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Les turbans de Venise

Couverture du livre Les turbans de Venise

Auteur : Nedim Gursel

Traducteur : Timour Muhidine

Date de saisie : 17/01/2008

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Points, Paris, France

Collection : Points. Les grands romans, n 1077

Prix : 7.50 €

ISBN : 978-2-7578-0703-3

GENCOD : 9782757807033

Sorti le : 17/01/2008

  • Les presentations des editeurs : 10/02/2008

Lucia, jeune femme au parfum de lavande et aux jambes interminables, a envoute Kamil, l’eternel seducteur. Elle est bibliothecaire a Venise, il est historien d’art et mene des recherches sur Mehmet II, un sultan ottoman du XVe siecle. Decu par l’indifference de Lucia, Kamil noie son chagrin dans les plaisirs charnels, alcool et prostituees, jusqu’au point de non-retour.

Il faut oublier Lucia. Mais est-il possible d’oublier la lumiere ?

Ne en Turquie en 1951, le romancier et nouvelliste Nedim Gursel est traduit dans une dizaine de langues. La plupart de ses romans et nouvelles, dont Le Dernier Tramway et Le Roman du conquerant, sont disponibles en Points.

Cette prose caressante semble pouvoir promener a l’infini le temps, les songes et les couleurs.
L’Express

Traduit du turc par Timour Muhidine

  • Les courts extraits de livres : 10/02/2008

En descendant du train a la gare Santa Lucia, le professeur d’histoire de l’art Kamil Uzman n’etait pas fatigue. Plus precisement, son corps etait fort vigoureux alors que son esprit restait plutot engourdi. Sur la couchette du haut, il n’avait pas ferme l’oeil de la nuit. Les impressions d’une Venise revee dansaient dans son imagination, et dans la lumiere qui filtrait du couloir les ombres effectuaient d’incessantes allees et venues. Il n’etait pas seul dans ce voyage entrepris a minuit vers l’ancienne Serenissime. Il portait en lui l’image d’une ville inconnue dont il connaissait pourtant, d’apres les romans, les peintures et les photos, les vieilles batisses, les palais somptueux, les places animees, les ponts et les canaux, oui, tout dans les moindres details, jusqu’au plus etroit de ses canaux. Cette image ne correspondait peut-etre pas tout a fait a la realite mais ne pouvait non plus etre consideree comme totalement inexacte. Pendant des annees il avait embelli dans son imagination cette ville d’aristocrates ruines habitant des palais anciens ronges par les rats et la mer. Impatient de la rencontrer pour la premiere fois, il etait naturel qu’il en perde le sommeil. La saison touristique n’ayant pas encore franchement debute, il avait trouve facilement une place dans le train de nuit et, laissant sa valise et son manteau sur la banquette inferieure, s’etait hisse sur la couchette du haut, puis allonge tout habille.
Il crut tout d’abord qu’il allait s’endormir immediatement sous l’effet du cliquetis monotone des roues. Mais ce ne fut pas le cas : Venise, comme une ancienne maitresse retrouvee apres tant d’annees, mit sa resistance a l’epreuve jusqu’au matin, sans lui laisser le moindre repit. Son esprit etait si confus lorsqu’il sortit sur le quai qu’il renonca a boire un double espresso dans le premier cafe rencontre et decida d’aller au plus vite dormir tout son soul au studio qu’il avait loue pour un mois.
Alors qu’il descendait les marches du perron de la gare, le brouillard avait tout envahi. A gauche, a la lumiere de quatre etoiles bleues, un batiment rouge cerise attira son attention : l’hotel Bellini. Les neons en forme d’etoiles etaient a peine visibles. Il songea que la raison de sa venue dans cette ville apparaissait sous la forme d’un signe evident du destin, d’un embleme placarde sur la facade du premier batiment qu’il decouvrait. Le plus petit tableau d’une suite realisee par Gentile Bellini pour decorer les murs de la Scuola di San Giovanni Evangelista – un telero, selon les termes de l’epoque – s’anima dans sa memoire avec tous ses details. Il lui sembla tout d’abord voir l’eau d’un vert emeraude du canal. Calme, aussi transparente que les vases, les verres en cristal et les carafes de verre au col de cygne que formait a Murano le souffle des hommes. Puis les tenues blanches des plongeurs en competition pour recuperer la sainte Croix qui venait a peine de tomber dans le canal et bizarrement ne coulait pas s’etaient ouvertes sur l’eau comme des nenuphars. Au premier plan il reconnut le protecteur de la Scuola, Andrea Vendramin. Il brandissait de la main droite l’ecrin contenant la croix et nageait de la main gauche. Non, il ne nageait pas, il volait. Il reconnut Vendramin car, avec ses cheveux blancs, son air assure et son profil regulier, il ressemblait au doge Andrea Vendramin que le maitre Gentile Bellini avait dessine dans un autre tableau. Mais le doge etait le contemporain du peintre et non le heros d’un miracle ayant eu lieu environ cent cinquante ans avant l’execution du tableau.
Il s’enfonca dans le brouillard. Comme il gravissait les marches du pont de pierre juste en face, il eut l’idee de rebrousser chemin et de s’installer a l’hotel Bellini. Il lui fallait passer sa premiere nuit a Venise dans l’hotel portant le nom du peintre sur lequel il travaillait depuis un bon moment. Puis il trouva cette idee idiote. Il n’avait pas loue le studio pour rien. Et qui sait combien de lires lui couterait une nuit d’hotel. L’argent que le professeur Uzman avait prevu pour ce voyage etait plutot limite. Il grimpa les marches en trainant sa valise. Et, pendant son ascension, il continua de voir s’animer sous ses yeux non seulement tous les personnages mais aussi toute l’histoire de la fabrication du tableau Le Miracle de la Croix tombee dans le canal San Lorenzo, qu’il connaissait par coeur.