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L’homme au torque d’or

Auteur : Simon R. Green

Traducteur : Marie Surgers

Date de saisie : 04/04/2008

Genre : Science-fiction, Fantastique

Editeur : Atalante, Nantes, France

Collection : La dentelle du cygne

Prix : 21.00 / 137.75 F

ISBN : 978-2-84172-411-6

GENCOD : 9782841724116

Sorti le : 27/03/2008

  • Les presentations des editeurs : 05/04/2008

Mon nom est Bond. Shaman Bond.
Permis de tuer les agents des tenebres.

Tout est vrai. Tout ce qui vous fait peur. Theories du complot, monstres sous le lit, fantomes et vampires. Si ces saletes n’ont pas encore conquis la planete, c’est que depuis toujours ma famille les en empeche. Nous montons la garde; nous vous protegeons du grand mechant loup, et vous ignorez jusqu’a notre existence.
Mon nom est Bond. Shaman Bond. D’accord, ce n’est que mon pseudo. Dans un boulot qui consiste a cogner sur des monstres abominables, un peu d’humour ne fait pas de mal. En vrai, je m’appelle Eddie Drood. Permis de tuer les agents des tenebres. Ma famille est l’une des plus anciennes d’Angleterre. Et nous protegeons l’humanite contre les forces du mal depuis tant de siecles que nous avons arrete de compter. C’etait ca, mon boulot. Et je l’adorais. Jusqu’a ce qu’il m’explose a la gueule.

Simon R. Green est ne a Bradford-on-Avon (Angleterre) en 1955. Diplome de l’universite de Leicester en litterature contemporaine, il a ete employe de librairie (comme le personnage du Vin de minuit). Il est l’auteur de la saga Traquemort (L’Atalante) et de la serie de fantasy Hawk & Fisher (Bragelonne).

Traduit de l’anglais par Marie Surgers.

  • Les courts extraits de livres : 05/04/2008

J’aurais peut-etre du apporter des fleurs

Ca a commence comme une mission de routine. Un homme politique de premier plan, dont le visage et le nom vous sont bien connus, s’etait rendu en toute discretion sur Harley Street, a Londres. C’est la que se trouvent quelques-unes des cliniques specialisees les plus efficaces – et certainement les plus cheres – de tout le monde civilise. Cet homme politique, nous l’appellerons M. le president et, non, ce n’est pas celui auquel vous pensez. Sous un faux nom, il avait ete admis a l’hopital Saint-Baphomet apres avoir attrape une maladie venerienne surnaturelle lors d’un voyage humanitaire en Thailande : il s’etait montre assez stupide pour fausser compagnie a ses guides afin d’aller prendre du bon temps dans les bars louches de Bangkok avec un agent des tenebres deguise en jolie fille. En consequence, M. le president se retrouvait enceint de quelque chose qui etait l’exact oppose d’un enfant de l’amour. J’avais ete charge de mettre un terme, par tous les moyens, a cette grossesse contre nature. La creature ne devait pas naitre ; et, si elle naissait, il fallait l’empecher de faire irruption dans le monde materiel.
On m’avait fourni un pistolet en comptant bien que je m’en servirais.
(Comment etions-nous au courant de l’affaire ? Ma famille sait tout. C’est son boulot. Et quand on defend la juste cause pendant autant de siecles que nous, forcement, on developpe un vaste reseau d’informateurs.)
Je parcourais tranquillement Harley Street, cache bien en evidence. Personne ne m’accordait la moindre attention. Comme toujours. On m’a appris a me faire discret, a n’etre qu’un passant dans la foule. Je portais un costume trois pieces parfaitement banal, assez cher pour coller a l’ambiance mais pas assez chic pour etre remarque. Je marchais dans la rue comme si ma presence etait parfaitement legitime; du coup, tout le monde en etait persuade. Tout est dans l’attitude. Avec la bonne attitude, on passe partout. En plus, j’ai un visage qui vous rappelle toujours celui de quelqu’un d’autre : sympathique, sans originalite, rien qui marque ou se retienne. Un visage d’agent secret.
Le truc, c’est d’etre bien forme. Vous aussi, si vous le vouliez, vous pourriez apprendre a ressembler a tout le monde.
L’apres-midi d’ete tirait paresseusement a sa fin. Doux, agreable sous un ciel bleu pale, avec une petite brise. Au loin, on entendait des voitures, mais la rue elle-meme etait assez tranquille. Quelques taxis, les gros taxis noirs de Londres, deposaient des clients ou en embarquaient. Hommes et femmes de toutes nationalites qui prenaient soin de ne pas se meler des affaires des autres. Un bon paquet, d’ailleurs, n’etaient ni des hommes ni des femmes ni rien dans le genre. Vous seriez etonne d’apprendre combien de monstres se baladent parmi vous, dissimules aux regards des simples mortels par les sortileges les plus rudimentaires. Mais je suis un Drood, et je porte le torque d’or autour du cou : ma Vue me permet de tout voir, tant que j’arrive a encaisser.
A quelques pas, un seigneur elfe descendait d’un taxi. Grand, majestueux dans sa tunique flamboyante, il avait les oreilles pointues, les yeux entierement noirs et l’air extremement meprisant. Il tendit un gros billet au chauffeur et refusa la monnaie d’un geste dedaigneux. L’homme avait interet a vite depenser cet argent, avant que le billet, au premier contact avec un objet en fer, ne se retransforme en feuille d’arbre. Les elfes n’ont qu’un but dans la vie : arnaquer les humains. C’est tout ce qui leur reste.
Un peu partout dans la rue, des fantomes, prisonniers dans le temps comme des insectes dans l’ambre, traversaient des murs eriges apres leur mort. Des demons chevauchaient des humains qui ne se rendaient compte de rien. Ils enfoncaient leurs eperons dans les epaules et le dos de leurs montures en leur parlant a l’oreille. On voyait tout de suite lesquelles ecoutaient : leur demon etait rouge et congestionne. Plus loin, un homme presentait un debut d’aureole. Il accompagnait un ami couvert de stigmates. Ce sont de tels moments qui vous redonnent espoir. Un alien, peau grise et gros yeux noirs, sortit de nulle part en tenant un plan de Londres dans sa main a trois doigts. Vous n’imaginez pas jusqu’ou s’etend la reputation de Harley Street.
Nul ne me pretait attention. Je vous l’ai dit : on m’a bien forme.