A la cadence de l’herbe

Auteur : Thomas McGuane

Traducteur : Marc Amfreville

Date de saisie : 17/09/2006

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Bourgois, Paris, France

Prix : 25.00 � / 163.99 F

ISBN : 978-2-267-01711-3

GENCOD : 9782267017113

  • Les presentations des editeurs : 06/06/2006

Plus de dix ans se seront ecoules entre la parution de Rien que du ciel bleu et A la Cadence de l’herbe, un livre fort et genereux. Allusion voilee a son processus de maturation, le titre renvoie surtout au lent passage de l’hiver au printemps, a ce Montana prisonnier de la glace et de la neige qui se reveille au rythme de la nature… et des desirs enfouis venant crever la surface des consciences endormies. Ce roman est avant tout l’histoire d’une famille : Sunny Jim, le patriarche qui a tenu les siens d’une main de fer et qui, par dela sa mort, trouve le moyen de les contraindre encore a lui obeir ; Alice, sa femme, moins soumise et fade qu’il n’y parait et qui cache, meme a ses enfants, de lourds secrets ; leurs deux filles, Evelyn et Natalie, farouches et exaltees chacune a sa maniere, marquees par les non-dits de l’enfance et l’echec de leurs mariages ; les deux beaux-fils enfin, Paul, un sulfureux malfrat bourre de charme et Stuart, un petit homme ordinaire n’aspirant qu’a la paix.

A la Cadence de l’herbe est aussi l’histoire de diverses successions : materielles, bien sur, mais aussi affectives. Paul reussira-t-il a reprendre et a tenir les renes de l’entreprise familiale ? Quels couples se deferont ou se reformeront au cours de l’intrigue ? Qui est donc ce mysterieux Bengali, executeur testamentaire de Sunny Jim, aux activites louches et sans doute illegales ?

Enfin, ce roman est l’histoire de Bill Champion : caracolant dans un ranch digne de la conquete de l’Ouest, tout proche geographiquement mais si eloigne de la ville, de ses valeurs factices et de ses embrouilles financieres, le cow-boy d’un autre age observe en silence les dechirements d’une famille qu’il a toutes les raisons d’aimer clandestinement. C’est lui sans doute le veritable heros de ce roman ou le comique de farce le dispute au macabre et a l’elegie d’un monde qui disparait et qui pourtant renait… a la cadence de l’herbe.

Ne en 1939, �McGuane, doit, sans doute, a son ascendance irlandaise ses galeries de forts en gueule, a sa succession de sejours en Floride, dans les Keys, et au Montana, des espaces toujours reexplores et ses personnages hauts en couleur. Son monde est un monde viril de l’energie et de la depense ; au-dela des avatars geographiques c’est l’Ouest mythique que ses heros poursuivent. Ses romans prolongent nombre de traditions americaines : nature tragique a la Hemingway, humour et dyspepsie a la Mark Twain. Ses heros violents sont des bavards et des hableurs. Ils sont souvent cruels, un peu perdus, attachants, le langage de McGuane tente de faire saisir le contraste qui est au centre de son oeuvre : la barbarie d’une civilisation materialiste face aux beautes tragiques et passionnees d’une nature toute-puissante�. (Marc Chenetier)

  • La revue de presse Christophe Mercier – Le Figaro

A la cadence de l’herbe, premier roman de Thomas McGuane apres un silence de plusieurs annees, commence par un enterrement et s’acheve par deux morts, l’une apaisee et presque lyrique, et l’autre ultraviolente (l’execution d’un homme par des trafiquants). Entre-temps, on aura tout appris, y compris les secrets dissimules depuis un demi-siecle, a propos de la famille Whitelaw, dont le patriarche vient de mourir peu avant l’ouverture du roman. Ca se passe dans le Montana, et pas au Texas. Le vieux Whitelaw etait a la tete d’une usine de mise en bouteilles, et pas petrolier. A ces deux details pres, A la cadence de l’herbe est un remake – litteraire et talentueux – de �Dallas�… On est toujours admiratif de la facon dont McGuane parvient a passer d’une ecriture seche, rapide, reflet de l’univers violent qu’il decrit, a une ecriture ample, lyrique, sentimentale. Il est le peintre d’un monde dechu, d’une Amerique dechue, mais, meme au coeur du noir le plus noir, on sent chez certains de ses personnages une obscure nostalgie de la purete.

