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Les nouvelles enquetes du juge Ti. Volume 4, Petits meurtres entre moines

Auteur : Frederic Lenormand

Date de saisie : 14/01/2008

Genre : Policiers

Editeur : Points

Collection : Points. Policiers, n 1832

Prix : 6.50 / 42.64 F

ISBN : 978-2-7578-0051-5

GENCOD : 9782757800515

Sorti le : 03/01/2008

  • Les presentations des editeurs : 15/01/2008

Depeche au monastere taoiste des Reves pour une procedure de routine, le juge Ti constate de nombreux suicides inexpliques. D’autres phenomenes etranges ont lieu : visions premonitoires, manifestations magiques… Decidement, le quotidien des moines semble quelque peu deroutant. Malgre les efforts de l’abbe, soucieux de le voir partir, le juge Ti est determine a faire jaillir la lumiere. *

Ti sursauta : le cadavre venait d’ouvrir les yeux.

Ne en 1964, Frederic Lenormand est l’auteur de nombreux romans et essais historiques. Sa serie des Nouvelles enquetes du juge Ti compte aujourd’hui dix romans. Deja parus en Points : Le Chateau du lac Tchou-An, La Nuit des juges, Le Palais des courtisanes et Madame Ti mene l’enquete.

Le juge Ti a rejoint Sherlock Holmes et Hercule Poirot au pantheon des grands detectives.
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  • Les courts extraits de livres : 15/01/2008

Le juge Ti a des problemes domestiques ; on lui fait part d’un pugilat scandaleux.

La ville administree par le juge Ti a cette periode de sa carriere etait situee au coeur d’une region agricole prospere, baignee par le Grand Canal, ouvrage monumental qui traversait l’empire du nord au sud. En plus des recoltes, les bateaux venant s’abriter dans le port procuraient a la cite un complement de revenu appreciable. Le fleuve, tout proche, permettait aux pauvres gens de vivre de leur peche. La garde militaire faisait regner l’ordre, l’impot rentrait presque tout seul, rien ne semblait pouvoir perturber la tranquillite de l’heureux magistrat charge d’administrer cette florissante bourgade.
Assis dans son cabinet de travail, ou il digerait paisiblement son riz de midi en compulsant d’un regard vague les affaires en cours, le juge Ti venait de faire cet agreable constat lorsqu’il entendit un epouvantable hurlement se changer en cri de rage avant de s’eteindre dans les hoquets. L’heureux magistrat de la florissante cite se demanda quel demon osait perturber ainsi sa belle placidite. Il envoya son secretaire Tao Gan aux nouvelles.
Depuis longtemps, les nerfs de sa premiere epouse etaient mis a rude epreuve par la cohabitation avec les deux compagnes secondaires que son mari avait eu le mauvais gout de lui imposer. Selon elle, Madame Deuxieme etait une idiote inculte, choisie sur des criteres physiques d’une absolue vulgarite. Pis encore, la Troisieme etait une vraie poule pondeuse. Or, si tous les enfants de la maisonnee appelaient mere Madame Premiere et nommaient les autres epouses du nom de tante, y compris leur veritable genitrice, la Premiere n’avait donne le jour a aucun d’eux. Elle n’avait pas d’enfant et etait priee de supporter ceux de ses compagnes, qui avaient la manie de tomber enceintes aussi souvent que la nature le leur permettait. La Deuxieme avait deja plusieurs garcons, et la Troisieme venait d’apprendre la promesse d’un heureux evenement, ce qui ferait d’elle une petite reine tout le temps que durerait la grossesse, et encore apres si elle avait la chance de donner le jour a un nouvel heritier. La famille comprenait deja trois enfants, sans compter les filles, autant de plaies dans l’univers de souffrance de Madame Premiere.
Des son lever, ce matin-la, elle s’etait irritee contre les aines, Gouang-tse et Jing-hui. Un arrangement floral auquel elle avait apporte la veille les plus grands soins avait ete mis a mal par une partie de ballon tout a fait interdite. Pourquoi les dieux m’ont-ils impose d’endurer les betises des gamins, tout en m’interdisant d’en avoir moi-meme ? songeait-elle avec lassitude. Les dieux, soupconnait-elle, n’avaient en realite pas grande part a cet usage, les regles de la societe ayant ete definies par ces messieurs de maniere a assurer leur propre confort sans egard pour celui des dames. Elle n’etait pas loin de penser que cet axiome la condamnait a vivre son enfer sur la terre et a remettre l’amelioration de cet etat de fait a un sejour dans l’au-dela dont les conditions restaient indefinies. Son medecin lui avait prescrit des herbes destinees a soutenir ses nerfs. Elle s’administrait donc des flots de tisanes calmantes qui avaient pour principal effet de l’envoyer vingt fois par jour aux cabinets.
Alors qu’elle cherchait a retrouver son calme sur un lit de repos, le cadet de ses tourmenteurs eut la mauvaise inspiration de lui faire une niche malvenue. Ses efforts pour se contenir cederent subitement. Madame Premiere poussa un cri furieux, jeta le gamin dehors et s’enferma dans sa chambre avec un grand claquement de porte.
Tao Gan revint resumer la situation a son maitre. Il s’appretait a lui decrire l’incident en termes diplomatiques lorsque le juge leva la main.
– Laisse-moi deviner. Voyons si ma perspicacite est en eveil, ce matin. Ce hurlement provenait de ma Premiere, est-ce exact ?
– Oui, noble juge.
– La cause de sa colere est une farce pendable imaginee par l’un de mes fils, probablement le cadet : il est en veine, ces jours-ci.
– Je le crains, noble juge.