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L’etroit chemin du fond

Couverture du livre L'etroit chemin du fond

Auteur : Basho

Preface : Alain Walter

Traducteur : Alain Walter

Date de saisie : 15/02/2008

Genre : Poesie

Editeur : William Blake, Bordeaux, France

Prix : 30.00 €

ISBN : 978-2-84103-163-4

GENCOD : 9782841031634

Sorti le : 15/02/2008

  • Les presentations des editeurs : 22/03/2008

Matsuo Basho (1644-1694) est reste un des poetes les plus chers au coeur des Japonais qui tous peuvent reciter au moins un de ses tercets ou hokku (que l’on appellera haiku par la suite). Ce fils et frere de samourai quitta tres tot le service des armes pour se consacrer a l’etude des litteratures classiques du Japon et de la Chine et a la pratique du haikai, poesie enchainee collective tres populaire en son temps. Bien vite, il fit entendre une tonalite, un style, un esprit specifiques, et crea son ecole appelee le shomon. Basho, tout en conservant les sujets realistes, le langage quotidien et l’humour du haikai, y transfuse l’exigence esthetique et la sensibilite de la poesie classique (waka, renga). Sa maniere se caracterise notamment par son attention aux petites choses de la vie et a la profondeur qu’elles recelent.
Le poete consacra les dix dernieres annees de sa vie a voyager a travers le Japon pour donner des lecons, etablir des cercles de disciples, mais aussi pour renouveler son inspiration et poursuivre sans concession la verite du monde. Le voyage devint des lors un pelerinage et une ascese mystique. De ces peregrinations, Basho tira plusieurs journaux poetiques dont le plus celebre est L’Etroit Chemin du fond ou il consigne et met en oeuvre l’essentiel d’un periple a pied de cinq mois dans le nord du Japon, de temples en sanctuaires, de sites geographiques en lieux marques par les tragedies de l’histoire, a travers un paysage sauvage, montagneux ou marin. Voyage au fin fond du pays, voyage au fond des choses et des etres, vers le fond de la parole : quete a la fois physique et langagiere du Sens et de la Realite ultime.
De ce chef-d’oeuvre, nous donnons ici, en regard du japonais, une traduction entierement nouvelle, accompagnee d’un important appareil de notes et commentaires, indispensable pour saisir les allusions historiques et litteraires, les citations deguisees, les references culturelles, et permettre a ce texte plutot mince de prendre sa dimension reelle, presque infinie.

A.W.

Alain Walter est professeur de litterature comparee et enseigne la litterature japonaise classique a l’Universite Michel-de-Montaigne – Bordeaux III.

  • Les courts extraits de livres : 22/03/2008

Extrait de l’introduction :

Pour apprecier pleinement l’esthetique, la pensee de L’Etroit Chemin du fond, la dette de Basho envers la tradition, comme aussi son originalite, il convient d’abord d’esquisser l’histoire des genres de la poesie japonaise des origines a l’apparition du haikai.

