Le dernier frere

Couverture du livre Le dernier frere

Auteur : Nathacha Appanah

Date de saisie : 01/10/2007

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Ed. de l’Olivier, Paris, France

Collection : Litterature francaise

Prix : 18.00 €

ISBN : 978-2-87929-569-5

GENCOD : 9782879295695

Sorti le : 01/10/2007

Aujourd’hui, j’ai choisi de vous parler d’un livre de Natacha Appanah, Le dernier frere, aux editions de l’Olivier. C’est son troisieme livre, et elle est d’ile Maurice. C’est ce pourquoi deja j’etais tres attiree par ce livre, parce que c’etait une voix qui nous venait d’ailleurs, et sa parole est vraiment porteuse et enrichie par la terre de laquelle elle ecrit. Pourtant, elle a voulu echapper a son pays puisqu’elle vit maintenant en France, mais elle est revenue sur ses pas pour nous raconter un evenement d’abord historique et reel. C’est l’histoire d’une communaute juive qui a ete, on peut le dire, deportee dans cette ile, parce qu’on les a refuses en Palestine, donc ils se sont retrouves dans cette ile, et on les a mis tout de suite dans un camp. Le livre commence : c’est un homme age qui, en reve, a revu ce meilleur ami qui s’appelait David dans son enfance lui reapparaitre. Alors, il decide de se lever et d’aller sur sa tombe parce qu’il dit : maintenant, c’est le moment. Ce livre nous raconte l’histoire de cette amitie, cette histoire d’enfance, cette histoire de freres, ce frere qu’on ne remplace pas, ce frere qu’on aime au-dela de ses differences. Ce qui est tres beau dans ce livre, sa rarete, c’est la presence de la nature et la presence de la terre qui est peut-etre la seule consolation pour la paix entre les hommes. C’est la seule consolation, c’est la presence et la luxuriance de la nature, et elle qui fait son temps, son parcours au-dela des personnes, des etres, de l’histoire, des differences et de tout ce qui nous separe les uns des autres. C’est donc un livre assez remarquable, emouvant de la premiere ligne jusqu’a la derniere ; c’est comme un instrument de musique, comme le son d’un violon, et une note est tenue du debut a la fin ; il y a une tres grande emotion tenue sans larmoiements, sans pathos, mais c’est d’une grande grace. Je crois que c’est un livre vraiment, pour l’auteur, qui signe son accomplissement et sa rarete de poete. Voila, je le conseille a tous les lecteurs. Il est facile d’acces, et on nous prend par la main, on nous conte cette histoire au creux de l’oreille, et je peux vous dire qu’on en sort extremement enrichi. Eh bien, chers et nombreux lecteurs qui nous ecoutez, je vous dis au revoir. J’espere que vous allez vous precipiter sur ce livre qui est important dans la rentree, qui est inoubliable, et j’espere en plus avoir la joie, assez regulierement, de vous reparler dans cet espace qui me parait etre un espace formidable pour nous mettre en relation au-dela de ma librairie.

Ca se passe a l’ile Maurice pendant la guerre. On est avec un vieil homme qui se souvient de son enfance. C’est un Mauricien plutot pauvre, il a perdu ses freres emportes par une pluie pendant un cyclone. Es quittent cet endroit, son pere devient gardien d’un camp de refugies juifs et l’enfant se lie d’amitie avec un petit garcon du camp. Sur le coup, il ne comprend pas bien mais peu a peu son univers jusque- la tres restreint s’elargit. Nathacha Appanah fait parfaitement ressentir ce que vit l’enfant, avec une belle ecriture, mais elle n’en fait pas trop. Les mots sont simples, les phrases sont exactement celles qu’il faut, entre recit et poesie.

