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L’habit vert

Auteur : Leila Sebbar

Date de saisie : 13/04/2006

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : T. Magnier, Paris, France

Prix : 13.00 / 85.27 F

ISBN : 978-2-84420-441-7

GENCOD : 9782844204417

  • Les presentations des editeurs : 14/05/2006

Elle dit qu’elle aime ca d’etre dehors avec l’equipe et balayer les rues, ramasser ce qu’on jette, papiers, vieux paquets de cigarettes, boites de tabac a priser ecrasees, boites de Coca ou de biere cabossees, prospectus, plastiques ou journaux gratuits perimes, ca l’ennuie pas, elle pique au bout du manche avec le crochet a trois pointes, une fois elle a attrape, juste, juste, il a failli lui echapper, un billet de cent euros, personne ne l’a crue, c’etait vrai.

On les voit dans les rues, les cafes, les hotels et les gares, les maisons. En service domestique, menager, sexuel. Descendants des anciennes colonies, ils sont attaches a la personne du maitre. Liens de subordination ambigus, entre violence et tendresse. On les entend rever, pleurer, rire, resister a la servitude. Passeurs entre l’Orient, l’Afrique et l’Occident.

  • Les courts extraits de livres : 07/06/2006

Elle est assise sur le banc vert.

C’est son banc, sous le viaduc. On le sait. Le jeune homme frise, elle le voit depuis des mois, il monte et descend le chemin goudronne, c’est recent, entre les graviers ou se garaient les voitures du quartier, le XIIIe arrondissement, qu’on appelait le faubourg souffrant, il marche et il parle ou il chante Aicha, Aicha, ecoute-moi… Reine de Saba…. C’est pas un Arabe, mais il chante toujours Aicha, il a une bouteille de rose a la main, a moitie pleine, je ne l’ai jamais vue vide. Ce jeune homme qu’elle croise souvent, l’ete il porte une veste de mouton, s’il vient de Marseille, il a froid a Paris, c’est peut-etre pour ca. Elle l’a vu avec une casquette americaine la visiere sur le cou, hier, il portait une gourmette en argent, il la regardait, l’air content, assis sur son banc a lui, un banc vert, pres de l’abribus, le meme que le sien, deux planches de bois, des pieds en fonte, solides, on les a repeints en meme temps que les piliers du viaduc, des travaux pendant des mois et des mois, les ouvriers avaient tendu des baches blanches sous le metro, des draps geants qui se gonflaient avec le vent, il n’y a pas eu de tempete, elle a attendu longtemps avant de retrouver son banc et la elle a pu contempler les toiles que des artistes avaient accrochees sous le viaduc, c’etait bizarre ces couleurs et ces formes qui se balancaient comme les draps quelque temps avant. Le garcon frise est seul, elle aussi. Il ne parle a personne, personne ne lui parle, elle non plus.

Depuis le banc vert elle voit, soit le fleuriste, ses arbres en pots, palmiers, buis geants, lauriers-roses et lauriers-sauce, lilas quand c’est la saison, oliviers…