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Les mange-pas-cher

Auteur : Thomas Bernhard

Traducteur : Claude Porcell

Date de saisie : 26/10/2007

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Folio, n 4628

Prix : 5.80 / 38.05 F

ISBN : 978-2-07-034802-2

GENCOD : 9782070348022

Sorti le : 26/10/2007

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  • Les presentations des editeurs : 09/01/2008

Voici l’un des plus beaux textes de Thomas Bernhard. Il date apparemment de la fin des annees soixante-dix, et l’on y retrouve bien sur les themes habituels : l’existence au degre de difficulte le plus haut d’un etre de l’esprit engage dans une recherche totale et mortelle. Ici, c’est la physiognomonie appliquee a quatre personnages ordinaires rencontres a la cantine populaire (a ce qu’il y a de plus quotidien donc), dans le discours bernhardien en abyme, et en echo aux periodes difficiles dont parlent les romans autobiographiques.
Mais au-dela de la thematique, ce texte est peut-etre surtout, lui aussi, une composition grandiose, une magnifique dentelle, une partition magistrale dont les amateurs auront le plus grand plaisir a decouvrir une variation supplementaire.

Claude Porcell

  • Les courts extraits de livres : 09/01/2008

Sur le chemin qu’il empruntait depuis des semaines vers le soir, et, depuis trois jours regulierement, vers six heures du matin aussi, aux fins d’etudes, jusqu’au Wertheimsteinpark ou, eu egard aux conditions naturelles ideales qui regnaient precisement au Wertheimsteinpark, il avait, disait-il, pu revenir, apres une longue periode, d’une pensee parfaitement sans valeur concernant sa Physiognomonie a une pensee utilisable et meme en fin de compte incomparablement utile, et donc a la reprise de son ecrit, que, dans un etat d’incapacite a toute concentration, il avait laisse en plan depuis le temps le plus long deja, et dont l’aboutissement, disait-il, conditionnait finalement un autre ecrit dont l’aboutissement conditionnait de fait un autre ecrit dont l’aboutissement conditionnait un quatrieme ecrit sur la physiognomonie reposant sur ces trois ecrits qu’il fallait absolument ecrire, et qui conditionnait son travail scientifique futur et subsequemment son existence future tout court, il etait alle tout a coup et le plus soudainement du monde, dit-il, non pas comme il en avait deja l’habitude vers le vieux frene, mais vers le vieux chene, et de ce fait en etait venu a ceux qu’il appelait les Mange-pas-cher, avec lesquels pendant de nombreuses annees, les jours de semaine, et donc du lundi au vendredi, a la Cantine Publique Viennoise, et donc a ce qu’on appelle la CPV, et plus precisement a la CPV de la Doblinger Hauptstrasse, il avait mange pour pas cher. Il aurait pu, dit-il, de maniere tout a fait automatique comme les jours precedents, aller vers le vieux frene et non vers le vieux chene, mais tout a coup il n’etait pas alle vers le vieux frene, mais vers le vieux chene, car si, dit Koller, il etait alle le jour en question vers le vieux frene, il est possible qu’il n’en soit pas venu aux Mange-pas-cher, mais a quelque chose de tout a fait different, de meme que dans tous les cas, s’il avait pris un autre chemin que celui qu’il avait pris ce jour-la, c’est-a-dire celui du vieux chene et non celui du vieux frene, il serait tombe sur un sujet different, peut-etre meme un sujet oppose, un sujet parfaitement different, dit-il, de celui sur lequel il etait tombe parce qu’il avait pris ce chemin et aucun autre, et donc il etait tombe le jour en question sur les Mange-pas-cher parce qu’il etait alle vers le vieux chene et non vers le vieux frene. Ce qu’il avait ete oblige de ressentir d’abord comme une inadmissible interruption de sa pensee depuis des jours a nouveau totalement concentree sur la physiognomonie, le souvenir et les idees resultant de ce souvenir des Mange-pas-cher, qu’il avait deja oublies des annees durant, l’occupation de son esprit tout a coup veritablement lancinante par Einzig et Goldschmidt, Grill et Weninger, s’etait soudain et effectivement de maniere parfaitement imprevue revelee pour sa physiognomonie comme non seulement utile, mais decisive pour ce travail qu’il poursuivait maintenant depuis presque seize ans deja sans interruption et de maniere intensive, et peut-etre comme etant la seule capable de mettre dans ce travail, sur ses points essentiels, une clarte fondamentale. Le regard porte sur les Mange-pas-cher, qu’il n’avait d’abord ressenti que comme une digression peu excusable par rapport a sa veritable mission, n’avait ete pour lui le plus soudainement du monde rien d’autre que le contraire, a savoir le regard porte au centre de sa physiognomonie, dont il s’etait promis, disait-il, rien de moins que l’accomplissement de la mission de sa vie.