Mapuche

Auteur : Caryl Férey

Date de saisie : 23/01/2013

Genre : Policiers

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Série noire

Prix : 19.90 €

ISBN : 978-2-07-013076-4

GENCOD : 9782070130764

Sorti le : 27/04/2012

Rencontre avec Caryl Férey le mardi 12 juin à 18 heures au «91», rue Porte-Dijeaux ! À bon entendeur…

Nous avons aimé ses titres précédents : Haka et Utu, vénéneux diptyque se passant en Nouvelle-Zélande, ainsi que le cruel Zulu, terrible plongée dans la violente Afrique du Sud (encensé par la critique et couvert de prix littéraires)…

Avec Mapuche, Caryl Férey a posé ses valises en Argentine.
Une scène choc ouvre le livre : un paquet jeté dans l’océan depuis un avion, paquet qui ouvre les yeux, vision d’un être humain précipité dans le vide !… On se doute dès lors que le voyage ne sera pas de tout repos. «A deux mille mètres, la mer est un mur de béton». L’histoire se dessine avec les contours de cinq personnages principaux : Jana, Paula, Luz, Ruben, Maria Victoria. Jana est indienne, issue du peuple Mapuche qui donne son titre au roman. Elle est venue étudier les Beaux Arts à l’université de Buenos Aires. Faute de ressources – la crise financière de 2001-2002 a provoqué la banqueroute du pays qui s’enfonce dans la misère, les émeutes, les manifestations et les pillages – elle a survécu en se prostituant, dormant dans des parcs, des squats, fréquentant le monde interlope des bars et des boîtes où elle a rencontré Paula, un travesti. Ces deux-là sont devenues amies dans l’adversité. Pendant que Paula partage son temps entre le tapin et la blanchisserie tenue par sa mère à demi folle, Jana se bat avec elle-même dans son atelier, construisant avec rage d’immenses sculptures de fer en hommage à la mémoire de son peuple sur lequel on a tiré à vue dans la pampa – massacre perpétré par les chrétiens qui les ont dépossédés de leurs terres. Un soir, Paula, inquiète, vient trouver Jana. Luz, un ami travesti avec qui elle avait rendez-vous, a disparu. Les voilà parties à sa recherche, errant dans la nuit de Buenos Aires au volant d’une vieille Ford. Dans le quartier du port, des gyrophares les alertent. La police a trouvé un corps flottant dans l’eau au milieu des détritus. Le cadavre, émasculé, – «Pénis, testicules, tout avait été sectionné du pubis au scrotum. Il ne restait qu’une plaie noire, malsaine, mêlée à la vase»- est celui de Luz.

Devant les lenteurs de l’enquête, les deux amies, bien conscientes que la mort d’un travesti n’intéresse pas les flics, décident d’avoir recours à un détective privé. L’annuaire et le hasard d’une adresse, proche de la blanchisserie de la mère de Paula, les décident à contacter Ruben Calderon. Lui aussi a vécu une histoire personnelle cruelle puisqu’il est l’un des rares rescapés des arrestations arbitraires qui étaient monnaie courante sous la dictature. Il a érigé une chape de silence sur la mort de sa petite soeur et de son père, poète, qui ne sont jamais ressortis d’un des 340 camps de concentration et d’extermination, où l’on savait torturer de main de maître (l’Argentine, terre d’accueil des criminels de guerre, a su reconvertir anciens nazis et membres de l’OAS en Algérie). Alors que sa mère rejoint le mouvement de résistance pacifiste des Mères de la Place de Mai, Ruben a créé son agence de détectives, non pas pour retrouver des disparus – la plupart ayant été liquidés – mais les responsables qui n’ont jamais été inquiétés. Quand Jana sonne à sa porte, il est déjà sur une affaire : un de ses amis journaliste lui a demandé d’enquêter sur la disparition de Maria Victoria Campallo, photographe, fille d’un riche entrepreneur qui a réussi dans les affaires…

Les différentes trajectoires des personnages vont progressivement se rejoindre pour composer un grand roman dense et fouillé, à l’écriture maîtrisée, comme une eau-forte qui serait gravée en trois couleurs : la noirceur des abominations humaines, le rouge des blessures de l’Histoire de l’Argentine qui n’en finissent pas de saigner, et le blanc des pics enneigés de l’Aconcagua, «la Sentinelle de Pierre», qui se perdent dans les nuages.

