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Les coups de cœur de Olivier Schittenhelm de la librairie L’ESCALE LITTÉRAIRE à PARIS, France

  • Le choix des libraires : L.A. story (4 choix)James Frey Flammarion, Paris, France– 14/07/2012

James Frey a beau vivre à New-York, son “L.A. story” est une chronique très impressionnante du Los Angeles contemporain. Au coeur de la cité des anges défilent des dizaines de personnages. Certains ne feront qu’une brève apparition entre deux chapitres consacrés à l’histoire et aux faits marquants de la ville. D’autres, l’auteur nous livre leurs vies tumultueuses en détail. Une jeune et très brillante Latino-Américaine passe de déceptions en déceptions, un acteur de films de série B, égocentrique et narcissique, dépense sans compter des millions de dollars pour assouvir ses passions et ses moindres envies, au risque de se perdre ; deux jeunes amoureux de dix-neuf ans qui ont échappé à leurs parents et qui (sur)vivent aux portes de la grande ville ; un vieil alcoolique de Venice Beach qui vit dans des toilettes et qui cherche une réponse au sens de sa vie. La force de ce roman réside dans l’écriture sans concessions de James Frey, qui superpose avec maestria les joies, les chances, les malheurs et même parfois les horreurs vécues par ses personnages. Tous ont cédé à l’appel des sirènes. Certains vont réussir, réaliser leurs rêves. Les autres vont finir broyés par la vie et par la ville. Un livre fascinant et bouleversant.

  • Le choix des libraires : Les fables de sang (1 choix)Arnaud Delalande Grasset, Paris, France– 14/07/2012

Nous sommes à Versailles en 1774.
Louis XV vient de mourir et le sacre de Louis XVI, à Reims, approche. A ce moment là, une série de meurtres est commise par le fabuliste. Ce dernier tue ses victimes selon un mode opératoire exigeant qui consiste à mettre en scène certaines fables de La Fontaine. Les victimes choisies ont toutes un lien avec le secret du roi, diplomatie parallèle en vigueur sous Louis XV, et dirigé à cette époque par le comte de Broglie. Au fil de l’histoire, on retrouve les personnages du chevalier d’éon, de Vergenne, de Beaumarchais, tous agents du secret. L’enquête est alors confiée au vénitien Pietro Viravolta, enquêteur et héros du livre précédent ” le piège de Dante”, dit “l’orchidée noire”. Viravolta devra déjouer un complot visant Marie-Antoinette, la jeune autrichienne.
Ce thriller se déroule comme une symphonie, on a d’ailleurs l’impression qu’il a été écrit en musique. C’est un mouvement musical donné à la fois par le rythme des meurtres et à la fois par une description précise de la décadence et de la splendeur de Versailles, que ce soit à la cour du roi, dans les jardins, dans le labyrinthe ou à travers le Paris du XVIIIe Siècle. Enfin, l’histoire se termine en apothéose.

  • Le choix des libraires : La ville des voleurs (2 choix)David Benioff Flammarion, Paris, France– 14/07/2012

Leningrad, 1941. La ville est assiégée par les allemands. Deux adolescents se retrouvent en cellule, arrêtés par l’armée rouge, chacun pour une raison différente. En principe, ils doivent être purement et simplement exécutés le lendemain matin. Contre toute attente, Lev et Kolya vont être convoqués par un colonel du NKVD. Il marie sa fille prochainement et lui manque une douzaine d’oeufs pour le gâteau ! Il propose alors aux deux jeunes garçons un ultimatum hors du commun : la vie sauve contre les précieux oeufs. Une semaine pour trouver des oeufs dans Leningrad assiégée : une gageure. Les deux hommes vont, par la force des choses, devenir inséparables et vivre un périple hallucinant. Avec une écriture irréprochable, Benioff s’empare de l’histoire familiale (Lev est sont grand-père) et de l’Histoire. Dès les premières pages, vous serez plongés dans ce qui s’apparente non pas à un roman de guerre, mais à un roman d’aventures pendant la guerre.

Les personnages sont extrêmement attachants et la plume de Benioff ne se départit jamais d’un humour cruel et tranchant, jamais vulgaire, jamais pathétique. Une merveille.

  • Le choix des libraires : Les disparues de Vancouver (1 choix)Elise Fontenaille Grasset, Paris, France– 14/07/2012

Élise Fontenaille risque de déranger au moment où commence les JO d’hiver à Vancouver au Canada. Elle relate dans un roman qui tient plus du récit -elle parle de faits réels- la disparition de 69 prostituées du DTES (Downtown East Side) aussi nommé le Skid Row à Vancouver pendant de nombreuses années. Une à une ces femmes, la plupart indiennes, droguées et prostituées, sont enlevées dans l’indifférence quasi générale. Les pouvoirs publics ne font rien ou presque. Jusqu’au jour où, en 2002, on découvre un véritable charnier dans une ferme proche de la ville. Le fermier dépeçait ses victimes, donnait les “bas morceaux” à manger à ses cochons, offrait ou commercialisait le reste dans son restaurant spécialisé dans la viande de porc…

Élise Fontenaille décrit donc l’horreur, dans un style très brut, que ces jeunes femmes ont vécu. Elle n’a de cesse de dénoncer l’indifférence réservée aux indiens des réserves (“Au Canada, un tiers des habitants ont du sang indien, les trois quarts ont du sang indien sur les mains”).

Un vibrant hommage à ces laissées pour compte disparues. Une alerte alors que sur une route proche de Vancouver, alors que le “boucher” a été arrêté, les disparitions de jeunes femmes continuent.

  • Le choix des libraires : Le voyage d’hiver (1 choix)Amélie Nothomb Albin Michel, Paris, France– 14/07/2012

La sortie d’un nouveau roman d’Amélie Nothomb, certes régulière et attendue, n’en demeure pas moins chaque année un événement. Dans “Le voyage d’hiver”, on retrouve le style d’Amélie, des personnages toujours aussi singuliers, sortis tout droit de son imagination qui semble décidément sans limites.

L’auteure ne souhaiterait certainement pas que l’on déflore son livre avant sa sortie. La quatrième de couverture reste, comme souvent, énigmatique “Il n’y a pas d’échec amoureux”.

On se contentera donc de décrire le début. Un homme, a priori tout ce qu’il y a de plus neutre dans le sens où il n’est pas terroriste ni délégué par quelque groupe que ce soit, s’apprête à détourner un avion. Dans ce crash, il va se suicider bien sûr, mais aussi entraîner la mort de tous les passagers. Comme il n’a plus rien à perdre et que de toute façon personne n’en retrouvera la trace, il entreprend de s’expliquer sur ses agissements en écrivant son histoire.

Le résultat est cruel, drôle, décapant.

  • Le choix des libraires : La distribution des lumières (1 choix)Stéphanie Hochet Flammarion, Paris, France– 14/07/2012

“La distribution des lumières” est le nouveau roman de Stéphanie Hochet, à paraître chez Flammarion en août 2010. Avant d’entrer dans le vif du sujet, je voudrais souligner à quel point, de roman en roman, le style de Stéphanie Hochet s’affirme, mûrit, prend de l’ampleur. Cette auteure est (pardonnez-moi ce lieu commun) comme le bon vin : elle se bonifie avec l’âge. Toujours riche de ses lectures, elle n’hésite pas à intégrer à ses textes de nombreuses (bonnes) références littéraires. Chessex, Bernanos, sont pour elle des modèles. On ne s’étonnera donc pas que ses propres textes aient du caractère. En effet, Stéphanie Hochet se situe bien loin de certains écrits nombrilistes ou relatant un quotidien trop plat : elle crée des personnages, crédibles de la première à la dernière page. Elle ose des caractères bien trempés, elle joue avec les limites, elle nous entraîne dans des histoires passionnantes, elle joue avec le lecteur. En la lisant, on se rend compte à quel point elle a dû prendre plaisir à écrire. Pour ces raisons-là, déjà, vous ne devez sous aucun prétexte, passer à côté de cette auteure talentueuse.

Après ce préambule, il va m’être encore plus difficile de vous parler de “La distribution des lumières”. Je m’en tiendrai aux grandes lignes, car je ne veux pas déflorer ce récit qui tient, presque comme un thriller, sur un suspens très bien dosé qui fera que, comme moi, vous ne refermerez ce livre que lorsque vous l’aurez terminé.

Aurèle est une adolescente plutôt dévergondée. Comme tant d’autres ? Peut être pas. Elle passe le plus clair de son temps avec son demi-frère Jérôme, attardé mental. Au collège, elle suit les cours de musique d’Anna Lussing. Rapidement, l’intérêt d’Aurèle pour Anna va devenir obsessionnel, dévorant, dangereux… Pasquale, un traducteur italien qui ne supportait plus le régime Berlusconi et qui vient s’installer en France, va tomber amoureux d’Anna. Cela ne va pas du tout plaire à Aurèle…

Roman polyphonique, “La distribution des lumières” est orchestré habilement et écrit dans un style pour le moins direct. La psychologie des personnages étudiée avec soin rend ce récit sur la cruauté, mais aussi sur la candeur de l’adolescence, absolument passionnant.

Extrait :

Aurèle :

” Quand elle se retourne pour écrire quelque chose au tableau, je regarde les agrafes de soutien-gorge sous son pull. Je m’imagine le détacher. L’instant d’après, je ne sais pas pourquoi, je pense aux ceintures de chasteté. Aux cadenas qui serrent la chair, et je me demande alors comment les femmes pouvaient pisser quand le roi était parti en croisade avec la clé”.

  • Le choix des libraires : Darling Jim (1 choix)Christian Mork Serpent à Plumes, Monaco, France– 14/07/2012

Pour un danois vivant à Brooklin, Christian Mork décrit plutôt bien l’atmosphère qui règne dans les pubs de campagne irlandais les soirs de contes traditionnels. Ce polar de très bonne facture jongle en effet entre folklore et modernité, mêlant un compteur machiavélique et charmeur aux destins de jeunes femmes qui n’ont pas su/pu lui résister. Le rythme est soutenu et même si la trame reste somme toute classique, on se laisse prendre au jeu de ce conte pour adultes. La déception vient en revanche de la traduction, avec des tournures idiomatiques traduites “au couteau” et un ton parfois étrange, dont on peut se demander s’il est né de la volonté de l’auteur. C’est dommage.

  • Le choix des libraires : Floralies (1 choix)István Örkény Cambourakis, Paris, France– 14/07/2012

“Être ou ne pas être” ? Telle est la question à laquelle Istvan Örkény tente de répondre en partie dans “Floralies”. Très en avance sur son époque, l’auteur hongrois voyait déjà quelle pouvait être la puissance (dévastatrice ?) de la télé-réalité. Peut-on filmer des personnes juste avant leur mort, puis leur mort en direct ? Un jeune réalisateur se lance dans ce défi. Des candidats, des caméras… Cela ne vous rappelle rien ? Avec un humour grinçant et drôle, Örkény joue avec les limites de l’absurde pour nous faire rire et réfléchir. Il jette un regard très tendre sur des personnages auxquels le lecteur ne peut que s’attacher.

  • Le choix des libraires : Parquet flottant (1 choix)Samuel Corto Denoël, Paris, France– 14/07/2012

A la lecture de “Parquet flottant”, on comprend pourquoi l’auteur, ancien substitut du procureur, a choisi d’écrire sous un pseudonyme !

Grinçant dès les premières pages, ce roman, très documenté sur le fonctionnement du parquet, ressemble plus à un pamphlet sur la face cachée de la justice française. Samuel Corto, sans doute inspiré par Desproges, s’en donne à coeur joie pour notre plus grand plaisir. Entre sa collègue qui “sent le poisson”, qu’il emmènera royalement dîner dans un fast food avant de lui proposer la banquette arrière de sa vieille voiture, ses supérieurs hiérarchiques dont il se moque frontalement et effrontément, ses collègues avides de satisfaire les directives de la chancellerie avec des chiffres et des condamnations en séries, même pour des délits plus que mineurs, chacun en prend ici pour son grade.

