Un jour de colere

Auteur : Arturo Perez-Reverte

Traducteur : Francois Maspero

Date de saisie : 02/10/2008

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : Seuil, Paris, France

Prix : 22.00 / 144.31 F

ISBN : 978-2-02-097965-8

GENCOD : 9782020979658

Sorti le : 02/10/2008

  • Les presentations des editeurs : 14/10/2008

Le 2 mai 1808, le soulevement populaire de Madrid contre les troupes napoleoniennes marque le debut d’une guerre qui va durer six ans.
Ce recit n’est ni une fiction ni un essai mais la relation minutieuse, heure par heure, des evenements vecus par tous les protagonistes de cette journee historique. Soldats, artisans des quartiers de La Paloma, de Lavapies, du Rastro, hommes, femmes et enfants armes d’escopettes, de ciseaux, de couteaux de cuisine, de haches, de houes, de burins, s’insurgent contre l’occupant et affrontent sauvagement la plus puissante armee du monde. Leurs noms sont ceux qu’a retenus l’Histoire, leur role et leurs actions tels qu’ils figurent dans les rapports militaires, les memoires et les archives. Pour ce livre, dont le veritable personnage est le peuple de Madrid, Arturo Perez-Reverte a mene un travail de recherche remarquable, n’autorisant son imagination qu’a cimenter entre elles ces centaines d’histoires individuelles et veridiques afin de redonner vie aux heros anonymes et obscurs des gravures et dessins de l’epoque, victimes d’une tragedie inscrite a jamais dans l’histoire de l’Espagne.

Traduit de l’espagnol par Francois Maspero

  • La revue de presse Bruno Frappat – La Croix du 17 decembre 2008

Ni un livre d’histoire, ni un roman, ni un essai (Perez-Reverte se garde de sermonner la France ou de transformer en martyrs du progres les Madrilenes en revolte ce jour-la), ce livre a des aspects glacants…
Ce qui fait la force du recit de Perez-Reverte n’est pas la complaisance que l’on pourrait lui reprocher sur les massacres, les blessures infligees, l’hemoglobine (pourvu qu’on ne tire pas un film de ce livre !), mais la vision de chaque detail, de chaque personne, de chaque rue ou maison. On voit les masses a la loupe et non de tres haut ou de tres loin. Et l’on comprend que la colere ne se maitrise pas, qu’en s’additionnant elle se multiplie au-dela de toute raison, de toute tactique, sans consideration de victoire ou de defaite. De meme pour ceux d’en face. Colere contre vengeance, est-ce la l’histoire de l’humanite ?

  • La revue de presse Frederic Vitoux – Le Nouvel Observateur du 27 novembre 2008

Son inventivite, sa reussite resident d’abord dans son montage. Des sequences cut, saisissantes. Le reve stendhalien des petits faits vrais hisse ici a une dimension hyperbolique. Aucun pathos en bref. Aucune morale. