Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

Les draps du peintre

Auteur : Maryline Desbiolles

Date de saisie : 01/07/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Seuil, Paris, France

Collection : Fiction et Cie

Prix : 15.00 / 98.39 F

ISBN : 978-2-02-097132-4

GENCOD : 9782020971324

Sorti le : 03/04/2008

  • La voix des auteurs : Maryline Desbiolles – 17/09/2008

Telecharger le MP3

Maryline Desbiolles

  • Les presentations des editeurs : 17/09/2008

Rien ne le destinait a etre peintre. Et ce rien, ce rien dont il sort, ce brouillard est peut-etre ce qui lui a defendu de jamais s’etablir, de jamais composer avec le monde que la peinture aurait du revolutionner, comme il l’a cru un temps. Romanichel avant toute chose : celui qui l’attrapera n’est pas ne. Plutot que le retenir, tenter un pas de danse, inedit, avec lui.

  • La revue de presse Patrick Kechichian – Le Monde du 6 juin 2008

Au milieu d’une page de son livre, Maryline Desbiolles a ecrit cette phrase : “Il est accueillant depuis sa mort.” “Il”, c’est le sujet et l’objet de son livre, un peintre qui ne sera jamais nomme. On peut aborder le livre en ignorant ce nom. Ou le connaitre, par exemple en se reportant a la signature de l’oeuvre en bleu et rouge qui fait la jaquette de l’ouvrage : Jean-Pierre Pincemin, ne en 1944, mort en 2005, figure importante de la peinture abstraite – mais pas seulement abstraite – contemporaine. Ne pas nommer ne signifie pas dissimuler…
Mais quel rapport entre la peinture et l’ecriture ? Pincemin avait peut-etre lui-meme montre la voie lorsqu’il affirmait que son but etait de “faire se rejoindre les choses qui peut-etre ne sont pas faites pour se rejoindre”…
Mais il s’agit moins de la question generale et theorique du rapport entre les deux arts que de la confrontation reelle, charnelle et interieure, avec une oeuvre et avec la personne de celui qui l’a accomplie. Et la, Maryline Desbiolles donne une lecon magnifique de depouillement, de nudite face a la chose meme.

  • Les courts extraits de livres : 17/09/2008

Ete. Ongles limes. Carrelage lave. Je ne me prepare pas pour accueillir, bien au contraire. Je ne consens a rien. Je me detourne, je recule, je pietine, je ne veux pas, je suis contre. Je me souviens de ce type qui m’avait dit, tu es une femme qui dit non, c’etait que je refusais ses avances, bien entendu, mais il y avait une verite plus grande, j’aurais peut-etre dit non en acceptant ses avances, voila ce qu’il pressentait. Comment dire non et ne pas se retracter ? Comment dire non et faire front ?
Je dis non, de toutes mes forces, en effet, et je rentre dans le livre. Bientot j’y serai jusqu’au cou. Bientot le livre m’aura gagnee alors que je le refuse. Le livre est ennemi, et je piaffe comme je m’approche de lui, comme je le frole.
Inutile d’ajuster les habits de combat, de revetir un justaucorps de toile, renforce de plaques de metal, ou le corselet recouvert d’ecailles, la broigne, qui descend jusqu’aux genoux, inutile de nouer une ceinture de cuir a boucle pour suspendre les armes, d’enfiler des jambieres de cuir ou de metal, de se coiffer d’un casque, de forme aplatie ou conique, surmonte d’un cimier. Mais une fraise, peut-etre, oui, une collerette a fraise comme en portaient Anne de Joyeuse ou Marguerite de Lorraine, et surtout Elisabeth d’Autriche, peinte un an avant qu’il meure, par Francois Clouet, son dernier chef-d’oeuvre, qui l’impressionna quand il le vit au Louvre, alors qu’il sortait quant a lui de l’enfance. J’ecris il et lui, je n’ecris pas encore son nom, je ne me risque pas encore a franchir le pas, je pousse devant moi les noms de personnages historiques afin de former un gue. Chevillee moi-meme dans la collerette, la tete posee sur le tissu plisse, comme si elle etait coupee, la tete separee du corps par le linge empese, les mots separes du corps, ranges derriere la barriere des dents, bouche cousue, l’air severe. Vissee dans un refus qui me met au monde, et le front tres degage comme s’il etait toujours possible de dire : de toute mon ame. Ce que je crois, c’est que, voyant la collerette blanche au Louvre, il a ete tente de la deplier, pour voir si ca tient, si le corps prive du linge raide ne s’affaisse pas d’un coup, la bouche salement ouverte, proferant des insanites, ou pis encore, salement ouverte sans qu’aucun mot ne sorte, la tete en arriere, formant avec les epaules un angle affreux. Il a ete tente passionnement de deplier le linge aux plis alambiques, de le defroisser, de le mettre a plat, de l’etendre, et je comprends cette tentation.

Je n’ecris pas encore son nom. Je l’ecrirai quand j’aurai oublie que je l’ai connu. Plus je m’approcherai de lui, plus j’oublierai que je l’ai connu. Et peut-etre meme : plus je m’approcherai de lui, moins je le connaitrai.
Ete. Ongles limes. Carrelage lave. J’ai epingle au mur de mon bureau les carres colles, un ensemble de douze carres de papier, chaque carre de 20 par 20 centimetres (je verifie avec la main bien ecartee, du pouce a l’auriculaire), rempli, grossierement a moitie, et selon une diagonale, de bleu qui pourrait etre du bleu de methylene.