Vu sur le Le Nouvel Observateur du 23 aout 2007

  • Le courrier des auteurs : 26/09/2007

… Mon premier souvenir, ce n’est pas tellement la librairie, c’est la bibliotheque, ou je me souviens que je terminais des livres avant meme de les enregistrer sur ma carte. Quand je grandissais, il n’y avait pas beaucoup de librairies la ou j’etais. La premiere fois que j’ai ete dans une librairie, j’ai fait la meme chose qu’en une bibliotheque, c’est-a-dire que j’ai commence a lire un livre, appuyee sur le rayon, et on m’a severement, je me souviens, rappelee a l’ordre. Ca, ca m’est toujours reste. A chaque fois que je rentre dans une librairie, j’ai une petite apprehension, comme ca, quand je feuillette des livres, pour savoir si on va me rappeler a l’ordre ou pas, mais heureusement, on ne le fait pas, et je sais qu’il y a des librairies ou on peut prendre son temps et lire des passages, feuilleter, changer d’avis, revenir, et c’est ca qui me plait dans les librairies. C’est que quand on rentre, en tout cas dans mon cas, sauf quand j’ai quelque chose de tres precis a acheter, mais la plupart du temps, je ne sais pas ce que je vais acheter, et tout depend de mon humeur, ou de mes envies de lecture, ou de ce que je n’ai pas envie de voir. Je lis rarement les quatriemes de couverture ; je lis en general la premiere page, j’essaie de voir si j’ai un ton qui s’emerge de tout ca, et je prends mon temps, et je me balade. Je ne dois pas etre une tres bonne cliente, je finis par acheter certainement, mais je passe enormement de temps. Il m’est arrive dans les librairies d’etre suivie, mais ca, ce sont des petites anecdotes. Voila, je voulais vous remercier de m’avoir ecoutee, et je vous dis plein de bonnes choses.

Marie-Rose Guarnieri

Nathacha Appanah – 14/09/2007

Nathacha Appanah – 14/09/2007

  • Les presentations des editeurs : 08/07/2007

Lorsque David lui apparait en reve, Raj se retrouve projete dans son enfance : les champs de canne, un pere a la violence previsible, la tendresse maternelle, les jeux pres de la riviere avec ses freres, le soleil brulant, les pluies diluviennes. Un bonheur precaire balaye par un cyclone, et l’installation de la famille pres de la prison ou vivent de mysterieux refugies.
Le 26 decembre 1940, l’Atlantic accoste a Port-Louis avec, a bord, quelque 1500 Juifs, refoules de Palestine et deportes a l’ile Maurice, alors colonie britannique. A cette epoque Raj ignore tout du monde et des tragedies qui s’y deroulent.
Au soir de sa vie, il est rattrape par le souvenir de ces evenements qui l’ont marque au fer rouge. Et par la honte d’etre un homme.

Nathacha Appanah est nee en 1973 a Mahebourg (ile Maurice). Elle vit a Paris et travaille pour une ONG.

En trois romans parus chez Gallimard – Les Rochers de Poudre d’Or (2003, prix RFO 2003) ; Blue Bay Palace (2004, grand prix litteraire des oceans Indien et Pacifique) ; La Noce d’Anna (2005, prix grand public du Salon du livre) -Nathacha Appanah a impose une oeuvre puissante, proche d’Arundhati Roy et de J. M. Coetzee.

  • La revue de presse Marine Landrot – Telerama du 26 septembre 2007

Elle montre comment le derapage a grande echelle d’un monde en proie a l’horreur entraine une succession de derapages individuels, de petites erreurs de jugement, de meprises sur soi-meme, particulierement dans le cerveau en ebullition d’un enfant sans defense…
C’est cette memoire a double tranchant que creuse Natacha Appanah, au fil d’un recit profond et leger comme une comptine, ritournelle de souvenirs petris de honte qui trotte longtemps dans la tete.

  • La revue de presse Valerie Marin La Meslee – Le Point du 13 septembre 2007

L’histoire, bouleversante, est inspiree par l’Histoire : en 1940, des juifs venus de toute l’Europe fuient le nazisme mais, a leur arrivee en Palestine, sont refoules par les Britanniques et deportes a l’ile Maurice. Certains d’entre eux ne survivront pas a leur exil…
Une narration tout en sensibilite qui a valu a la talentueuse Nathacha Appanah, auteur des Rochers de poudre d’or, de Blue Bay Palace, dont on avait salue ici le precedent roman La noce d’Anna, de recevoir le prix du Roman de la Fnac pour son quatrieme livre.

