Les coups de cœur de Max Buvry de la librairie VAUX LIVRES à VAUX-LE-PÉNIL, France

Le narrateur est un enfant. Ange ? Démon ? Juge ? Nouveau Jimmy Cricket ? Il voyage dans le monde des hommes («J’explore ce monde à la recherche de l’homme qui saura me révéler à moi-même.») et découvre avec sa naïveté notre monde et sait poser les questions qui dérangent et bousculent. Il est venu renouer avec le fil de sa vie, il a en effet oublié son histoire, son passé. L’enfant est différent : la matière est son amie, il lui parle, elle l’écoute et lui obéit. En outre, il possède un langage universel, rien ne lui reste inconnu, «Je préfère lire directement dans les âmes.». Après quelques escales, son oeil candide et affûté lui permet de dresser un bilan de notre monde, toutefois il espère tant nous aider qu’il déclenche une fin généralisée des hostilités, les armes se taisent, l’ultimatum est de cinq jours ! Mais les hommes et notamment les puissants seront-ils assez sages pour écouter cet enfant venu d’ailleurs ? Un joli conte malicieux et ironique qui à travers le destin de cet enfant singulier parle sans artefact de nos errances.

  • Le choix des libraires : Tours de garde (1 choix)Antoine Piazza Rouergue, Arles, France– 04/04/2015

La femme d’Antoine Piazza, en 2010, suite à un accident stupide, se retrouve plongée dans le coma, allongée sur un lit d’hôpital de Tours, proche de la Loire. Antoine et sa fille la veillent («Le corps de Camille ? Étendu sur le lit, il n’était pas une compagnie, à peine une présence.») et ce récit nous raconte avec mesure et sensibilité ces moments. Antoine Piazza observe, suggère, fait ressentir, dans une atmosphère feutrée, calmement, avec douceur et mesure. Il nous parle du monde hospitalier et de son personnel, des malades et de maladies, de la maison des Parents, de sa femme, de sa fille, de dignité, avec la mort qui rode autour. Il nous parle de ses doutes et de ses inquiétudes mais aussi de ses espoirs. Il nous parle de ce corps immobile devenu étrange et étranger, sans douleur, absent. Antoine Piazza a trouvé le ton juste pour nous faire part de cette épreuve, nous faire appréhender avec délicatesse, sans pathos, sans cris ni pleurs, ses sentiments, ses peurs et son espoir de voir ce corps reprendre vie.

  • Le choix des libraires : Vous seriez ce garçon (1 choix)Christine Vigneron Arléa, Paris, France– 21/03/2015

«Vous seriez ce garçon» relate une relation singulière entre une femme, professeur de mathématiques, et l’un de ses élèves. Une rencontre construite autour du silence, des écrits, de la fascination et de la connivence. Lui accepte tout, il la suit, elle le vénère, l’admire et nous fait partager ce qu’elle ressent au coeur de cette emprise. Pourtant, une distance continue de les séparer, le vouvoiement est de mise. Peut-être ne cherche-t-elle qu’à s’imprégner, à graver ces instants éphémères. Conte, rêve, fantasme ou illusion, peu importe, l’écriture maîtrisée et sensible de Christine Vigneron nous fait partager les sensations et les sentiments suscités par une relation fragile et troublante.

  • Le choix des libraires : La Maison-Guerre (1 choix)Marie Sizun Arléa, Paris, France– 14/03/2015