Etienne Lanos (Samuel Corto ?), organise sa survie dans le milieu hostile des procureurs de la République. Ses impertinences, ses comportements d’ancien avocat qui le pousse à prendre instinctivement et ouvertement la défense des prévenus lors des audiences, son priapisme à peine dissimulé, lui valent la méfiance et une certaine forme de respect de son entourage professionnel. Il ira même jusqu’à organiser une fête au tribunal, pour laquelle il confectionnera quelques mets plutôt singuliers, à base de substances entreposées au Palais de Justice, dont, après tout, personne ne faisait rien !

L’auteur a choisi de dénoncer habilement et toujours avec humour une justice qu”il trouve plus que désuète et inadaptée à la société moderne. Un livre drôle et instructif.

  • Le choix des libraires : La fuite en Egypte (1 choix)Michel Chaillou Fayard, Paris, France– 14/07/2012

Cet homme-là est un écrivain, un vrai. Michel Chaillou est l’auteur de plus de vingt-cinq ouvrages. Il a reçu en 2007 le Grand prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de son oeuvre. Son dernier roman chez Fayard, s’appelle «La fuite en Égypte». C’est lui qui en parle le mieux :
«Les deux héros de ce livre, perdus sur leurs routes innombrables, seront-ils, si l’autorité publique les rattrape, expulsés de France vers leur contrée d’origine ? Mais justement où se trouve-t-elle cette Petite Égypte des Roms, Gitans, Manouches, Tsiganes, Yénishes, cette patrie légendaire de tous ces gens du voyage qu’aucun géographe n’a jamais su jusqu’à ce jour situer ? Rêvera-t-on assez en leur compagnie pour en découvrir le chemin ?
Voici donc l’histoire de cette fantasque virée qui me fonda, moi, le petit-fils de ce couple d’ombres vagabondes, qui s’efforce aujourd’hui de relater leurs aventures. Qu’on en juge ! Un soir d’automne, au début du siècle dernier, une jeune Nantaise du meilleur monde profitant du brouhaha de la brasserie sélecte où elle sirotait sa mélancolie en compagnie de son père, s’enfuit tout soudain avec l’artiste bohémien qui s’y produisait, y chantait. Était-ce pour ajouter un couplet inattendu à ses obscures rengaines ? Ils courent. Leurs coeurs sautent dans leurs poitrines, ils se tiennent par la main. Comment raconter leurs mains qui se nouent, se dénouent ? Comment ressusciter ce roman de la poussière que lèvent leurs pas voyageurs ? L’objet même de ce livre itinéraire sur la terre féconde !» M.C.

Vous l’aurez compris en lisant le quatrième de couverture, Michel Chaillou nous conte les aventures de ses grands-parents. Bien que commençant au début du vingtième siècle, le récit est toujours d’actualité. Alice, bien que devenue quelque peu brutale, derrière son cuir tanné par la vie, fascine son petit fils. Derrière les histoires vraies et le vécu de sa grand-mère, Michel Chaillou invente avec classe, tisse avec style, les aventures épiques de cette femme inclassable, cette aventurière au caractère bien trempée.
Comme toujours, c’est merveilleusement bien écrit. Chaque mot est choisi, le texte est ciselé, l’écrivain se faisant ici orfèvre. Bien loin des clichés et des phrases toutes faites, Michel Chaillou nous transporte dans son récit. Il nous transporte avec lui, car il se fait témoin du long voyage de ses grands-parents et s’en régale à chaque page. Il nous le fait partager, comme l’avait fait Blaise Cendrars dans «Boulinguer» : «Vivez, ah ! Vivez donc, et qu’importe la suite ! N’ayez pas de remords. Vous n’êtes pas Juge.» Nous vous laissons découvrir les aventures de ce couple singulier, ne déflorons pas ici l’essence de ce fabuleux roman. Roman d’aventure, de voyage, reflet d’une époque, aux accents terriblement actuels. On retrouve ici avec plaisir le style de Michel Chaillou, dont la vie, tumultueuse pour lui aussi, nourrit l’oeuvre.
L’auteur du «Sentiment géographique», grand lecteur des «Essais», a sans doute en tête une citation connue de Montaigne : «Il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui».