L’amant des morts

Auteur : Mathieu Riboulet

Date de saisie : 25/08/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Verdier, Lagrasse, France

Prix : 9.80 / 64.28 F

ISBN : 978-2-86432-544-4

GENCOD : 9782864325444

Sorti le : 25/08/2008

  • Les presentations des editeurs : 05/07/2008

Jerome Alleyrat avait seize ans quand son pere prit l’habitude de coucher avec lui, et lui avec son pere. La mere a decide de s’enfuir. Quand il arrive a Paris, un matin de septembre 1991, il a vingt ans.

A cette date, l’epidemie de sida bat son plein. Peu concerne par cet evenement, tout entier concentre sur la quete d’un plaisir qui frole l’aneantissement de soi, Jerome est arrete au beau milieu de son accomplissement par l’irruption sous son toit de la maladie, en l’espece : son voisin de palier qu’il recueillera, soignera, accompagnera jusqu’a la fin. De cet episode fondateur decoulera l’orientation de sa vie tout entiere.

Sa trajectoire remet au centre de notre attention ce qui desormais a disparu derriere le rideau de fumee de la reification triomphante : le gout du sexe, l’elan vers l’autre, la tentation du bien…

  • La revue de presse Rene de Ceccatty – Le Monde du 24 octobre 2008

C’est une voix doublement decalee que la sienne. Les preoccupations spirituelles et le temperament mystique associes au sida (car il s’agit aussi, dans ce roman tres concentre, de l’histoire de cette maladie), quand elles ne sont empreintes d’aucune bondieuserie compassionnelle, sont finalement insolites…
Ce n’est pas son coup d’essai. Cet ecrivain secret a poursuivi son oeuvre avec une totale liberte. Quand il parle de lui, c’est un chant onirique, presque religieux. Qu’il ait un temperament de poete, cela ne fait aucun doute. Qu’il ait avec le monde une relation mystique, non plus. Source, ame, ange figurent dans les titres de ses livres et cela n’a rien d’artificiel : ces termes correspondent a son vocabulaire naturel. Et la sexualite ? Elle est au centre du present livre

  • La revue de presse Marine Landrot – Telerama du 27 aout 2008

Ce n’est pas l’agonie d’un milieu branchouille que raconte Mathieu Riboulet, mais la tentative de reanimation personnelle d’un enfant abime par son pere. D’une sensibilite aigue, il capte ces moments de tension tres precise ou s’accomplissent ces apocalypses intimes qui generent une emotion et un calme intenses. A peine visible, timidement insistante, une petite phrase clignote tout au long du livre, au detour du recit : On en etait la. Ce constat entetant et resigne recele un profond amour des autres, une soif de collectif qui oxygene le roman, et decuple son ampleur. L’amant des morts est avant tout l’ami des vivants.

  • Les courts extraits de livres : 05/07/2008

Le pere, de temps a autre, couchait avec le fils. La mere ne voyait pas. Il fallait en finir avec les lois de la besogne, mais ca recommencait toujours. Chaque fois, pourtant, s’annoncait comme la derniere, mais invariablement le petit jour le cueillait, aveugle, avec au creux du ventre la chaleur qui contracte les muscles, le deposait dans les bois plein d’une rage informe a son endroit qu’il s’entendait a dissiper dans la plainte continue des tronconneuses et le fracas des arbres entailles. Il allait donc falloir recommencer.
Le fils, de temps a autre, couchait avec le pere. La mere ne voyait rien. Il fallait bien repondre, et ca ne cessait pas. Les elans adultes, brusques du pere avaient eveille au creux du fils un echo aussi obscur qu’ancien d’animalite, un besoin de sueur sechee, de salive et de sperme venu du fond des temps. C’etait effrayant, mais souverain. Ils etaient au desert, cernes par la nuit, le vent des solitudes. On s’occupait de pulsions ataviques, on sculptait le revers invisible des jours industrieux et mornes.
La premiere fois, s’etant jete de tout son long sur le dos degage de son gamin ensommeille, le pere avait fievreusement cherche sa bouche, par precaution, pour y plaquer la main et s’assurer le concours du silence. Mais le fils avait saisi la main, l’avait placee sur sa nuque, dans un consentement tendant a l’abandon, avec un detachement dissimule dans un soupir qui aurait du alerter le pere s’il avait ete en mesure de preter attention a autre chose qu’a la pulsion hasardeuse qui le tordait en revetant les traits de la necessite.
L’un comme l’autre ignoraient qu’on n’en finit jamais avec les lois qu’au prix d’un renoncement auquel il faut offrir le corps et l’ame sans obtenir en echange ni halte, ni repos – Gilles, le pere, parce qu’il avait asservi de longue date l’ensemble de ses moyens a l’apaisement toujours provisoire de ses imperatifs, Jerome, le fils, parce qu’il n’avait encore rien trouve en seize ans qui resiste a son indifference.