Caryl Ferey, auteur de Zulu, où il explorait l’Afrique du Sud nous entraîne cette fois-ci en Amérique du sud, après la crise qui mit le pays au bord de la faillite. Il place son intrigue au coeur d’une période sombre de l’Argentine, la junte militaire et l’extermination des indiens Mapuche. Son héroïne, Jana est une rescapée de cette tribu, qui, pour survivre et pour réaliser son rêve, devenir sculptrice, dû se prostituer. Inlassablement elle s’est battue contre l’adversité, et, à nouveau, elle va soulever des montagnes pour découvrir les assassins d’un jeune travesti dont le corps horriblement mutilé vient d’être découvert sur les docks de Buenos-Aires.
La police tente d’étouffer l’affaire, elle sollicite donc l’aide d’un privé, Ruben, lui-même évadé des geôles de la dictature militaire, qui s’est spécialisé dans la recherche des enfants de disparus, adoptés illégalement. D’abord réticent, ce dernier découvre un lien avec l’enquête qu’il mène sur la disparition d’une jeune photographe, fille d’un homme d’affaire influent.
Le temps a passé mais les cicatrices sont toujours douloureuses.
Ces deux êtres fracassés par la vie, vont unir leur rage et leur détresse pour déjouer le complot des anciens bourreaux.
Roman noir, extrêmement violent et douloureux qui prend sa source au coeur de l’histoire, c’est avant tout un bouleversant hymne à l’amour.
On sent que Caryl Ferey a été conquis par ce pays plein de contradictions, et, certains affirment que l’action de ses prochains romans se situera à nouveau en Amérique du Sud

  • Le courrier des auteurs : 25/07/2012

1) Qui êtes-vous ? !
Un Breton un peu soiffard qui écrit depuis toujours.

2) Quel est le thème central de ce livre ?
Torture, poésie, sauver ceux qui pleurent.

3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ?
Las putas al poder ! (sus hijos ya estan en el)

4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ?
Hint-Ez3kiel, “la collision”

5) Qu’aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ?
Mon énergie de vie.

6) Avez-vous des rituels d’écrivain ? (Choix du lieu, de l’horaire, d’une musique de fond) ?
Oui, j’arrive à 11h à la librairie du 18ème à Paris où j’écris, avec une pause de 12h30 à 12h50 pour déjeuner en écoutant le journal de France-Culture, et rock à fond jusqu’à 19h sans internet ni téléphone.

7) Comment vous vient l’inspiration ?
Naturellement

8) Comment l’écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent «un jour j’écrirai des livres» ?
J’ai écrit naturellement à 16 ans, sans penser devenir écrivain. C’est devenu une évidence, vu que je ne faisais que ça.

9) Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
“Bleu comme l’enfer” de Djian.

10) Savez-vous à quoi servent les écrivains ? !
A s’évader, non ?

11) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ?
Centrale, vu que j’y écris !

  • Les présentations des éditeurs : 25/07/2012

Jana est mapuche, fille d’un peuple sur lequel on a tiré à vue dans la pampa argentine. Rescapée de la crise financière de 2001-2002, aujourd’hui sculptrice, Jana vit seule à Buenos Aires dans la friche de son ancien mentor et, à vingt-huit ans, estime ne plus rien devoir à personne. Rubén Calderón aussi est un rescapé – un des rares «subversifs» à être sorti vivant des geôles clandestines de l’École de Mécanique de la Marine, où ont péri son père et sa jeune soeur. Trente ans ont passé depuis le retour de la démocratie. Détective pour le compte des Mères de la place de Mai, Rubén recherche toujours les enfants de disparus adoptés lors de la dictature de Videla, et leurs bourreaux… Rien, a priori, ne devait réunir Jana et Rubén, que tout sépare. Mais un cadavre est retrouvé dans le port de La Boca, celui d’un travesti, «Luz», qui tapinait sur les docks avec «Paula», la seule amie de la sculptrice. De son côté, Rubén enquête sur la disparition d’une photographe, Maria Victoria Campallo, la fille d’un des hommes d’affaires les plus influents du pays. Malgré la politique des Droits de l’Homme appliquée depuis dix ans, les spectres des oppresseurs rôdent toujours en Argentine. Eux et l’ombre des carabiniers, qui ont expulsé la communauté de Jana de ses terres ancestrales…

Caryl Férey vit à Paris. Après s’être aventuré en Nouvelle-Zélande, avec Haka et Utu, puis en Afrique du Sud avec Zulu, dix fois primé et traduit en dix langues, il fait, avec Mapuche, ses premiers pas sur le continent sud-américain.

