Un secret

Auteur : Philippe Grimbert

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Grasset, Paris, France

Prix : 15.00 � / 98.39 F

ISBN : 978-2-246-67011-7

GENCOD : 9782246670117

  • Le courrier des auteurs : 22/05/2007

�… Je suis tres heureux de pouvoir dire tout le bien que je pense des libraires, d’abord parce que j’ai beaucoup de souvenirs a l’epoque ou les tres grandes librairies n’existaient pas et que j’etais enfant : j’avais, au coin de ma rue, une librairie qui s’appelait Climats, d’apres le livre d’Andre Maurois. Et les deux soeurs qui tenaient cette librairie etaient de vraies libraires, comme on dit aujourd’hui, parce qu’aujourd’hui, on dit des vrais libraires, c’est-a-dire des gens qui etaient capables de vous faire partager non seulement leur passion pour certains livres, mais aussi de vous connaitre assez pour vous dire : ce livre-la, il est pour vous. Et je me souviens que ces deux soeurs connaissaient bien ma famille, mon pere, ma mere, et savaient au fond quels livres il fallait a chacun d’entre nous. Et ca, ce sont de tres bons souvenirs, car elles m’ont fait decouvrir beaucoup de choses. Je leur dois, entre autres, Belle du Seigneur, et certains grands livres de la litterature que je n’aurais peut-etre pas decouverts sans elles. Donc c’est vraiment une grande joie que de me souvenir de ce qu’etait l’entree dans cette librairie. D’abord, j’aime l’odeur des livres, j’aime l’odeur du papier, et j’aime quand on rentre dans ces librairies qui existent encore aujourd’hui, ou il y a des livres du sol au plafond et ou le libraire, des que vous lui demandez un livre, se dirige tout droit vers cette masse pour en extirper le livre que vous souhaitez. J’adore ca. Evidement, c’est quelque chose qui helas ! se rarefie un peu, mais c’est toujours un grand bonheur de rentrer dans un lieu comme celui-ci. Il y a egalement L’Astree, par exemple, rue de Levis, qui, pour moi, correspond parfaitement a la definition de ce genre de librairie. Ils ont leurs clients qui sont devenus des amis en general, et ils savent leur conseiller exactement le livre qu’il faut. J’ai meme entendu, parce que j’ai ete invite, grace a mon livre, Un secret qui, par chance, a eu beaucoup de lecteurs, dans de nombreuses librairies. Je me souviens par exemple d’un libraire en Belgique, qui en a vendu un nombre incroyable en tres peu de temps, en allant jusqu’a dire – c’est incroyable, c’est ce qu’on entend aujourd’hui dans le grand commerce – : �Je vous vends ce livre ; s’il ne vous plait pas, je vous promets que je vous rembourse.� C’est incroyable : il etait tellement sur de lui avec certains de ses clients qu’il pouvait se lancer dans ce genre de formule. Ca, pour moi, c’est vraiment le grand bonheur, non seulement de la promesse de lecture, mais de la rencontre avec des gens qui aiment les livres et qui savent vous les conseiller. Et je dois dire que pour Un secret, j’ai eu cette chance d’etre aime par les lecteurs. Je n’imaginais pas – parce qu’au fond, je suis un jeune auteur de romans, il n’y a que trois-quatre ans que j’ecris des romans – que l’impact des libraires etait a ce point fulgurant. Quand les libraires aiment votre livre, ils peuvent faire son succes, c’est formidable. Et ils savent conseiller, ils savent dire tout le bien qu’ils en pensent. Et quand ils ont des clients qui leur font confiance, le livre leur doit evidemment une carriere importante. Non seulement ca, mais il y a eu les rencontres aussi : ces libraires – et j’en ai vu beaucoup ; depuis deux ans, je tourne dans enormement de librairies – savent aussi organiser des rencontres, et ca, c’est magnifique, parce que l’ecriture d’un livre est une activite solitaire, la lecture aussi ; et quand les libraires peuvent faire se conjuguer ces deux solitudes qui deviennent des rencontres de pure emotion, ce sont des moments inoubliables. J’aime beaucoup arriver dans un lieu, meme une petite librairie, bonde, avec des gens assis partout, des gens debout, derriere, qui vous ecoutent et qui sont heureux de vous rencontrer. C’est quelque chose d’irremplacable, d’autant que, je le dis bien, ce n’est pas pour l’auteur seulement une facon de rencontrer son public et de satisfaire la curiosite du public, mais bien davantage une facon pour l’auteur de s’entendre dire ce qu’il a fait, parce que quand on ecrit, on ne sait pas exactement ce qu’on fait. Ca peut sembler curieux de le dire comme ca, mais pour mon livre, Un secret, j’ai recu de tels retours des lecteurs reunis par les librairies dans leurs magasins que j’ai commence a comprendre pourquoi mon livre fonctionnait, qu’est-ce qui, dans mon livre, avait touche les gens. Et meme parfois, j’ai eu la surprise de decouvrir des intentions qui m’etaient restees inconscientes a moi-meme, ce qui est un comble pour un psychanalyste…�

(Propos recueillis par telephone)

  • Le journal sonore des livres : 23/06/2006

Philippe Grimbert, Prix des lectrices de Elle 2005, raconte le bonheur qu’il a, depuis l’enfance, a entrer dans les librairies.

  • Les presentations des editeurs : 29/06/2006

Souvent les enfants s’inventent une famille, une autre origine, d’autres parents. Ainsi l’imaginaire, par la grace de ce �roman familial�, vient-il au secours d’une realite a laquelle, sans doute, il manque quelque chose.
Le narrateur de ce livre, lui, s’est invente un frere. Un frere aine, plus beau, plus fort, qu’il evoque devant les copains de vacances, les etrangers, ceux qui ne verifieront pas… Et puis un jour, il decouvre la verite, impressionnante, terrifiante presque : ce frere a existe. Et c’est alors toute une histoire familiale, lourde, complexe, qu’il lui incombe de reconstituer. Une histoire tragique qui le ramene aux temps de l’Holocauste, et des millions de disparus sur qui s’est abattu une chape de silence.
Psychanalyste, Philippe Grimbert est venu au roman avec La petite robe de Paul. Avec ce nouveau livre, couronne en 2000 par le prix Goncourt des lyceens et en 2005 par le Grand Prix litteraire des lectrices de ELLE, il demontre avec autant de rigueur que d’emotion combien les puissances du roman peuvent aller loin dans l’exploration des secrets a l’oeuvre dans nos vies.

  • La revue de presse Marie-Dominique Lelievre – Lire

… L’auteur s’efface tellement derriere son histoire qu’on pourrait la croire inventee de toutes pieces. Elle ne l’est pas. Vingt ans apres la disparition de ses parents, Philippe Grimbert a choisi de devoiler leur secret. Sans en faire tout un plat. En chuchotant. Comme s’il n’avait pas tout a fait son mot a dire, devant ces abysses scandaleux. Il raconte pourtant une vraie histoire, qui est aussi une histoire vraie. Et son recit bien tricote mene le lecteur par le bout du nez. Enfant, Philippe Grimbert, fils unique, s’invente un frere et donne son prenom a un ours en peluche. La premiere phrase de son livre est �Fils unique, j’ai longtemps eu un frere�… Vers l’age de quinze ans, la gaffe d’un cousin lui revele que son pere, Lucien, a ete marie une premiere fois avant la guerre. Il a eu un fils, Michel. L’enfant et sa mere sont morts en deportation a Auschwitz. Si ses parents lui ont cache l’existence de ce demi-frere, c’est que son pere a epouse… sa belle-soeur, mariee elle aussi avant-guerre, a un homme mort dans un stalag. Lequel etait le frere de la premiere femme de son pere… Honte et remords… Aussitot, les deux icones qu’etaient ses parents degringolent de leur Walhalla et se transforment en etres de chair et de sang, capables, et coupables, de desir… Ses vrais parents, apprenant qu’il sait, se declarent soulages: �On voulait te le dire a dix-huit ans.� Grimbert, baptise a l’eglise catholique, apprend dans la foulee qu’on lui a aussi derobe son identite : le nom de son pere, juif, s’orthographiait �Grinberg�. �Bref, de quoi produire un nevrose, donc un psy�, sourit-il avec gentillesse… Aujourd’hui, Grimbert ouvre ses archives familiales devant des classes de lycee, etonne de pouvoir evoquer avec une tres grande tranquillite un secret qui l’a tellement affecte. Ses deux parents sont morts il y a vingt ans. Suicides ensemble.

  • La revue de presse Marianne Payot – L’Express

�Fils unique, j’ai longtemps eu un frere.� Des la premiere phrase de son roman autobiographique, le psychanalyste Philippe Grimbert nous enchante. On le comprend tres vite, avec cette belle et longue exploration d’un secret de famille, l’auteur de Pas de fumee sans Freud signe l’un de ces temoignages qui sont appeles a marquer durablement notre memoire. Tout, ici – le style, le ton, la sensibilite – sonne juste. Tout, ici – la construction, le cheminement litteraire vers la verite – force l’admiration…

  • La revue de presse Jerome Garcin – Le Nouvel Observateur

J’aimerais tant vous convaincre d’ouvrir ce livre. Mais je ne sais comment m’y prendre. Le raconter, c’est le deflorer. Le decortiquer, c’est l’abimer. En faire l’eloge, c’est en denaturer l’emotion. Peut-etre faut-il commencer par dire ce qu’il n’est pas.
Ce livre est l’exact contraire du grand deballage a la mode. Et pourtant, l’auteur revele ici un terrible secret de famille, autrement plus lourd et poignant que les commerages d’heritiers. Il est surtout tellement intime qu’il en devient d’une portee universelle. Bien que l’ecrivain soit un psychanalyste, ce n’est pas davantage un roman analytique. Jamais l’auteur n’alourdit son propos par des considerations generales, des references encombrantes. Jamais il ne s’allonge sur le papier. C’est un livre ecrit debout, pas couche. Enfin, par la grace d’une ecriture dont la simplicite est un leurre et la legerete une marque supreme d’elegance, ce temoignage romance echappe au pathos et au lyrisme funebre que la tragedie, dont il est le centre invisible, appelle d’ordinaire. Meme quand il bascule dans l’horreur, il ne se departit pas du ton de l’enfance etonnee… Philippe Grimbert a longtemps attendu avant de se delivrer publiquement du secret dont il a herite. A voix basse, il le confie aujourd’hui a ses lecteurs, qui se passeront son livre comme, en ecoutant le Stabat Mater, on partage une tremblante emotion.