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Les derniers jours de l’humanite

Auteur : Karl Kraus

Traducteur : Jean-Louis Besson | Henri Christophe

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Theatre

Editeur : Agone editeur, Marseille, France

Collection : Marginales

Prix : 30.00 / 196.79 F

ISBN : 978-2-910846-88-6

GENCOD : 9782910846886

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  • Les presentations des editeurs : 14/05/2006

Les faits mis en scene ici par Karl Kraus se sont reellement produits ; les conversations les plus invraisemblables ont ete tenues mot pour mot ; les inventions les plus criardes sont des citations ; les recits prennent vie sous forme de personnages, les personnages deperissent sous forme d’editorial ; la chronique a recu une bouche qui la profere en monologues, de grandes phrases sont plantees sur deux jambes – bien des hommes n’en ont plus qu’une. Quiconque a les nerfs fragiles, bien qu’assez solides pour endurer cette epoque, qu’il se retire du spectacle.
La vie de l’ecrivain et journaliste viennois Karl Kraus (1874-1936) se confond avec l’infatigable bataille qu’il mena dans sa revue Die Fackel (Le Flambeau) contre la corruption de la langue et donc de la morale.

Au secours, les tues ! Assistez-moi, que je ne sois pas oblige de vivre parmi des hommes qui, par ambition demesuree, ont ordonne que des coeurs cessent de battre, que des meres aient des cheveux blancs ! Revenez ! Demandez-leur ce qu’ils ont fait de vous ! Ce qu’ils ont fait quand vous souffriez par leur faute avant de mourir par leur faute ! Cadavres en armes, formez les rangs et hantez leur sommeil. Avancez ! Avance, cher partisan de l’esprit, et reclame-leur ta chere tete ! Avance pour leur dire ou tu es et comment c’est la-bas, dis-leur que tu ne voulais plus jamais te laisser utiliser pour ca ! Et toi la-bas, avec ce visage defigure a ton dernier instant, lorsque sur ordre la bete sauvage, l’ecume aux levres, se precipita sur toi – avance ! Ce n’est pas votre mort – c’est votre vie que je veux venger sur ceux qui vous l’ont infligee ! J’ai dessine les ombres qu’ils sont et qu’ils voulaient par esprit de mensonge transformer en apparence ! Je les ai depeces de leur chair ! Mais les pensees nees de leur betise, les sentiments nes de leur malignite, l’effroyable rythme de leur inexistence, je les ai affubles de corps et je les laisse se mouvoir ! Si on avait conserve les voix de cette epoque, la verite exterieure aurait dementi la verite interieure, et l’oreille n’aurait reconnu ni l’une ni l’autre. J’ai sauvegarde la substance, et mon oreille a decouvert la resonance des actes, mon oeil le geste des discours, et ma voix, chaque fois qu’elle citait, a retenu la note fondamentale, jusqu’a la fin des jours.

  • La revue de presse Clemence Boulouque – Le Figaro du 2 juin 2005

Il aura regne sans partage sur la vie intellectuelle viennoise pendant plus de trois decennies. Du debut du XXe siecle a l’entre-deux guerres. Pourtant, il aura rate son rendez-vous avec l’Histoire. Lorsque Karl Kraus meurt, en 1936, c’est une hostile indifference qui le porte en terre. Ses plus fervents admirateurs ont ete decus par sa prise de position en faveur du reactionnaire Dolfuss, en 1934, au cours des violents affrontements qui opposent les conservateurs aux socialistes.

Nombre de ses disciples, Canetti en tete, ne voient plus alors, en lui, qu’un tyran de l’esprit, susceptible de justifier toutes les deviations autoritaires d’un regime, et rares sont ceux qui ne se detournent pas de leur messie d’un temps… Pourtant, malgre sa pensee hautaine, l’humanite du polemiste est indubitable : en temoigne sa piece de theatre fleuve, Les Derniers Jours de l’humanite, constituee d’une centaine de tableaux, dont il admet, dans son introduction, qu’il faudrait dix soirees pour les jouer dans leur integralite.

Il y a la, comme unique intrigue, celle de l’Histoire ainsi que le projet de retracer la vie viennoise pendant la guerre de 1914-18. Tous les protagonistes, tous les acteurs ont existe, et l’art de Kraus de les faire entrer en scene est d’une virtuosite qui emerveille… Non, Kraus n’a peut-etre pas ete un homme aveugle devant cette ere meurtriere et ses herauts aboyeurs. Parce qu’il avait clame une radicalite sourcilleuse, s’etait porte aux confins de l’intolerance, il a ete mal entendu, mal compris, a l’heure meme ou il eut ete urgent d’entendre sa parole. Urgent et, qui sait, peut-etre salvateur….

  • La revue de presse Jean Blain – Lire de fevrier 2005

… Cette piece meconnue, ecrite en 1919,… est a mille lieues de l’esthetisation de l’horreur a la Junger. La Guerre de 14 y est ici un carnaval tragique. Dans ce drame – dont le contenu, nous dit Karl Kraus, est arrache a ces annees irreelles, impensables, inimaginables pour un esprit eveille… Les propos grotesques que Kraus met dans la bouche de ses personnages, generaux, hommes politiques, journalistes ou banquiers, sont ceux qu’ils ont reellement prononces ou ecrits mais se sont empresses d’oublier… L’efficacite du procede, servi par une ecriture qui evoque Shakespeare et Brecht, fait de ce texte d’une beaute tragique la plus implacable denonciation qui soit de l’ivresse nationaliste et guerriere.