  • La revue de presse Roger Martin – L’Humanité du 17 janvier 2013

Caryl Férey est la grande révélation du roman noir de la décennie. Si Zulu avait soulevé l’admiration, avec Mapuche, un roman bouleversant, il atteint au chef-d’oeuvre. Le récit est mené avec une virtuosité exemplaire. Suspense, action, agencement des diverses étapes de la narration, imbrication savante des points de vue, rien n’est laissé au hasard, et rarement pareille harmonie stylistique a été mise au service d’une histoire dont la violence, celle du monde extérieur comme celle nichée au coeur des protagonistes, bons comme salauds, n’apparaît jamais comme gratuite.

  • La revue de presse François Lestavel – Paris-Match, mai 2012

Après le terrifiant thriller sud-africain «Zulu», l’auteur ravive, dans «Mapuche», les cendres encore fumantes de la dictature argentine…
Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud et désormais Argentine, le Français Caryl Férey sait nous faire voyager… en classe tous risques. Secousses garanties. Car cet auteur au style décapant, nourri aux sources sulfureuses d’Ellroy et du «Pierrot le Fou» de Godard, ne nous propose pas de rencontrer les peuplades inconnues et sympathiques chères à Frédéric Lopez. Avec lui, c’est plutôt rendez-vous en terrain miné. Après avoir réveillé les démons maoris dans «Utu» et «Hakas», puis plongé au coeur de la violence des townships du Cap avec le sensationnel «Zulu», il nous présente Jana, sculptrice indienne qui tapine pour survivre à Buenos Aires…
Résultat : un thriller encore plus intense et bouleversant que «Zulu».

  • La revue de presse François Busnel – L’Express, mai 2012

Sur la piste des bourreaux de Buenos Aires, l’auteur signe un roman bouleversant. Un choc. Lorsque vous reposerez le nouveau roman de Caryl Férey, une fois la dernière page lue, vous serez sonné. Livre après livre, ce jeune écrivain s’affirme comme le véritable chef de file du polar français…
Sans aucune fascination pour le mal, mais en serrant le sujet au plus près, Caryl Férey promène ses personnages au milieu d’un champ de ruines : notre monde. La violence n’est jamais gratuite et l’auteur se garde bien de délivrer quelque leçon de morale. Le lecteur, lui, est littéralement happé par la puissance évocatrice de ce roman bouleversant. Un chef-d’oeuvre !

  • La revue de presse Christine Ferniot – Télérama du 4 juillet 2012

Après la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud, Caryl Ferey plonge au coeur d’un autre pays dévasté. Il réunit un magnifique duo de combattants dans ce roman incarné, documenté et sensuel. Une épopée lyrique, portée par une magnifique colère.

  • Les courts extraits de livres : 25/07/2012

Un vent noir hurlait par la portière de la carlingue. Parise, sanglé, inclina son crâne chauve vers le fleuve. On distinguait à peine l’eau boueuse du Rio de la Plata qui se déversait depuis l’embouchure.
Le pilote avait mis le cap vers le large, en direction du sud-est. Un vol de nuit comme il en avait fait des dizaines dans sa vie, bien des années plus tôt. L’homme au bomber kaki était moins tranquille qu’à l’époque : les nuages se dissipaient à mesure qu’ils s’éloignaient des côtes argentines et le vent redoublait de violence, secouant le petit bimoteur. Avec le vacarme de la portière ouverte, il fallait presque crier pour se faire entendre.
– On va bientôt sortir des eaux territoriales ! prévint-il en balançant sa tête vers l’arrière.
Hector Parise consulta sa montre-bracelet ; à cette heure, les autres devaient déjà avoir expédié le colis… Les crêtes des vagues miroitaient sur l’océan, ondes pâles sous la lune apparue. Il s’accrocha aux parois de la carlingue, géant chancelant sous les trous d’air. Le «paquet» reposait sur le sol, immobile malgré les soubresauts de l’appareil. Parise le fit glisser jusqu’à la portière. Six mille pieds : aucune lumière ne scintillait dans la nuit tourmentée, juste les feux lointains d’un cargo, indifférent. Sa sangle de sécurité battait dans l’habitacle exigu.
– O.K. ! rugit-il à l’intention du pilote. L’homme dressa le pouce en guise d’assentiment.
Le vent fouettait son visage ; Parise saisit le corps endormi par les aisselles et ne put s’empêcher de sourire.
– Allez, va jouer dehors, mon petit…
Il allait basculer le paquet sur la zone de largage quand une lueur jaillit des yeux ouverts – une lueur de vie, terrifiée.
Le colosse tangua dans la tourmente, pris de stupeur et d’effroi : shooté au Penthotal, le paquet n’était pas censé se réveiller, encore moins ouvrir les paupières ! Était-ce la Mort qui le narguait, un jeu de reflets nocturnes, une pure hallucination ? ! Parise empoigna le corps avec des frissons de lépreux, et le précipita dans le vide.