Qui dit je en nous ? : une histoire subjective de l’identite

Auteur : Claude Arnaud

Date de saisie : 05/09/2012

Genre : Documents Essais d’actualite

Editeur : Grasset, Paris, France

Prix : 20.90 / 137.10 F

ISBN : 978-2-246-69981-1

GENCOD : 9782246699811

Sorti le : 29/08/2006

Claude Arnaud – 29/09/2006

  • Les presentations des editeurs : 28/09/2012

Si chaque epoque se signale par la question qu’elle se pose, nos contemporains sont tout occupes a se demander : Qui suis-je ? L’identite est devenue, au fil d’une etrange histoire, le probleme essentiel de notre temps. Les grandes “fabriques ” qui nous ont produits et sculptes depuis l’Antiquite – la religion, la patrie, le milieu, le genre sexuel… – ont largement perdu de leur savoir-faire ; l’identite ne s’herite plus, elle s’acquiert en bricolant. Au ” moi ” imperial du XIXe siecle a succede un ego morcele et volatil : l’individualisme democratique s’est impose. Soulignant les pouvoirs de transformation du moi, ce livre ressuscite d’etonnantes affaires d’imposture, d’espionnage ou de demultiplication : Martin Guerre ou le “mari” ideal; Binjamin Wilkomirski, le deporte fictif; Erich von Stroheim, l’aristocrate de celluloid ; Kurt Gerstein, l’oeil de Dieu dans l’a SS; Jean-Claude Romand, le medecin imaginaire; Michael Jackson, le mutant universel. Claude Arnaud explore nos identites floues en brassant mille notions et en racontant mille histoires qui empruntent autant a la litterature qu’a la psychanalyse ou a la philosophie. Ne devrait-on pas dire ” nous ” autant que “je” ? C’est la question que pose cette epopee subtile et passionnante. Elle suscite le vertige, a force d’ouvrir en nous des portes derobees

Claude Arnaud est romancier, essayiste et critique. Il a notamment publie des biographies tres remarquees de Chamfort et de Jean Cocteau.

  • La revue de presse Nathalie Crom – Telerama du 13 decembre 2006

La question posee, Qui dis-je en nous ?, ouvre des lors vers un abime vertigineux dont Claude Arnaud sonde ici avec une acuite singuliere les profondeurs inquietantes autant que fascinantes. Cela, a travers notamment quelques cas particuliers – de Martin Guerre l’imposteur a Jean-Claude Romand, le faux medecin meurtrier, en passant par le pseudo-aristocrate viennois Erich von Stroheim ou encore Binjamin Wilkomirski, qui, lui, s’inventa de toutes pieces un destin d’enfant juif deporte a Maidanek. Tous menteurs et falsificateurs de haut vol ? Certes, mais en cela, au fond, nos semblables – tant il est vrai que je est decidement toujours un autre…

  • La revue de presse Michel Schneider – Le Point du 16 novembre 2006

Degage des traditions, l’individu moderne est somme de s’inventer une identite. Claude Arnaud explore ce jeu du je dans une somme litteraire eblouissante, couronnee par le prix Femina de l’essai…
Non sans amertume et effroi, il depeint cette individualite moderne dont les injonctions sociales contradictoires nous enferment dans une double entrave : Soyez differents et, pour cela, faites comme les autres. Il evoque les recettes d’individualite colportees en gros qui nous somment massivement d’etre singuliers. Nous devons non seulement inventer notre personnalite mais en changer sans cesse au gre des modes….
Tous ses tableaux sont peints avec ce tremblement que donne l’identification du peintre a son objet. Il a le courage de ne pas s’exclure du trouble qu’il constate et de faire de lui-meme et de sa difficulte d’etre – pour reprendre ces mots de son cher Cocteau – la matiere meme de son livre. D’une belle ecriture, constamment tenue et retenue, l’essai inclassable qu’il livre aujourd’hui nous plonge avec force et rigueur dans les meandres de nos identites incertaines

  • La revue de presse Pascal Bruckner – Le Nouvel Observateur du 28 septembre 2006

L’auteur, avec un rare bonheur d’ecriture, se plait a multiplier les pistes pour mieux egarer le lecteur de ce livre vertigineux. Mais il lui procure aussi une secrete jubilation, l’arrache aux prisons du sexe, du patronyme, de l’ethnie, l’invite a laisser pulluler en lui les personnalites principales etsecondaires. Tout en l’avertissant que l’alternative au moi imperial ressemble fort au chaos de la schizophrenie.

