Le coeur cousu

Auteur : Carole Martinez

Date de saisie : 03/07/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Blanche

Prix : 23.00 / 150.87 F

ISBN : 978-2-07-078305-2

GENCOD : 9782070783052

Sorti le : 08/02/2007

Carole Martinez – 24/09/2007

Claire Lamarre – 09/05/2007

  • Les presentations des editeurs : 26/09/2007

” Ecoutez, mes soeurs ! Ecoutez cette rumeur qui emplit la nuit ! Ecoutez…
le bruit des meres ! Des choses sacrees se murmurent dans l’ombre des cuisines. Au fond des vieilles casseroles, dans des odeurs d’epices, magie et recettes se cotoient. Les douleurs muettes de nos meres leur ont baillonne le coeur. Leurs plaintes sont passees dans les soupes : larmes de lait, de sang, larmes epicees, saveurs salees, sucrees. Onctueuses larmes au palais des hommes ! ” Frasquita Carasco a dans son village du sud de l’Espagne une reputation de magicienne, ou de sorciere.
Ses dons se transmettent aux vetements qu’elle coud, aux objets qu’elle brode : les fleurs de tissu creees pour une robe de mariee sont tellement vivantes qu’elles faneront sous le regard jaloux des villageoises; un eventail reproduit avec une telle perfection les ailes d’un papillon qu’il s’envolera par la fenetre : le coeur de soie qu’elle cache sous le vetement de la Madone menee en procession semble palpiter miraculeusement…
Frasquita a ete jouee et perdue par son mari lors d’un combat de coqs. Reprouvee par le village pour cet adultere, la voila condamnee a l’errance a travers l’Andalousie que les revoltes paysannes mettent a feu et a sang, suivie de ses marmots eux aussi pourvus – ou accables – de dons surnaturels… Le roman fait alterner les passages lyriques et les anecdotes cocasses on cruelles. Le merveilleux ici n’est jamais force : il s’inscrit naturellement dans le cycle tragique de la vie.

Carole Martinez est nee en 1966. Le coeur cousu est son premier roman.

  • La revue de presse Marianne Payot – L’Express du 3 juillet 2008

Quand le premier livre d’une inconnue remporte une flopee de prix. Et que le succes sourd. De la a voir en elle la nouvelle Barbery…
Dans la famille, elle est la premiere a oser prendre la plume. Mais pas la seule a s’enivrer d’histoires. Meme, sa grand-mere Martinez, concierge (tiens ! tiens !) boulevard du Montparnasse, etait une formidable conteuse. Dans son escarcelle, l’incroyable odyssee de sa propre grand-mere, Frasquita Carasco, une Andalouse de la fin du xixe siecle qui, apres avoir ete perdue au jeu par son mari, s’enfuit a pied vers l’Algerie avec toute sa marmaille…
Reste que notre nouvelle romanciere, a la langue envoutante et poetique, a un sacre toupet. Elle ecrit a voix haute, nous dit-elle. Alors susurrons-le haut et fort : Lisez ce roman, et n’hesitez pas a faire courir la rumeur.

  • La revue de presse Astrid de Larminat – Le Figaro du 3 mai 2007

Le Coeur cousu se deroule au sein d’une societe archaique, ecrasee de soleil et traversee de forces tenebreuses. C’est une geste en trois actes qui embrasse l’histoire d’une lignee de femmes depositaires de prieres puissantes ; c’est aussi un mille-feuille de saynetes qui campent le quotidien de la famille de Frasquita ou l’etrange est familier…
Ce roman aux allures picaresques est le premier de Carole Martinez qui debarque a 40 ans, en pleine maturite, sur la scene litteraire. Elle n’a pas peur des mots, les malaxe, joue avec leurs formes rebondies, fait sonner les adjectifs, dans un phrase dont le roulis reveille des echos aux quatre points cardinaux. Son univers, sensuel et tragique, rappelle le reve baudelairien ou les parfums, les couleurs et les sons se repondent, ou l’homme passe a travers des forets de symboles/qui l’observent avec des regards familiers. La narration, sertie d’incantations, agit comme un envoutement lent : on penetre dans la substance meme du monde dont l’equilibre repose sur le sacrifice des uns et la jubilation des autres.

  • Les courts extraits de livres : 29/09/2007

Extrait du prologue :

Mon nom est Soledad.
Je suis nee, dans ce pays ou les corps sechent, avec des bras morts incapables d’enlacer et de grandes mains inutiles.
Ma mere a avale tant de sable, avant de trouver un mur derriere lequel accoucher, qu’il m’est passe dans le sang.
Ma peau masque un long sablier impuissant a se tarir.
Nue sous le soleil peut-etre verrait-on par transparence l’ecoulement sableux qui me traverse.
LA TRAVERSE
Il faudra bien que tout ce sable retourne un jour au desert.

A ma naissance, ma mere a lu ma solitude a venir.
Ni donner, ni recevoir, je ne saurais pas, jamais.
C’etait inscrit, dans la paume de mes mains, dans mon refus obstine de respirer, de m’ouvrir a l’air vicie du dehors, dans cette volonte de resister au monde qui cherchait a s’engouffrer par tous mes trous, furetant autour de moi comme un jeune chien.
L’air est entre malgre moi et j’ai hurle.

Jusque-la, rien n’etait parvenu a ralentir la marche de ma mere. Rien n’etait venu a bout de son entetement de femme jouee. Jouee et perdue. Rien, ni la fatigue, ni la mer, ni les sables.
Personne ne nous dira jamais combien de temps aura dure notre traversee, combien de nuits ces enfants qui suivaient leur mere ont du dormir en marchant !
J’ai pousse sans qu’elle y prit garde, accrochee a ses entrailles, pour ne pas partir avec toute cette eau qu’elle perdait sur les chemins. J’ai lutte pour etre du voyage et ne pas l’interrompre.

La vieille Mauresque qui a arrete ma mere en lui touchant le ventre, celle qui a murmure Ahabpsi ! comme on eleve un mur, et qui, armee d’une main et d’une parole, s’est dressee seule face a la volonte furieuse de cette femme grosse d’une enfant arrivee a terme depuis longtemps deja et qui voulait poursuivre sa route et qui voulait marcher encore, bien qu’elle eut deja marche plus qu’il n’etait possible et qu’elle se sentit incapable de marcher davantage, la vieille Arabe aux mains rousses de henne plus fortes que le desert, celle qui est devenue pour nous le bout du monde, la fin du voyage, l’abri, cette femme a lu, elle aussi, ma solitude dans mes paumes, elle qui ne savait pas lire.
Son regard est entre d’un coup dans les visceres de ma mere et ses mains sont venues m’y chercher. Elle m’a cueillie au fond de la chair ou j’etais terree, au fond de cette chair qui m’avait oubliee pour continuer de marcher, et, apres m’en avoir liberee, elle a senti que mes mains ne me serviraient de rien, que j’y avais comme renonce en naissant.
Sans se comprendre, elles m’ont donne, chacune dans sa langue, le meme prenom. Soledad a dit ma mere sans meme me regarder. Et la vieille en echo lui a repondu Wahida.