier amour (1 choix)Sandor Marai Albin Michel, Paris, France– 14/07/2012

Un professeur de latin dans une petite ville hongroise décide de décrire les menus évènements de sa vie et la couleur de ses pensées dans un journal intime. Plus par ennui que par nécessité, l’homme d’une cinquantaine d’années qui commence à rédiger ces pages, se trouve dans une station balnéaire modeste où il s’ennuie dans une solitude épaisse, comme il s’ennuie par habitude.
Il se promène, salue poliment ses semblables, évite les rencontres et les conversations s’octroie quelques centilitres de vin au dîner. Il a une représentation très stricte et précise de ce que doit être sa vie et de l’attitude que doit avoir un homme de sa condition.
Tout son être est régi par une rigueur maniaque, un tantinet méprisante, jusqu’au jour où un homme en villégiature comme lui, va ouvrir une brèche dans ce qui semble si bien réglé.
Il sèmera un doute brûlant dans son coeur qui ne s’éteindra plus. De retour de ses vacances, le professeur va retrouver son quotidien, ses collègues, ses élèves, sa petite ville. Et pourtant une vérité nouvelle va ronger son âme.
Au fur et à mesure des pages, Sandor Marai, qui écrit à la première personne, nous emporte dans le désespoir abyssal d’un homme qui, malgré une honnêteté implacable sur lui-même, se crevasse comme une main plongée dans la glace. Il révèle petit à petit les meurtrissures d’un être que le manque tue et dont l’âme réclamera réparation. L’amour, dévastateur qu’il éprouvera alors, le conduira à une étreinte fatale avec la folie.
Un livre puissant, magnifiquement écrit.

  • Le choix des libraires : Une femme sans qualités (1 choix)Virginie Mouzat Albin Michel, Paris, France– 15/01/2009

C’est un premier roman, écrit à la première personne sous la forme d’une lettre adressée à un homme. Une mise au point autant qu’une mise à nue, le portrait au scanner d’une grande et belle jeune femme désirée par les hommes et qui avoue son incomplétude au seul qui émeut peut être son âme. Sincère et dégagée des artifices elle lui parle d’Elle qu’il ne connaît pas.
Dotée de tous les attributs de la fille sexy, la narratrice avoue que son utérus est celui d’une petite fille et qu’une opération chirurgicale lui a ôté les ovaires à l’âge de 18 ans. Conclusion, une stérilité irréversible et le sentiment de ne pas appartenir, malgré des apparences trompeuses, au clan des femelles. Seules les hormones ingurgitées lui garantissent une vie au féminin.
Une rage sourde fait d’elle un être atypique, qui ne connaît, ni le désir ni le plaisir, et s’octroie le luxe vengeur de le provoquer chez les autres. Aucune parcelle d’elle-même ne s’abandonne dans son parcours et la colère qu’engendre sa différence ne lui sert qu’à mépriser le reste du genre humain, si bien déterminé.
Le personnage tend vers la mort à chaque page, roulé en boule dans une dissemblance érigée au rang de mode de vie, dans un univers stylé et fêtard où chacun se distrait vaillamment de sa solitude.
En cherchant un refuge dans l’achat d’une maison en bord de mer, la jeune femme devra pourtant renoncer à son «in-utéro» programmé, pour affronter enfin l’existence qui sera la sienne. Comme un cri de nouveau né, les mots de la longue missive déchireront le silence pour peut-être s’ouvrir enfin à la vie.

  • Le choix des libraires : Fugitives (2 choix)Alice Munro Ed. de l’Olivier, Paris, France– 07/11/2008

Recueil de 8 nouvelles, ce livre est un bijou.
Les histoires vécues par les héroïnes d’Alice Munro sont si proches de nous, qu’il nous semble qu’elle ait écrit sur des voisines, des amies, des cousines et que nous sommes en train de recevoir de leurs nouvelles.
Les personnages centraux sont tous féminins, jeunes ou moins, mais toutes à un moment charnière de leur existence. Un moment où elles vont fuir et chercher autre chose, un autre sens. Une douce cassure, un élan, parfois même une belle escapade.
La lecture de leurs parcours nous donne à comprendre, à réfléchir comme un miroir à nos propres existences, à sillonner les méandres des choix et des multiples chemins qui font une vie.
Pour les suivre, il faut lire leurs traces dans la neige, lever le nez aux étoiles, et faire connaissance avec tous les autres personnages qui font l’histoire de leurs destinées.
L’écriture est dentelée, sertie de quelques perles, tant certaines phrases clés nous paraissent d’une justesse étonnement limpide.
Le décor est un Canada vaste comme un monde à parcourir.
Des ponts sont jetés parfois entre les nouvelles, et l’on peut retrouver de mère en fille des échappées belles qui s’enchaînent et se répondent.
A lire absolument ou à offrir en cadeau.