Faut-il que je sois encore violee ? : La recidive en question

Auteur : Cynthia Sardou

Date de saisie : 13/01/2008

Genre : Biographies, memoires, correspondances…

Editeur : Alphee-Jean-Paul Bertrand, Monaco, France

Prix : 18.90 / 123.98 F

ISBN : 978-2-7538-0274-2

GENCOD : 9782753802742

Sorti le : 17/01/2008

  • Les presentations des editeurs : 14/01/2008

Cynthia Sardou, a ete kidnappee et violee par trois criminels dont deux recidivistes, durant la nuit du 24 au 25 decembre 1999. Elle a raconte son cauchemar et sa lente redemption dans Appelez-moi Li Lou. Par cet ouvrage elle prend sa vie en main et dit aux victimes : levez-vous !.

Ce livre est son J’accuse : Cynthia Sardou denonce une magistrature irresponsable, lente et permissive, une presse qui fait en Une la part belle aux bourreaux, un soutien aux victimes medicalement et socialement indigent, une politique accablante, plus soucieuse de reduire les peines des delinquants que de proteger les citoyens, alors que les agressions sexuelles commises par des recidivistes defrayent chaque jour la chronique : du pedophile Francis Evrard a Andreas Pandy, de Guy Georges a Michel Fourniret, la liste des multi-agresseurs est longue, et cent predateurs sont remis en liberte chaque annee…
Membre de la Delegation aux victimes fondee par Nicolas Sarkozy en octobre 2005, Cynthia Sardou a choisi de mettre son epreuve passee – et sa notoriete – au service de la lutte contre toutes les formes de recidive. Elle est journaliste, ancienne correspondante de Canal Plus aux Etats-Unis.

  • Les courts extraits de livres : 14/01/2008

Extrait du prologue :

Il a eu la violence, puis il y a eu l’indifference. Les faits, et puis le bavardage. L’incomprehension, et maintenant le sursaut et la revolte.

La lame d’un couteau en travers de ma gorge, une nuit, a 2 heures 30 du matin, a tranche net mes illusions et serieusement entame ma confiance en l’avenir et ma foi en un monde qui tourne rond. C’etait le 25 decembre 1999, dans le parking de mon immeuble. Deux hommes m’ont baillonnee, poussee a l’arriere de mon vehicule et conduite jusqu’a un terrain vague du Val-d’Oise, ou un troisieme individu les a rejoints. L’un d’eux m’a designe un ravin, au bout du chemin.

– Si tu ne fais pas ce qu’on te dit de faire, tu vas exploser dans le ravin a l’interieur de ta voiture.

J’ai mis un peu de temps a comprendre ce qu’ils attendaient de moi. Quand j’ai realise, j’ai reagi de maniere inconsciente : pendant qu’ils discutaient de mon sort, j’ai reussi a condamner les portes de mon vehicule. Mais ils avaient la clef. Ma tentative desesperee les a fait rire et le plus grand, une brute aux yeux tres noirs et a la peau grelee, m’a lance d’une voix menacante :

– Si tu ne veux pas de nous trois, il y a le reste de la cite. Une bonne trentaine de gars. Ils attendent tous ta reponse.

Je n’ai pas repondu. Il a ajoute :

– Je te laisse le temps d’une clope pour reflechir. Je ne reviendrai pas sur ma decision.

C’etait la cigarette du condamne a mort, mais c’etait lui qui allait la griller. J’ai senti l’angoisse se repandre partout dans mes veines. Je les avais vus, je pouvais communiquer leur signalement. Quel interet, pour eux, apres, de me laisser en vie ? J’ai prie pour que Jackie, ma grand-mere, se porte a mon secours. Depuis qu’elle etait morte, nous nous parlions beaucoup, toutes les deux. Nous parlions des gens, de l’amour, de la vie, de la mort. Elle m’eclairait sur les choix a faire. Mais cette nuit-la, Jackie devait dormir, le ciel ne repondait pas. Alors, baisser les bras. Considerer ce corps comme un element etranger. Le contempler comme celui d’une femme qui n’est pas moi. Jouer un role. Se plier a l’immonde comedie. Compter jusqu’a trois. Ne plus savoir compter jusqu’a trente. C’est ca. Rester passive, indifferente. Non pas victime : spectatrice. Celle-ci s’en sortira peut-etre ?

Alors, j’ai consenti. Pour survivre. Je me suis deshabillee et pendant deux heures, a tour de role, ils ont abuse de moi. Ils m’ont fait la haine. Je passe sur les baisers fetides, les fellations immondes, les caresses pires que des morsures. Je passe sur les odeurs acres et rances, les gestes de bouchers, les penetrations comme des coups de poignard assorties de paroles degradantes. Je passe sur l’humiliation, la honte, l’horreur de la profanation. C’etait moins important que de rester en vie – un espoir qui bizarrement, contre toute logique, ne me quittait pas -, moins grave que de finir explosee dans ma voiture au fond du precipice, la-bas, au bout du chemin de cailloux.

Apres, il y a eu ma fuite jusqu’au commissariat le plus proche, ma deposition, l’hopital de Pontoise, le retour sur les lieux du crime, sans prendre le temps de souffler, de me remettre, de me laver, la recherche par les gendarmes de pieces a conviction, les questions, encore. Atroce, epuisante nuit qui semblait ne jamais devoir finir.