La guerre dure déjà depuis plusieurs années, et le moment est arrivé pour Véra de mettre à l’abri sa petite fille. Elle confie Marie, pas loin de cinq ans, à une maison, la Maison-Guerre, une vieille maison quelque peu bancale, habitée par de vieilles personnes. Les explications de Véra sont succinctes, elle s’en retourne et promet de revenir bientôt. Quelques rares visites expéditives, elles ne dormiront qu’une seule fois ensemble, puis la disparition, sans raison pour Marie. Reste donc l’attente. Cette attente lui pèse malgré les instants de bonheur qu’elle peut vivre, en solitaire, dans cette maison. Marie écoute, observe, et surtout attend et attend encore, en espérant le retour de sa mère adorée. Elle aimerait se retrouver à ses côtés dans leur petit appartement parisien. Elle cherche à comprendre à partir des bribes de conversation qu’elle vole ici ou là… la guerre… les Allemands… Marc prisonnier en Allemagne… La petite imagine, décrypte, seule dans cette maison qu’elle n’oubliera jamais. La terrible vérité qui provoquera un choc définitif sera longue à percer et la maison y sera à jamais associée. Adulte, quand la mélancolie ou la tristesse l’étreindra, elle se retrouvera (en pensée) dans cette maison, et reconnaîtra absolument tout, la mémoire et le souvenir comme remède ou refuge salvateur la protègeront alors. Marie Sizun revient sur cette période douloureuse tout en mettant la guerre au second plan et se préoccupe toujours avec autant de sensibilité et de justesse de l’enfance, de la solitude, des sentiments, des non-dits et secrets, des douleurs et de la magie de la mémoire, ce «jeu délicieux et cruel».

Simon est perdu. Sa compagne l’a quitté, brutalement, sans explication, «la déserteuse est partie, la bataille est finie, il n’y a plus que moi, un moi vaincu, à genoux». Désemparé, il garde silence et décide de partir, «partir seul comme un grand, lécher ses plaies, essayer de se relever, de se refaire une fierté», de se ressourcer, sur les traces de son enfance et de retourner là où, enfant, il fut heureux avec ses parents. Le petit hôtel du village alsacien a bien changé, et Simon y croise rapidement Anna, une femme un peu austère et aussi perdue que lui. «Madame Non» se confie, Simon a le temps, il l’écoute et lui raconte également sa vie et ce qui l’a amené jusqu’ici. Au coeur de leur dialogue se retrouve évidemment la famille, ses non-dits et ses relations humaines parfois heurtées. Mais ensemble, en s’entraidant et se soutenant, ils prouveront que les épreuves peuvent être supportées et acceptées. Deux confessions qui les surprendront, les bousculeront, les aideront à surmonter leurs angoisses et surtout, leur ouvriront les portes d’une nouvelle vie. Un second roman à l’image de «Tango tranquille qui trouve le ton juste et traite des épreuves de la vie avec humanité, humour et optimisme.

  • Le choix des libraires : Le prénom a été modifié (1 choix)Perrine Le Querrec les Doigts dans la prose, Le Mans, France– 21/02/2015

Il y a 15 ans. Elle avait 15 ans, elle était jeune, belle, souriante, insouciante. Puis il y eut la cave, elle y descendit et ce ne fut pas elle qui remonta («La première fois qu’ils m’ont forcée je suis morte ça a été la fin de ma vie.»). Ils étaient nombreux, ils voulaient leur part, cela dura six mois, six mois de silence, six mois de souffrance. Depuis elle est en jogging noir, l’autre lui est étranger, elle s’est refermée. 15 après, c’est le procès, ils sont devenus pères, elle revit tout, à nouveau, encore, sous le poids des questions abjectes, des regards soupçonneux. C’est une guerre, avec les mots, contre le silence, contre le poids, la charge inhumaine sans concession ni attention. Un texte superbe avec un travail remarquable sur la langue, le rythme, les mots.

  • Le choix des libraires : Mousseline et ses doubles (1 choix)Lionel-Edouard Martin les Ed. du Sonneur, Paris, France– 19/02/2015

Mousseline quitte (enfin) son père pour partir découvrir le bébé de son frère jumeau. Voyage sans retour. Elle rencontre en effet une ville, une autre vie et même un Joseph Pigeon parisien et l’amour. Elle s’y installe et doit alors s’occuper de son petit neveu Daniel. Des années plus tard, pour devenir écrivain, il entreprend de conter son histoire, leur histoire, lui, son «presque fils», parcourt cette saga familiale au coeur de la France des années 1950-1960, portrait d’une France loin des paillettes et du pouvoir, mais une France vraie, tout en «pudeurs taciturnes» qui accompagnent les drames de la vie. Un portrait émouvant, aussi triste que lumineux, d’une femme fragile et volontaire et emportée par la vie, sublimé par l’écriture de L-E Martin, poétique et sensible, tout en retenue. Il varie et adapte les styles, du parler populaire au précieux, toujours juste et précis, il sait évoquer et réussit à tenir en haleine le lecteur tout au long de cette aventure humaine et populaire. Une très belle découverte.

