Les coups de cœur de Lionel Daubigney de la librairie AUX VENTS DES MOTS à GARDANNE, France

  • Le choix des libraires : Obia (1 choix)Colin Niel Rouergue, Arles, France– 02/03/2016

Extrait : “Se perdre en forêt, le principal danger. Ils avaient parcouru plus d’un kilomètre. Beaucoup auraient tout de même essayé de chercher leur chemin, de retracer l’itinéraire emprunté à l’aller. Ils auraient guetté chaque détail, chaque branche cassée, chaque feuille pliée comme autant de signes encourageants. Mais tous deux savaient que c’était prendre un risque plus grand : celui de s’éloigner davantage.” [p414]

Coupable ? Victime ? Qui est qui ? Pendant 500 pages, Colin Niel nous tient en haleine avec une intrigue policière bien menée sur fond de guerre civile au Surinam et de la façon (une nouvelle fois épouvantable) dont la France accueillit les réfugiés, de trafic de drogue, et, avec un capitaine Anato toujours à la recherche de son passé.

  • Le choix des libraires : Ma vie à la baguette (2 choix)Chloé Cattelain Thierry Magnier, Paris, France– 30/12/2015

Extrait : ” Ton oncle, il a fait l’andouille qui dit débloquer sous l’effet de l’alcool. Mais il savait parfaitement que tu l’écoutais de toutes tes oreilles. Il voulait te délivrer un message.” [p189]

Kevin Zhang se débat entre un père aimant (qui ne veut pas le montrer) mais étouffant, un petit frère qui a su affirmer sa personnalité, un premier amour adolescent et son désir de savoir la vérité sur sa mère et sa famille. Pas facile la vie d’ado !

Dans cet excellent premier roman, Chloé Cattelain aborde de nombreux problèmes liés à l’adolescence. Son écriture rythmée, son sens de l’humour, la malice et la profondeur de ses personnages, font que son texte accessible dès quatorze ans, peut être lu avec plaisir et émotion par des adultes.

  • Le choix des libraires : La source (2 choix)Anne-Marie Garat Actes Sud, Arles, France– 24/07/2015

Extrait : ” Alors je vis à travers les loupes soudain translucides ses yeux, pour la première fois leur couleur parfaite, cette couleur n’existe pas qui mêle tous automnes et printemps exténués, tous nuages évanouis. “

Dans un hameau de Franche Comté, existe une vaste demeure biscornue et quasi vide, aujourd’hui il ne reste plus qu’une occupante : une nonagénaire redoutée par ses concitoyens. Un soir une jeune universitaire, la narratrice, s’y arrête un peu par hasard. Par hasard ? peut être pas finalement… Entre ces deux femmes naît comme une amitié, comme un désir de se raconter, mais… certains récits peuvent cacher de lourds secrets.

Avec son écriture âpre et rugueuse, Anne-Marie Garat, nous entraine du Mauduit au Klondike, en passant par Vancouver, le Tonkin (et j’en oublie), dans un roman fleuve qui couvre le XXe siècle.

  • Le choix des libraires : Boussole (3 choix)Mathias Enard Actes Sud, Arles, France– 11/07/2015

Lors d’une nuit d’insomnie Franz Ritter, musicologue viennois se remémore sa vie, ses voyages en Orient et son amour pour Sarah. Une belle histoire d’amour, dessinant en creux le portrait de cette femme qui est un des personnages principaux de l’histoire, mais aussi une réflexion sur ce qui fonde chacun de nous, ce que nous sommes, ce que nous voudrions être… car, au fond, qu’y a t-il à l’Orient de l’Orient ?
Dans un récit très dense, très rythmé, les titres des chapitres scandent les heures et les minutes qui s’écoulent. Mathias Enard, sans aucune superficialité nous fait partager (j’ai envie d’écrire nous entraine, nous hisse, nous happe, nous plonge… etc) son immense érudition, aussi bien littéraire que musicale, et son amour pour les pays du Moyen-Orient.

Extrait : “Il est étrange de penser qu’aujourd’hui en Europe on pose si facilement le nom de “musulman” sur tous ceux qui portent un patronyme d’origine arabe ou turc. La violence des identités imposées.” [p259]

  • Le choix des libraires : Balistique (1 choix)D. W Wilson Ed. de l’Olivier, Paris, France– 28/06/2015

Canada, fin de la guerre du Vietnam, un déserteur américain, en fuite avec sa fille, se lie d’amitié avec un jeune couple ayant un garçon… 40 ans après, un jeune homme se lance à la recherche de son père pour satisfaire son grand père, mourant…

Un premier roman sauvage et violent comme les incendies qui le traversent. Un jeune auteur, très prometteur.