  • La revue de presse Andre Clavel – L’Express

Thomas McGuane, il faut l’imaginer a cheval, un Stetson visse sur le crane. Autour de lui, le Montana deploie ses bras de geant vers le ciel, et les forets ont encore la couleur de l’infini. C’est la que vit l’ecrivain, dans un ranch bucolique qui lui sert de thebaide: le pied a l’etrier, il joue a la perfection son role de gentleman-farmer, au coeur du Far West mythique ou cavalaient jadis les bisons et les Cheyenne. Aujourd’hui, ces paysages vertigineux sont de plus en plus menaces…. Le Montana, il est encore la, dans le nouveau roman de McGuane, A la cadence de l’herbe. Il y a des chevaux et des taurillons sauvages, des sifflements de lassos, des baroudeurs aux mains calleuses. Et il y a cette famille qui s’enlise dans les neiges d’un interminable hiver, en se dechirant pour une histoire d’heritage. Sunny Jim Whitelaw, un vieux cingle despotique, vient de mourir. Il a legue son entreprise a ses deux filles, mais son testament est tellement demoniaque que le clan ne tardera pas a se transformer en noeud de viperes. Natalie, la fragile cadette, y perdra au passage ses dernieres illusions. Quant a sa soeur Evelyn, la petulante amazone, elle tombera dans les pieges de son macho de mari, un malfrat qui aura tot fait de couler l’entreprise du vieux Sunny Jim. Ce roman raconte le lent naufrage d’une famille torpillee par le diable. Avec, dans le role de l’ange, un cow-boy delicieux, Bill Champion, qui donne a ces pages si ameres leur supplement d’ame.

  • Les courts extraits de livres : 06/06/2006

Natalie se tenait devant la porte, elle boutonnait son manteau tout en se demandant si elle avait bien eteint toutes les lumieres. Le vent lui pincait la joue tandis qu’elle mesurait l’ordre parfait du bungalow non sans une legere irritation et, en meme temps, la conscience vague que certains problemes devaient etre resolus. Elle se souvint d’avoir mis en jachere le petit rectangle de jardin en une espece de complicite avec les forces de l’hiver qui voulaient lui oter toute couleur. Elle comprenait qu’elle devait lutter contre cette peur precise. Elle savait bien qu’elle ne s’etait pas montree raisonnable quand Stuart lui avait demande s’ils pouvaient deplacer le bateau de Canyon Ferry a Flathead Lake en repondant que cela lui donnait envie de se suicider. Et elle n’avait pas accorde l’importance necessaire aux efforts de Stuart qui avait pris son air etonne et essaye de l’egayer en lui decrivant les myrtilles qui poussent a l’ouest de la grande ligne de partage des montagnes Rocheuses, le festival de theatre et les magnifiques boutiques qu’on trouve dans les environs de Bigfork. De semblables aneries l’avaient conduite dans un karaoke a faire du play-back sur une chanson de Tammy Wynette, un numero qui lui avait valu une avalanche d’eclats de rire, et une pizza gratuite comme lot de consolation. Natalie etait diplomee de Vassar, une des plus prestigieuses universites de la cote est, et a l’epoque, elle avait vraiment eu l’impression d’etre tombee bien bas.

Elle se sentit reconfortee par la puissance de sa Mustang qui reussit a traverser la barriere de neige accumulee devant sa maison, tandis qu’un train filant vers l’ouest sifflait dans la tempete.