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Les voisines d’Abou Moussa

Auteur : Ahmed Toufiq

Date de saisie : 11/12/2007

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : M. de Maule, Paris, France

Prix : 23.00 / 150.87 F

ISBN : 978-2-87623-215-0

GENCOD : 9782876232150

Sorti le : 06/12/2007

  • Les presentations des editeurs : 29/02/2008

Au debut du XIVe siecle, Abou Salim al-Jura’i, Ministre du Sultan, est recu par le juge Ibn al-Hafid et le nouveau gouverneur Jarmun. Au cours du diner de reception, un incident met aux prises Chama, une jeune servante, et Abou Salim al-Jura’i. Toutefois celui-ci, sensible a l’exceptionnelle beaute de la jeune femme, la demande aussitot en mariage a son maitre… Mais al-Jura’i perit en mer au cours d’une campagne militaire. De retour a Sale, Chama epouse donc Ali, un Andalou fraichement converti a l’islam, contre lequel s’acharne Jarmun, qui la convoite. Elle ne trouvera protection qu’aupres du syndic des Chorfas de Sale et d’un ermite nomme Abou Moussa, doue de pouvoirs surnaturels. L’entrainant dans son sillage pour une mystique priere a la pluie, ce dernier sauve des femmes de la perdition par le mystere de sa saintete. Ce livre, qui comme souvent chez l’auteur, entrecroise divers destins de femmes aux prises avec un monde d’hommes, milite pour un islam progressiste qui exalte l’image de la feminite et celebre la victoire de la foi sur les perversions du pouvoir.

Ahmed Toufiq, ministre des Habous et des Affaires islamiques du roi du Maroc, a suivi ses etudes a Marrakech puis a la Faculte des Lettres et des Sciences Humaines de Rabat. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire du Maroc. Citons notamment La Societe marocaine au XIXe siecle [Inoultane 1850-1912] (1984), Islam et developpement, Les Juifs de Demnat et Le Maroc et l’Afrique occidentale a travers les ages. Il a egalement collabore a la redaction de l”Encyclopedie du Maroc et s’est distingue comme romancier, avec trois ouvrages : Jarat Abi Mussa (1997), Assayl (Le Torrent, 1998) et L’Arbre et la Lune (trad, par P. Vigreux, Phebus, 2002). Nous proposons ici la traduction en francais de son premier roman.

