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Les passagers d’Istanbul

Auteur : Esther Heboyan

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Parentheses, Marseille, France

Collection : Diasporales

Prix : 14.00 / 91.83 F

ISBN : 978-2-86364-163-7

GENCOD : 9782863641637

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  • Les presentations des editeurs : 04/06/2006

Il a laisse une partie de lui-meme la-bas, meme s’il ne sait plus tres bien d’ou il vient.

Ce recueil de neuf nouvelles restitue l’ambiance des familles marquees par l’exil et les souvenirs d’enfance sous forme de chroniques parfois loufoques ou se melent une tonalite caustique et des bouffees de nostalgie.

Sur une immense terrasse blanche au dernier etage de l’immeuble, entre le royaume du Tout-Puissant qu’elle esperait bien atteindre un jour et le minaret du muezzin qu’elle apercevait chaque jour, ma grand-mere avait amenage un petit poulailler.

Les recits sont marques par l’intemporalite des destins croises et la difficulte d’etre, mais toujours avec humour et tendresse.

Et des annees plus tard, alors que tous avaient quitte la rue, la ville, le pays, il arrivait toujours un moment ou l’un d’eux retrouvait, dans une langue desormais morte, parmi les souvenirs tendrement enfouis, le jour ou Ava Gardner etait passee par Harbiye au nord d’Istanbul.

Un regard quelque peu desabuse sur l’exil qui disperse les choses, avec ces moments de fete, ces querelles autour du marc de cafe et ces saveurs de limonade glacee. Avec toujours le rappel d’une certaine etrangete des lieux, des sons, des pratiques et des noms.

C’est ainsi que tout alla mieux, du moins pour un temps. Et tous, qu’ils fussent passagers de Lisbonne, Dubrovnik ou Istanbul, troubles ou non par les proprietes de la memoire et de la lettre h, savourerent le sens de la vie. Simplement.

Esther Heboyan est nee a Istanbul dans une famille armenienne ; elle emigre en Allemagne puis en France avant d’etudier aux Etats-Unis ou se confirme une imperieuse necessite d’ecrire. Elle se consacre a l’enseignement et a la recherche en litterature americaine et a publie des traductions (notamment depuis le turc) et des nouvelles en francais et en anglais.

  • Les courts extraits de livres : 04/06/2006

Comme tous les matins vers neuf heures, Mardiros Artinian dit Mardiros Agha hissa le rideau metallique de sa modeste boucherie d’un roulement fracassant. Puis, comme pour signaler a la terre entiere que c’etait bien lui, Mardiros Agha, l’unique, l’heureux proprietaire des lieux, il planta sa longue charpente encore robuste dans l’embrasure de la porte. La, il huma les parfums, s’impregna du tumulte naissant, s’abandonna aux reflets blancs et ocres qui envahissaient Istanbul. En cet instant, la vie lui parut supportable, plaisante meme. D’un geste allegre il alluma sa cigarette.

Qu’il avait fiere allure ce Mardiros, avec ses yeux bleus envoutants, le chef orne de boucles chatain et la parole magnanime. Les femmes l’admiraient. Les hommes l’enviaient. Et Mardiros Agha posait, soupirait, saluait, tantot en turc tantot en grec ou en armenien. Installe depuis a peine six mois, Mardiros etait devenu la coqueluche du quartier. Son magasin ne desemplissait jamais. On s’y arretait meme quand on n’avait rien a acheter, ne serait-ce que pour faire un brin de causette ou trinquer a la vie tout bonnement. Ainsi, chaque matin, Mardiros Agha se felicitait d’avoir elu commerce en ce charmant endroit.

La seule ombre au tableau, si tant est qu’il fallut trouver une ombre, c’etait Yilmaz Zafer dit Yilmaz Bey, le cafetier d’en face, qui se balancait paresseusement sur sa chaise, la mine insolente, l’humeur goguenarde. Mardiros Agha trouvait ce voisinage fort deplaisant et se gardait bien d’encourager quelque rapport que ce fut. Il contemplait la rue, les passants, les voitures, les boutiques, sans jamais daigner regarder du cote de celui qu’il surnommait secretement le mauvais oeil.