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L’etrange disparition d’Esme Lennox

Auteur : Maggie O’Farrell

Traducteur : Michele Valencia

Date de saisie : 20/03/2008

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Belfond, Paris, France

Collection : Litterature etrangere

Prix : 19.00 €

ISBN : 978-2-7144-4334-2

GENCOD : 9782714443342

Sorti le : 20/03/2008

  • Le choix des libraires : Choix de Genevieve Binet de la librairie MAJUSCULE a SARLAT, France – 13/05/2008

Iris, jeune femme independante, balancant entre un amant marie et un demi-frere trop proche pour un lien purement fraternel doit prendre en charge une grand-tante dont elle ignorait completement l’existence. Qui est donc cette Esme Lennox enfermee depuis soixante ans dans l’asile de Cauldstone a Edimbourg ? Pourquoi sa soeur kitty, grand-mere d’Iris, l’a-t-elle abandonnee a son sort ? Le lecteur decouvre avec les recits alternes et fragmentes des deux soeurs un lourd secret de famille et le destin brise d’une jeune fille dont le seul tort etait de refuser les conventions sociales pour revendiquer sa singularite. Une tragedie absolue, un superbe roman.

  • Les presentations des editeurs : 13/03/2008

Entre l’Inde et l’Ecosse, des annees 1930 a nos jours, l’histoire dechirante d’une femme enfermee, rejetee de la societe et oubliee des siens. Un roman d’une beaute troublante, ou s’entremelent des voix aussi profondes qu’elegantes pour evoquer le poids des conventions sociales et la complexite des liens familiaux, de l’amour a la trahison.

A Edimbourg, l’asile de Cauldstone ferme ses portes. Apres soixante ans d’enfermement, Esme Lennox va retrouver le monde exterieur. Avec comme seule guide Iris, sa petite-niece, qui n’avait jamais entendu parler d’elle jusque-la. Pour quelle etrange raison Esme a-t-elle disparu de la memoire familiale ? Quelle tragedie a pu conduire a son internement, a seize ans a peine ?
Toutes ces annees, les memes souvenirs ont hante Esme : la douceur de son enfance en Inde, le choc de son arrivee en Ecosse, le froid, les regles de la haute bourgeoisie et, soudain, l’exclusion… Comment sa propre soeur, Kitty, a-t-elle pu cacher son existence a ses proches ? Et pourquoi Iris se reconnait-elle tant dans Esme ?

Peu a peu, de paroles confuses en pensees refoulees, vont ressurgir les terribles drames d’une vie volee…

Traduit de l’anglais (Irlande) par Michele Valencia.

  • La revue de presse Christine Ferniot – Telerama du 2 juillet 2008

Maggie O’Farrell aurait pu sortir les violons et transformer cette terrible realite en roman lacrymal. Elle a choisi la sobriete, glissant avec talent d’une epoque a une autre, donnant tour a tour la parole a Esme et a sa petite-niece brusquement mise en face d’une realite inacceptable. Depuis son premier livre, Quand tu es parti, la romanciere irlandaise creuse le theme du secret de famille. Elle reussit une histoire construite avec rigueur, refusant de s’appuyer sur une morale, preferant decrire la complexite des liens, le poids du silence et de la solitude infinie.

  • Les courts extraits de livres : 13/03/2008

COMMENCONS PAR DEUX JEUNES FILLES A UN BAL.
Elles se tiennent en retrait de la piste. Assise sur une chaise, l’une ouvre et ferme de ses doigts gantes un carnet de bal. A cote d’elle, l’autre observe l’evolution des danseurs : couples qui virevoltent, mains qui s’agrippent, souliers qui martelent, jupes qui tourbillonnent, parquet qui ploie. Dans une heure, ce sera le nouvel an, et, derriere elles, la nuit noircit les vitres. Celle qui est assise porte quelque chose de pale – Esme ne sait plus quoi au juste -, l’autre, une robe rouge fonce qui ne lui va pas. Elle a perdu ses gants. C’est la que tout commence.
Ou peut-etre pas, d’ailleurs. Le debut se situe peut-etre plus tot, avant le bal, avant que les deux jeunes filles aient revetu leurs nouveaux atours, avant qu’on ait allume les bougies et parseme du sable sur le parquet, bien avant l’annee dont elles fetent la fin. Qui sait ? Quoi qu’il en soit, les choses se terminent devant une fenetre grillagee dont les carres font deux ongles de pouce de cote, tres exactement.
Quand Esme decide de regarder au loin, elle s’apercoit que ses yeux, au bout d’un moment, ont du mal a accommoder. Les carres de la grille deviennent flous et disparaitront bientot si elle continue a se concentrer.
Esme a toujours besoin d’un certain temps pour que son corps se manifeste, pour que ses yeux s’adaptent a la realite d’un monde dans lequel il n’y a plus qu’elle, les arbres, la route et le paysage au loin. Sans rien qui les separe.
En bas, la peinture des barreaux s’ecaille et on voit les differentes couches superposees, comme l’ecorce d’un arbre. Plus grande que la plupart de ses compagnes, Esme arrive a toucher les endroits ou la peinture est neuve et aussi epaisse que du goudron.
Derriere elle, une femme prepare le the de son defunt mari. Est-il vraiment mort ? Ou a-t-il simplement file ? Esme ne s’en souvient pas. Une autre cherche de l’eau pour arroser des fleurs qui ont peri depuis longtemps dans une ville cotiere, non loin de la. Ce sont toujours les taches insignifiantes qui perdurent : lessive, cuisine, rangement, menage. Jamais rien de noble ni d’important, mais les minuscules rituels qui permettent a une vie humaine de ne pas s’effilocher. Obsedee par les cigarettes, une jeune fille a deja essuye deux avertissements, et tout le monde se dit qu’elle va avoir droit a un troisieme. Pour sa part, Esme se demande ou tout a commence – ici ou la, au bal ou en Inde, bien avant ?
Ces derniers temps, elle ne parle a personne pour mieux se concentrer. Toute conversation risque de l’embrouiller dans ses souvenirs. Les images d’un zootrope defilent dans sa tete et elle n’a pas envie d’etre distraite au moment ou le mouvement cessera.
Vrrr, vrrr. Stop.
Bon, en Inde, donc. Le jardin. Agee d’environ quatre ans, la voici sur le pas de la porte de derriere.
Au-dessus de sa tete, des mimosas agitent leurs frondaisons et lachent une poudre jaune sur la pelouse. Si elle la traversait, elle y laisserait des traces. Elle veut quelque chose. Elle veut quelque chose, mais ne sait pas quoi. Un peu comme si elle eprouvait une demangeaison a un endroit que sa main ne peut atteindre. A-t-elle envie de boire ? D’avoir son ayah a son cote ? De manger une tranche de mangue ? Elle gratte une piqure de moustique sur son bras et, du bout de son pied nu, fourrage dans la poudre jaune. Au loin, elle entend la corde a sauter de sa soeur qui frappe le sol et, entre chaque coup, un raclement de pieds. Clac, fff, clac, fff.
D’autres bruits l’obligent a tourner la tete. Le brr-clop-brr d’un oiseau dans les branches de mimosa, une binette qui s’enfonce dans la terre du jardin – scratch, scratch – et, quelque part, la voix de sa mere. Si elle ne comprend pas ce qu’elle dit, elle sait que c’est sa mere qui parle.