1. Developpement de la poesie japonaise du tanka au haikai

Les premiers textes poetiques ecrits en japonais se trouvent meles aux mythes et genealogies recueillis dans la Chronique des choses anciennes (Kojiki, 712) : chants de banquets, chants de travaux rustiques, chants d’amour, de separation ou de deuil. Le Man.jo-shu (759)2, la premiere anthologie poetique publiee, rassemble pour sa part quelque quatre mille cinq cents poemes de formes variees – tanka, choka, sedoka – mais toujours construits sur la meme alternance prosodique : le pentametre et l’heptametre. Tanka signifie poeme bref et le poeme ainsi designe comporte en effet trente-et-une syllabes disposees selon le schema 5-7-5-7-7, alors que le choka, poeme long, fait se suivre en alternance, sans limite de longueur, les vers de cinq et sept syllabes. Dans le Kokinwaka-shu (Recueil de waka de jadis et maintenant, 905), premiere des anthologies compilees sur ordre imperial, qui reunit environ mille cent poemes, nous ne retrouvons presque plus que des tanka. Les nombreuses anthologies qui suivront rassembleront seulement des poemes de ce genre. Le tanka (poeme court) ne s’opposant plus au poeme long (choka) qui a disparu, on l’appellera desormais waka (poeme en japonais) pour le differencier du poeme en chinois (kanshi) pratique par de nombreux lettres.
Comme exemple de waka, nous donnerons celui qui suit, emprunte a la plus mince et la plus populaire des anthologies du Japon classique, le Hyakunin isshu (De Cent poetes un poeme) : Lorsque j’entends, / Au fond des montagnes, / La voix des daims qui brament, / Pietinant, ecartant les erables, / Comme l’automne est triste ! Oku yama ni / Momiji fumi-wake / Naku shika no / Koe kiku toki zo / Aki wa kanashiki)
On remarque tout de suite l’importance de la nature percue a travers une sensibilite. Le waka peut etre defini comme un poeme lyrique, refletant les sentiments de l’homme face a la nature. Meme lorsqu’il s’agit d’un des innombrables poemes d’amour ecrits dans ces siecles, le lyrisme se reverbere dans la nature. La tonalite saisonniere du poeme doit aussi etre soulignee : c’est la une caracteristique qui se maintiendra jusque dans le haikai et le haiku, en passant par le renga. Ce couplage de la nature et de la saison n’est pas libre : des associations sont imposees par la tradition. Ainsi le daim et les erables ne pourront etre evoques qu’en relation avec l’automne et constituent des mots de saison (kigo). Des l’epoque de Heian (IXe-fin XIIe siecle), les elements du monde naturel – plantes, arbres, animaux, phenomenes meteorologiques – sont repertories en fonction de la saison, en meme temps qu’ils sont investis d’une resonance emotionnelle particuliere : par exemple, melancolie et solitude pour le daim ou le singe associes a l’automne. On comprend tout de suite l’avantage de cette association saisonniere pour une forme aussi breve : elle permet sans aucune description de creer a partir d’un seul mot un decor affectif. Pour la meme raison, progressivement, vont se constituer des listes d’uta-makura- oreillers du poeme -, c’est-a-dire de noms de lieux celebres pour telle ou telle raison (historique, legendaire, religieuse, topographique…), deja evoques en poesie, et associes a un complexe specifique d’emotions ou d’idees. Parallelement, on dresse des repertoires de makura-kotoba (mots-oreillers) qui sont autant de qualificatifs preetablis pour caracteriser d’abord tel ou tel lieu precis, ensuite plus largement, tel ou tel element du monde naturel (lune, arbre, animal…) Toujours pour dilater la limite des trente-et-une syllabes du waka, on a recours au jeu de mots ou kake-kotoba (mot-pivot) qui permet de donner deux sens a un meme vocable. Une autre technique, appelee mitate, consiste a creuser le paysage et ses resonances en lui superposant un autre lieu simplement evoque par un mot a double entente.
Si l’on voit les avantages et les ressources de cet encodage de l’expression pour une forme reduite a si peu de mots, on devine aussi ses dangers : le poeme risque de n’etre plus qu’un condense de poncifs. Ce glissement vers une expression stereotypee est de plus encourage par le contexte socio-culturel du waka qui est devenu en effet l’art dominant a la cour imperiale et dans toute l’aristocratie. Les romans de l’epoque Heian, tel Le Dit du Genji (Genji monogatari), comme les chroniques epiques qui suivront, montrent que ce petit poeme est un mode obligatoire et general d’expression : jour et nuit, dans la capitale, on s’envoie des waka auxquels il est de bon ton de repondre sur le champ avec un poeme de circonstances. Des concours poetiques (uta-awase) sont regulierement organises, opposant en duel ou par equipes les nobles et les dames de la cour. Dans le meme temps des traites de waka (karon) sont rediges. La poesie est devenue la passion de ce milieu restreint : un avancement ou un bon mariage parfois en dependent; tous sont concernes, n’apparaissent ni specialistes ni professionnels du waka, comme nous en auront plus tard avec le renga et le haikai.