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L’esprit des genevois : le pendule des inquietudes

Auteur : Andre Klopmann

Date de saisie : 08/04/2008

Genre : Sociologie, Societe

Editeur : Slatkine, Geneve, Suisse

Collection : Geneve evenements, n 20

Prix : 14.00 / 91.83 F

ISBN : 978-2-8321-0311-1

GENCOD : 9782832103111

Sorti le : 25/03/2008

  • Les presentations des editeurs : 09/04/2008

Le 21 octobre 2007, l’Union democratique du centre (UDC) a acquis une representation jamais obtenue depuis 1919 par un seul parti au sein des Chambres federales.

Ce jour-la, Geneve aussi a soutenu un parti qui ne reflete pas son histoire. C’est un fait qui interroge.

L’Esprit des Genevois aurait-il supplante l’Esprit de Geneve ?

Cet ouvrage n’est ni un livre d’histoire ni un essai politique. Mais de l’histoire, des anecdotes politiques, oui, il en court sur toutes les pages. Leur evocation aide a mieux comprendre une societe, dans son rapport a la Suisse et aux pouvoirs, intuitivement et regulierement rebelle.

C’est de cet Esprit dont il est question.

Du reflexe collectif de ces Genevois raleurs, bagarreurs, impulsifs, contradictoires ; parfois gonfles et souvent railles… Une tribu extraordinaire, a la fois simple et tres complexe.

Et de ses paradoxes.

Andre Klopmann est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages dont plusieurs consacres a Geneve.

  • Les courts extraits de livres : 09/04/2008

DU RAPPEL DE QUELQUES PARADOXES

… parce que le monde serait different si Geneve n’avait pas existe, on peut la dire une ville ou nul homme n’est etranger.

Robert de Traz
L’Esprit de Geneve, 1929

Deux livres genevois ont donne, au XXe siecle, la mesure de l’attachement de Geneve au monde. L’Usage du monde, de Nicolas Bouvier, et L’Esprit de Geneve, de Robert de Traz. Le premier s’inscrit, entre Rimbaud et Kerouac, dans la grande tradition des ecrivains-voyageurs. Il prolonge d’ailleurs une curiosite toute genevoise qu’illustrent aussi des Toepffer, Bertrand, Maillart ou Deonna. Le second explore le monde a domicile, soit a Geneve, cite villageoise par sa taille et planetaire par ses ambitions; internationale, cosmopolite. Celui-ci fonde l’universalite de son propos sur l’humanisme et le role international de Geneve. Du local, on atteint le global. C’est bien dans l’air du temps. Mais ce temps qui, par essence, evolue, reste-t-il fidele a l’esprit de de Traz ? Poser la question, c’est invoquer le paradoxe qui caracterise l’esprit des Genevois.

Au fond, que savons-nous de cet Esprit de Geneve auquel se referent aujourd’hui encore nombre de discours ? Les Genevois, pour la majorite d’entre eux, connaissent tout au plus la rue nommee en hommage au fondateur de la Revue de Geneve, mort en 1951. Elle se situe, cela n’est pas anodin, dans un quartier a forte population internationale, Malagnou, qu’une immigration notamment orientale et generalement aisee a particulierement developpe dans les annees 1960. Nichee derriere l’avenue Krieg, artere cossue ou vecurent le pianiste Arthur Rubinstein et l’ecrivain Albert Cohen, cette rue n’a aucun cachet, hormis quelques arbres. Elle reste effacee, juste plantee de treize immeubles residentiels numerotes jusqu’a seize, comme pour se gonfler d’importance. Petite compromission toute genevoise, en somme. Et illustration de sa manie de la discretion, que la modestie de cette rue.

Robert de Traz a grandi a Paris et s’est fixe a Geneve en 1906. Excepte la periode 1930-1940, le temps d’un retour a Paris, il n’en partira plus, sauf, naturellement, a voyager dans ce monde qu’il questionnera tout au long de sa vie au regard de la Suisse. Il interrogera celle-ci par le biais de la Voile latine ou s’exprimeront Ramuz, de Reynold, Baud ou Spiess. Il dialoguera avec elle au travers aussi de sa Revue de Geneve que visiteront Tolstoi, Hesse, Joyce, Zweig, Proust, Mauriac ou de Rougeoient – pour qui L’Esprit de Geneve restera la charte de la ville de Calvin. A Geneve, en effet, on se refere toujours a Jean Calvin, cet etranger qui a tant faconne la cite et sa pensee, l’esprit et le mode de vie de cette ville qui, selon le mot de Joelle Kuntz, demeure une enclave sur le monde.

En 1929, de Traz avait 45 ans. Depuis onze ans, l’Europe etait sortie d’une guerre mondiale dont les fondements et les effets ne furent pas sans nourrir ses questionnements les plus profonds sur le globe. Depuis dix ans se developpait a Geneve la Societe des Nations, fondee a Paris en 1919 lors de la Conference de Paix destinee a recoller les morceaux d’une Europe exsangue. Depuis dix ans prosperait en Allemagne un Parti des travailleurs dit aussi national-socialiste. Depuis sept ans, Adolf Hitler en avait pris la presidence et instaure en son sein le Fuhrerprinzip, le principe du chef, enonce par opposition a la logique democratique qu’il abolira largement quand son parti, quatre ans plus tard, prendra le pouvoir. Depuis deux ans, une frenesie speculative s’etait emparee des Etats-Unis d’Amerique, jusqu’a conduire, en cette annee 1929, au krach boursier qui allait plonger le monde dans une recession profonde. Des effets de celle-ci, le parti nazi exploitera les peurs induites pour focaliser, bientot, les haines sur l’ennemi cosmopolite : la finance, l’Amerique; mais aussi les hors-moule aryen : juifs, tziganes, etrangers de tout crin, homosexuels… Toutes minorites ainsi rendues coupables de deviance des attitudes, des pensees ou des moeurs. Le fonds de commerce d’un tel mouvement reste l’idee d’un recours unique face au chaos.