  • La revue de presse Nicolas Weill – Le Monde du 1er septembre 2006

Voici un essai dont on peut dire que sa forme a ete, avec bonheur, contaminee par son propos : la dislocation maladive du moi a l’ere moderne, dont le heros, bien plus qu’?dipe, semble devenu un Narcisse a la conscience eternellement malheureuse… Ce livre n’appartient en propre a aucun genre defini et releve a la fois du bon journalisme, de la critique romanesque, de la philosophie comme de la confession, s’eloignant de sa fin pour la montrer toujours, dans un style elegant, quoique parfois exagerement “grand seigneur”. Claude Arnaud, biographe du moraliste Chamfort (Robert Laffont, 1988) puis de Cocteau (Gallimard, 2003), est aussi celui d’un roman au titre significatif, Le Cameleon (Grasset, 1994). Il n’a cesse, y compris dans sa propre existence, dont il livre quelques secrets au debut et a la fin de l’ouvrage, de s’interesser a la porosite comme a l’affaiblissement des frontieres des identites sexuelle, psychique, politique, etc.
Que ce livre ait pour origine une serie de chroniques parues dans une revue polonaise de litterature, Zeszyty Literackie, ne l’empeche pas, pour des raisons de fond, de se voir aspirer par son sujet, dont la vogue litteraire dite de l'”autofiction” ne constitue qu’un des symptomes. Organise en variations entrecoupees de reflexions, il promene agreablement le lecteur de l’Ariege du XVIe siecle de Martin Guerre a Michael Jackson, des “heteronymies” de l’ecrivain portugais Fernando Pessoa, se demultipliant a travers des auteurs fictifs nes de son imagination, au pseudo-medecin Jean-Claude Romand, l’homme qui prefera assassiner sa famille plutot que de lui avouer qu’il s’etait fait passer pour ce qu’il n’etait pas, un expert de l’OMS. Une galerie de portraits d’imposteurs fameux, anciens et modernes en somme, que Claude Arnaud qualifie d'”artistes existentiels”, d'”ecrivain total”, voire de “cabot du moi”, qui, tous, prennent pour matiere leur propre vie en s’en inventant une autre, qu’ils y croient eux-memes, en fous, ou qu’ils la simulent, en escrocs…

  • Les courts extraits de livres : 28/09/2012

Extrait de l’introduction :

L’on peut juger que Gide est toujours reste fidele a ce qu’il appelait sa tendance a la veneration, Morand a son gout pour la couleur locale, Mussolini a son exigence d’Etat total ; reste que cette fidelite s’est exprimee a travers un adultere permanent. J’en tirais une conclusion curieuse, mais logique : puisqu’il n’etait pas si rare de changer de systeme de pensee peut-etre etait-il mieux encore de n’en avoir aucun,
– quitte a ne plus porter qu’un regard ironique sur toute chose. La lecture de Freud, pour qui l’aspect erratique de nos existences trahit la puissance mediumnique de notre inconscient, vint renforcer celle de Nietzsche lequel, en renversant toutes les valeurs afin d’eriger comme seule finalite la vie, initia le grand mouvement qui devait revaloriser une forme d’opportunisme existentiel, apres des siecles ou seuls le respect d’une ligne, l’adhesion a une foi et le sacrifice a des idees avaient ete dignes d’admiration. Plus je les lisais, et plus mon etre, envers lequel je pouvais etre si critique, me paraissait se rapprocher de cette verite longtemps tue : l’identite resultait bien d’une construction se faisant passer pour une essence, d’un melange d’heritage et d’invention finissant par s’imposer comme une realite. Tel cet enfant de trois ans que cite Anna Freud et qui, grandissant dans une chambre comportant quatre chaises, devient un explorateur remontant de nuit l’Amazone, quand il s’assied sur la premiere, est sur la seconde un lion pret a terrifier sa nourrice et se change, sur la troisieme, en un fier capitaine tenant la barre de son vaisseau tandis que sur la quatrieme – une haute chaise de bebe – il essaye d’etre simplement lui-meme, c’est-a-dire un petit garcon sans autorite : le role le plus difficile a tenir, car le seul qu’il ne puisse contrefaire en s’appuyant sur un modele prestigieux.