  • La revue de presse Marianne Payot – L’Express du 13 septembre 2007

Le tour de force de Nathacha Appanah reside dans la justesse de ton de son narrateur, Raj, un vieil homme de 70 ans qui se souvient de ses 9 ans. Une vie de boue et de cendres scandee par les cyclones et les malheurs : le pere, deracine, abruti de travail et d’alcool, qui cogne sur les siens, les deux freres tant aimes qui disparaissent le meme jour, la fuite de la famille loin des champs de canne… Le pere se retrouve gardien d’une drole de prison de Blancs pales et chetifs. Parmi eux, le petit David. Raj s’enflamme pour l’orphelin aux boucles d’or. Une belle amitie nait. Deux enfances terrifiantes s’unissent. Le lecteur est sous le choc, ebloui par la purete de la phrase, la tenue du recit, la violence des sentiments.

  • La revue de presse Xavier Houssin – Le Monde du 7 septembre 2007

La nature enveloppe leur fuite. Camphriers et banians. Forets touffues, cours d’eau bruyants. Chez Nathacha Appanah, le paysage n’est pas decor. Il se fait l’echo permanent des sentiments. Messager d’indicible quand l’emotion etouffe. Cela donne a son ecriture une capacite d’evocation du vulnerable et du fragile que l’on trouve peu dans la litterature recente. On vibre doucement, en osmose, malgre la distance et la geographie…
Tout etait enfoui. Tout remonte par vagues. Anil et Vinod, les deux freres engloutis. La violence dechainee du pere, gardien dans la prison ou sont parques les parias. La mere si simplement aimante. La voix de David, chantant en yiddish dans la foret. Fraternite des rires. Etrangete des larmes. Chaque mot, en effleure, nous touche davantage. Nathacha Appanah dit avec une infinie pudeur le remords, le chagrin, la vie qui recommence, les temps qui se rejoignent. C’est un autre voyage.

  • Les courts extraits de livres : 08/07/2007

J’ai revu David hier. J’etais dans mon lit, j’avais l’esprit vide, le corps leger, juste une douce pesanteur la, entre les yeux. Je ne sais pourquoi j’ai tourne la tete vers la porte, David n’avait pas fait de bruit pourtant, non il n’avait pas fait de bruit, ce n’etait pas comme avant quand il marchait et courait un peu de guingois, et je m’etonnais toujours que son corps maigre, ses jambes et ses bras longs et fins comme les roseaux qui poussent au bord des rivieres, son visage perdu dans ses cheveux doux et aeriens telle l’ecume des vagues, je m’etonnais toujours que tout ca, cet ensemble de choses petites et douces et inoffensives, fasse autant de bruit sur le sol quand David marchait.
David etait appuye contre le chambranle. Il etait grand, ca m’a etonne. Il portait une de ces chemises de lin qui, meme de loin, font envie par leur douceur et leur legerete. Il avait pris une pose nonchalante, les pieds legerement croises, les mains dans les poches. Une sorte de lueur tombait sur une partie de ses cheveux et ses boucles brillaient. Je l’ai senti heureux de me voir, apres toutes ces annees. Il m’a souri.
C’est peut-etre a ce moment-la que j’ai compris que je revais. Je ne sais d’ou ca vient, ce sursaut du conscient, je me demande pourquoi, parfois, le reel surgit dans le songe. Cette fois-la, ce sentiment diffus m’a ete tres desagreable et j’ai lutte pour me persuader que David etait bien la, qu’il attendait simplement et patiemment que je me reveille. Je me suis dit, tiens je vais le taquiner, lui dire quelque chose comme tu fais le beau, tu fais l’acteur, mais je n’ai pas pu sortir un son. Avec des efforts surhumains, j’ouvrais grand la machoire, j’essayais, j’essayais mais en vain, ma gorge se dessechait, c’est incroyable comme cette impression etait reelle, l’air rentrait par goulees dans ma bouche grande ouverte et assechait tout a l’interieur. J’ai senti a ce moment que j’allais me reveiller et j’ai pense que si je me tenais tranquille, le reve durerait. Je suis donc reste dans mon lit, j’ai referme la bouche, j’ai continue a regarder vers la porte mais je n’ai pu arreter la tristesse qui est montee de mon coeur.