  • Le choix des libraires : Les réputations (2 choix)Juan Gabriel Vásquez Seuil, Paris, France– 19/02/2015

Javier Mallarino est une référence en Colombie, craint par certains, adulé par d’autres, célèbre caricaturiste, son influence et son pouvoir sont grands et reconnus, et le pays va lui rendre un hommage appuyé et le décorer. Il représente la mémoire politique du pays. Pourtant, des années plus tôt, il a vécu et participé à un évènement lors d’une soirée privée qu’il s’est empressé d’oublier. Et lorsque la jeune Samanta vient frapper à sa porte des années plus tard, le passé resurgit et va l’interroger sur sa mémoire, sur la mémoire, le pousser à réfléchir sur son pouvoir (ses limites et ses excès), à un examen de conscience franc et douloureux qui croisera l’Histoire du pays et son histoire intime et personnelle. Une belle découverte, profonde, féroce et dense, sur un thème au coeur de l’actualité !

  • Le choix des libraires : L’incertitude de l’aube (2 choix)Sophie Van der Linden Buchet Chastel, Paris, France– 19/02/2015

C’est la fête de la rentrée. Anushka est heureuse, joyeuse de reprendre le chemin de l’école et retrouver son amie Miléna. Elle est accompagnée de son grand-père qu’elle adore et Miléna de sa mère. Anushka est pressée et son grand-père traîne. A l’entrée de l’école, seul le grand-père reste à l’extérieur et les autres rejoignent le gymnase qui fait office de salle des fêtes, fête qui tourne immédiatement au cauchemar. Des terroristes les retiennent en otage. Attente, terreur, solitude, soif… L’enfant donne sa vision des évènements, du drame qui se déroule sur quelques jours, une fillette peu familière de cette violence dont l’imaginaire reste peuplé par les contes, des histoires et un monde qui vont l’aider, l’accompagner (comme le lecteur) tout au long de cette tragédie («Mon lit. C’est tout ce que je veux. Et une histoire pour m’endormir.»). Entre deux violences, deux hurlements, une comptine lui permettra de s’évader et conserver son innocence et son âme d’enfant. Avec une prose poétique et sensible, sachant varier les rythmes, Sophie Van Der Linden en évitant un pathos étouffant rend un hommage poignant aux victimes de la tragédie de Beslan qui se déroula en 2004.

  • Le choix des libraires : Marina Bellezza (4 choix)Silvia Avallone Liana Levi, Paris, France– 19/02/2015

Marina, Andrea et Elsa sont originaires d’une vallée perdue, encaissée au plus profond du Piémont. Jadis prospère, elle voit les entreprises fermer et se dépeuple peu à peu. «Ce n’est pas vrai que ce qui compte, c’est où on arrive. Ce qui compte, c’est d’où on vient.» et ces trois là vont l’éprouver. La belle, très belle, Marina, à la voix lumineuse, rêve d’ailleurs, de célébrité, elle sait qu’elle attire les regards et aime en jouer. Andrea après quelques années d’études préfère suivre les pas de son grand-père et exploiter une ferme d’alpage au coeur d’une nature sauvage et fière ; évidemment il n’a d’yeux que pour Marina alors qu’Elsa l’a toujours aimé. Amour impossible. Marina et Andrea dont les relations oscillent entre attirance et répulsion conservent leurs rêves sans oublier leurs racines et leur enfance accompagnés de failles profondes. Un combat pour grandir, un combat pour la liberté mais le prix sera peut-être cher à payer. Portrait attachant et émouvant d’une jeunesse qui vit sans retenue l’amour, l’amitié et ses rêves au coeur d’une société qui va à vau l’eau. Après «D’acier», une superbe confirmation que l’on dévore !