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Les reprouves

Couverture du livre Les reprouves

Auteur : Ernst von Salomon

Preface : Michel Tournier

Date de saisie : 05/07/2007

Genre : Biographies, memoires, correspondances…

Editeur : Bartillat, Paris, France

Prix : 22.00 / 144.31 F

ISBN : 978-2-84100-408-9

GENCOD : 9782841004089

Sorti le : 05/07/2007

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  • Les presentations des editeurs : 11/07/2007

Les REPROUVES, recit autobiographique paru en 1930, se situe dans la periode troublee des lendemains de la Premiere Guerre mondiale. Issu d’une famille huguenote, Ernst von Salomon s’engage des 1918 a la sortie de l’Ecole militaire dans les corps francs qui combattent en Haute-Silesie et dans les pays baltes pour ecraser la revolution rouge. En 1922, il est condamne a cinq ans de reclusion pour sa participation a l’assassinat du ministre des Affaires etrangeres Walther Rathenau. Il sera libere en 1927. Dans Les Reprouves, il decrit ces mouvements en perpetuelle rebellion contre le gouvernement issu de la defaite, confrontes au vide et au nihilisme lors des premieres annees de la republique de Weimar. Il signe la le temoignage saisissant d’une generation perdue dans le chaos de l’Histoire.

Ernst von Salomon (1902-1972) est l’auteur de plusieurs livres parmi lesquels La Ville (1932), Les Cadets (1933) et le celebre Questionnaire (1951).

  • Les courts extraits de livres : 11/07/2007

CONFUSION

Au-dessus de la ville le ciel semblait plus rouge qu’a l’ordinaire. La lueur des becs de gaz solitaires se heurtait au brouillard de novembre, teintait l’air humide et sature et faisait paraitre les nuages plus lourds et plus opaques. On ne voyait pour ainsi dire personne dans les rues. Au lointain, la voix douloureuse d’une trompette resonnait longuement. Des roulements de tambour fouettaient les facades des maisons comme d’une menace, s’engouffraient dans les cours obscures et faisaient trembler les fenetres closes.
Devant le commissariat de police central se tassait un groupe d’une vingtaine d’agents. Ils avaient des faces molles et comme spongieuses et leurs mains pendaient lourdes dans leurs gants blancs. A leurs ceinturons de cuir brun etaient accrochees les gaines triangulaires et pesantes de revolvers de gros calibre. Ils se tenaient debout, dans l’attente. Lorsque mes pas frapperent le pave, ils tournerent la tete sans qu’un trait de leur visage, sans qu’un membre de leur corps bougeat.
L’un d’eux avait le ruban de la Croix de fer a la boutonniere de son uniforme bleu ; il etait de quelques pas en avant du groupe ramasse des autres et paraissait ecouter avec beaucoup d’attention les sons de la trompette. Ca commence ? lui dis-je et ma parole etait saccadee, ma voix enrouee. L’agent fixa sur moi des yeux ternes. Il restait la devant moi, immobile comme un bloc. Ses regards fatigues erraient sur les boutons brillants de mon uniforme, puis ses yeux se porterent avec etonnement sur ma figure, il leva brusquement sa main enorme, la laissa retomber sur mon epaule et dit : Allez-vous-en, allez chez vous enlever votre uniforme. Pour moi qui etais habitue a obeir, ces mots resonnerent comme un ordre ; effraye je me mis au garde-a-vous, comme devant un officier et je prononcai : Non, non… – et apres un moment de trouble indicible, je repetai : Non… et je partis. Je courus, les yeux perdus, trebuchant, par les rues mortes dont les maisons semblaient aveugles, a travers de vastes places au long desquelles ne se glissaient que des ombres solitaires, a travers les promenades publiques ou les feuilles mortes crissaient sur le sol de sorte que le bruit de mes propres pas me faisait sursauter. Frissonnant je me retrouvai dans ma chambre tandis que le son angoissant et mysterieux des tambours retentissait a travers les rues.