Philippe Aries : un traditionaliste non conformiste : de l’Action francaise a l’Ecole des hautes etudes en sciences sociales, 1914-1984

Auteur : Guillaume Gros

Date de saisie : 08/04/2008

Genre : Sciences humaines et sociales

Editeur : Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve-d’Ascq, France

Collection : Temps, espace et societe. Histoire et civilisations, n 1088

Prix : 23.00 / 150.87 F

ISBN : 978-2-7574-0041-8

GENCOD : 9782757400418

Sorti le : 03/04/2008

  • Les presentations des editeurs : 09/04/2008

Philippe Aries
(1914-1984)

Un traditionaliste non-conformiste, de l’Action francaise a l’Ecole des hautes etudes en sciences sociales

Philippe Aries (1914-1984), l’auteur des classiques Histoire des populations francaises (1948), l’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Regime (1960 et 1973) et Y Homme devant la mort (1977) est une figure emblematique de la Nouvelle histoire aux cotes de G. Duby, J. Le Goff, E. Le Roy Ladurie ou M. Vovelle. Mais ce directeur d’etudes a l’EHESS fut pendant longtemps un solitaire, un historien franc-tireur, qui a bati son oeuvre en dehors de l’universite, bref un historien du dimanche.

Philippe Aries, forme a l’ecole de l’Action francaise dans les annees trente, epouse la plupart des combats du mouvement de Charles Maurras jusqu’a Pierre Boutang, puis se detache du militantisme tout en restant fidele a sa culture traditionaliste.

La biographie de ce pionnier de l’histoire des mentalites permet de comprendre la notoriete nationale et internationale de l’oeuvre de Philippe Aries dans des milieux aussi divers que ceux de la sociologie, de la psychologie, de l’education ou de la medecine. Elle livre enfin une explication sur la longue traversee du desert que connut Philippe Aries et qui revoltait tant Michel Foucault.

Docteur en histoire de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, Guillaume Gros est professeur d’histoire et de geographie a Toulouse. Auteur de plusieurs articles sur Philippe Aries, il travaille sur les rapports entre histoire et politique a l’epoque contemporaine.

  • Les courts extraits de livres : 09/04/2008

Vivre dans le culte du roi en Republique

1) Une famille comme une communaute : une oasis a l’abri de l’histoire

1-1) La densite des echanges familiaux

Avant meme d’etre une famille royaliste, la famille Aries est le theatre d’une vie familiale intense. Une dedicace ecrite par Philippe Aries a ses parents en 1948 pour la parution de l’Histoire des populations francaises (1948) met en lumiere ce caractere qui est un leitmotiv dans ses souvenirs : Pour papa et maman, ce livre dedie a Jacques, ecrit et pense dans la chere rue Decamps ou nous avons appris a vivre chretiennement, dans l’affection, le souvenir… et la rumeur des discussions et des controverses, en temoignage d’une memoire fidele qui ne perira qu’avec moi. Philippe Aries a conserve pieusement cet emouvant temoignage qu’il avait donc du recuperer apres la mort de ses parents. Les souvenirs de sa famille sont d’abord associes a cette chere rue Decamps, pres du Trocadero, ou les Aries se sont installes au debut des annees vingt et que l’historien ne devait quitter qu’au moment de son mariage en 1949, a l’exception de deux courtes periodes ou il dut subir l’autorite paternelle qu’il n’etait pas question de discuter. Philippe Aries passa son baccalaureat par correspondance chez un archipretre aux Andelys dans l’Eure ou son pere l’avait envoye travailler dans une societe de distribution d’electricite. Il s’agissait d’une punition pour cause d’ecole buissonniere a Paris : Tel fut mon premier drame avec la famille, et aussi ma premiere echappee hors de mon univers social. La deuxieme separation forcee de la rue Decamps fut sa premiere annee d’etudes d’histoire a Grenoble. Parce que Philippe Aries avait refuse de poursuivre ses etudes pour devenir polytechnicien comme le souhaitait son pere, ce dernier se resignant au changement d’orientation prefera l’eloigner de Paris, redoutant que son fils ne menat une vie dissipee d’etudiant : Recu au certificat d’histoire du Moyen-Age, j’ai fait la paix avec mes parents. Une paix definitive : je n’eus jamais plus de conflits avec eux.
Ses amis ont garde un souvenir enchante de ce qu’Aries appelle son paradis familial. A la mort du pere de son ami, Raoul Girardet evoque cet univers familial lie a la figure de ce pere ouvert a tous et attache aux souvenirs de son adolescence : […] le grand appartement, alors si plein de vie de la rue Decamps, ta chambre, la bonhomie et l’espece de grace paisible de tous. Quant a Pierre Boutang, au meme moment, il rappelle a Philippe Aries combien sa peine est fraternelle : J’avais transfere a ton pere une part de mon terrible amour filial […]. En 1964, c’est Philippe Brissaud, un autre ami de jeunesse, qui a l’occasion de la mort de la mere de Philippe Aries, evoquait ce charme diffus qui entourait le foyer de son ami : J’ai bien peu connu tes parents, beaucoup moins que tu n’as connu les miens, mais j’ai garde un souvenir tres present du charme qui emanait de Madame Aries.

L’appartement de la rue Decamps est dans la memoire de Philippe Aries le theatre de sa vie familiale qui ne fut pas seulement limitee a la relation enfants-parents : Ma grand-mere, ma tante Laure l’ont habite. Mon second frere et ma soeur y sont nes […]. Trois generations plus les serviteurs, les amis et parents de passage y vecurent. J’en garde un tres bon souvenir, au moins du temps ou il etait plein de monde […]. La famille est une communaute qui, bien que nucleaire, s’elargit dans un reseau de parente et d’amitie. Ce type de relation familiale eut tres certainement une grande influence dans la vie de Philippe Aries qui concut par exemple sa vie militante de la fin des annees trente, comme un prolongement de la sociabilite familiale. Entoures de grandes personnes, les enfants ne sont pas isoles du monde des adultes : Sans abandonner la societe de leurs pairs avec qui ils jouaient, ils aimaient participer a la vie des grandes personnes. Parmi ses grandes personnes, les domestiques occupaient une place tout aussi importante que les membres de la famille. Les domestiques etaient souvent d’origine martiniquaise et apporterent rue Decamps cette odeur des iles et une forme de sociabilite qui impregnerent l’enfance de Philippe Aries dont les parents etaient lies aux Antilles. L’historien descendait en effet d’une famille originaire d’un petit village pres de Saint-Bertrand-de-Comminges (Haute-Garonne) dont une branche etait partie s’installer des la fin du XVIIIe a la Martinique.