Extrait : “Je suis enceinte, m’avait annoncé Linnea dans la cuisine. Mais je ne peux pas rester ici pour élever un enfant avec Jack. Désolée, papa. Il va falloir que tu me laisses partir.” [p226]

  • Le choix des libraires : La part des flammes (4 choix)Gaëlle Nohant Ed. Héloïse d’Ormesson, Paris, France– 26/06/2015

Extrait : “Le toit du Bazar de la Charité flambait sous leurs yeux, avec la rapidité d’un paquet d’allumettes. Les portes d’entrée du hangar s’ouvrirent à la volée pour vomir sur l’asphalte un magma d’êtres humains défigurés par la peur qui exhalaient un parfum puissant de chair brûlée. A l’intérieur, la clameur enflait, effrayante.”

Surprenant ! une écriture fine et précise qui nous enchaine au destin de ses héroïnes !

  • Le choix des libraires : La soudure (1 choix)Alain Guyard Dilettante, Paris, France– 27/04/2015

La gouaille et l’humour d’Alain Guyard explosent à chaque page de cette approche philosophique de la “soudure considérée comme un des beaux-arts” (dans tous les sens du terme). Découvrez Héraclite comme vous ne l’avez, encore, jamais lu.

Extrait : “Cyndie avait récupéré des ailes de bagnole dans la casse aux Patrac, et avec un système incroyable de poulies et de chaines, elle était parvenue à les hisser le long de la façade de la baraque. ” [p22]

  • Le choix des libraires : Hérétiques (1 choix)Leonardo Padura Fuentes Métailié, Paris, France– 31/10/2014

Ce sont des histoires d’exil et d’immigration que nous raconte là, dans son style flamboyant, Léonardo Padura. Construit autour du périple abominable du Saint Louis, le roman explore la vie des générations futures et suivantes d’une même famille : les Kaminsky, et nous emmène de l’Amsterdam de l’âge d’or de la peinture au Cuba post Batista.

Extrait : ” Ce qui affecta le plus Daniel dans cette même Cuba, légère et festive, fut de voir la propagande antisémite atteindre des sommets imprévisibles dans un pays généralement si ouvert. ” [p55]

  • Le choix des libraires : Le bonheur des moineaux (1 choix)Mohamed Nedali Ed. de l’Aube, La Tour-d’Aigue, France– 14/07/2012

Omar est guide dans le grand sud marocain. Au fil du temps il a développé une petite entreprise de tourisme “équitable” à taille humaine. Malheureusement ( ?) pour lui, il y a très longtemps, il a eu la (mal)chance d’avoir la future femme de l’actuel président des USA comme cliente. Celle-ci lors d’une visite officielle au Maroc demande à le revoir…

Cette demande somme toute bénigne le précipite dans une longue spirale d’ennuis absurdes : services secrets, armée, petits potentats locaux ou nationaux se jettent sur lui pour exiger des comptes que le malheureux est bien incapable de donner.

Inspiré d’une histoire vraie, cette aventure proprement “kafkaïenne” nous est raconté avec beaucoup d’humour par Mohamed Nedali -certains passages sont très drôles, notamment la préparation de la visite de cette invitée de marque (à rapprocher de certaines tournées officielles dans notre beau pays)- mais c’est aussi tout le quotidien d’une société gangrénée par la corruption, par des années de pouvoir autocratique… qui nous est livré de manière magistrale.

Extrait :

” – Pour la leçon d’anglais, ce sera pareil : au cours de cette visite, vos instituteurs feront semblant d’enseigner l’anglais à leurs morveux, même si, dans la réalité, cette matière ne fait pas parties de leurs programmes ! Est-ce clair, professeur ?

– Oui, sidi.

Le directeur poussa un ouf ! de soulagement puis s’en alla, flanqué de sa cour, (…)” p154]

Annie, jeune indienne, veille son oncle dans le coma à l’hôpital. Celui-ci dans son délire nous raconte sa vie d’indien dans le Grand Nord Canadien, une histoire qui est aussi celle de la mise à mort de son peuple. Dans le même temps, Annie nous raconte son voyage à la recherche de sa soeur disparue alors qu’elle pensait échapper à ce destin.
Deux récits, deux histoires qui se tissent, s’entremêlent jusqu’à composer une fresque, une splendide tapisserie murale, que Joseph Boyden en conteur émérite sera mené à son terme.
Une histoire dure et belle, à l’image du Grand Nord, empreinte de nostalgie et de fatalisme.
Extrait : “Quand je m’en suis extirpé en rampant, la toile de la bâche craquait, raidie par le gel. Je tremblais violemment. Une nuit d’insomnie et, avant le petit matin, deux ou trois heures d’un sommeil si profond que j’avais laissé le feu s’éteindre. Le plus dur avait été de quitter le sac de couchage et le peu de chaleur encore emmagasinée à l’intérieur alors que les ténèbres s’éclaircissaient tout juste pour céder la place à ce qui serait l’aube.” [p381]