  • Les courts extraits de livres : 29/02/2008

Lorsque, monte sur un pur-sang noir, le messager arriva a Sale, les etendards de la priere du vendredi claquaient a la pointe des minarets.
Apres s’etre assurees de son identite, les sentinelles de la Porte de la Mer le laisserent entrer et une jeune recrue de la garde courut devant lui pour le conduire a la demeure d’Ibn al-Hafid, le juge supreme de la ville.
Assis sur un banc dans l’ombre du premier porche de la villa, il patienta en compagnie de deux serviteurs qui, s’etant vaguement renseignes sur sa mission, lui presenterent l’eau fraiche et une petite collation, puis s’entretinrent avec lui des potins de Sale, des echos venus de Fes, la capitale du sultan, et du pays Tamesna d’ou lui-meme arrivait.
La priere achevee, le juge Ibn al-Hafid rejoignit sa maison par les appartements conjugaux. Puis, avise de la presence de l’envoye du makhzen, il gagna le petit cabinet jouxtant le troisieme porche aux fins de l’y recevoir.
L’ayant salue, l’emissaire annonca : Mon maitre Abu Salim aljura’i, juge supreme et conseiller du sultan Notre Maitre, te fait dire qu’il requerra cette nuit meme, a son retour du Tamesna jusqu’a Fes, l’hospitalite de ta demeure en compagnie de sa suite et qu’il te presse en consequence d’avertir le gouverneur et les notables de sa venue, au premier rang desquels les lettres.
Ibn al-Hafid fit grand cas de l’honneur qu’on lui temoignait, eu egard a la position d’al-Jura’i vis-a-vis du sultan et au fait qu’un tel choix assoirait son prestige sur la ville aux depens du gouverneur qu’il appelait L’Abominable en son for interieur.
Il courut chez la plus jeune de ses deux epouses, celle qu’il nommait Toumayma, diminutif de Tarn – abrege de Tamou, abrege de Fatima – alors meme que son aine, fils de sa premiere femme, poete et cavalier aux talents reconnus, s’etait retenu plus d’une fois de lui faire remarquer que Toumayma pouvait etre aussi bien le diminutif de tamma, autrement dit, de malheur !
Toumayma vit dans la demande que lui faisait le cadi de preparer la reception du plus grand representant du sultan jamais descendu chez eux, ni plus ni moins qu’une reconnaissance de son savoir-faire herite des traditions ancestrales de la demeure de son pere, cadi de Sijilmassa, la ville fondee sur le commerce de l’or du Soudan.
Car la blanchette a la taille de jonc – ainsi la depeignait-on ! – n’en possedait pas moins un vif caractere avec lequel elle repandait la terreur sur les occupants de sa maison, famille aussi bien que serviteurs, afin que tout fut fait ainsi qu’elle l’entendait : au mieux et au plus vite.
Lorsque l’annonce de la visite d’al-Jura’i a Ibn al-Hafid parvint aux oreilles du gouverneur Jarmun, ce dernier sentit croitre sa rancoeur envers la personne du cadi, lequel userait de ce privilege pour secouer davantage sa tutelle, ce par quoi son influence serait amoindrie, lui qui aspirait a la prepotence sur cette ville que le sultan lui avait accordee pour avoir ete traitre a sa tribu et pour l’avoir libere, en preparant sa chute, d’une rebellion vieille de dix ans.
Jarmun n’en prit pas moins tout le temps qu’il fallait pour former le cortege de bienvenue compose de danseurs, de chanteurs, de cavaliers, de porteuses d’oriflammes, de pousseuses de youyous dechirants, de recitateurs du Coran et d’eleves des ecoles coraniques munis de leurs tablettes.
Le cadi et le gouverneur marcherent ensemble jusqu’a la rive du Bou Regreg pour accueillir l’hote de marque et assister aux preparatifs des bateliers qui, en vue d’assurer la traversee du cortege, alignaient de part et d’autre de la ligne de passage sur le fleuve des dizaines de barques surmontees de poupees de roseau couvertes de riches soieries et coiffees de couronnes de narcisses et d’anemones cueillis dans les jardins de Sale en ce printemps radieux.
Les groupes de bienvenue les rejoignirent peu a peu. Se tenaient la hauts magistrats, muftis, oulemas, lettres, commercants, bourgeois, membres de la lignee du Prophete et des hommes de haute vertu, prevots des marches, maitres des corporations, capitaines de navires, illustres combattants du jihad en terre andalouse ou sur mer, sans oublier les adjoints du gouverneur : juges de police et cheikhs de quartiers, chacun a la place qui lui etait assignee.
Le cortege du cadi al-Jura’i atteignit la rive du Bou Regreg a l’heure du soleil couchant. Il traversa le fleuve sur une barque splendide et magnifiquement appretee, mue par six robustes rameurs et qui emportait, outre Ibn al-Hafid et Jarmun, deux secretaires de l’hote de marque, un commandant en chef de l’armee du sultan accompagnateur du juge dans sa mission, ainsi qu’une femme noire prenommee Zayda, intendante de sa maison, qui le suivait dans tous ses deplacements. Une fois rassemble, le cortege s’avanca en direction de la ville au milieu de la foule des felicitants. A l’heure de la priere du soir, tout l’equipage avait ete transborde, soit vingt cavaliers avec leurs chevaux, plus vingt serviteurs poussant les mulets charges des bagages, des armes et du fourrage.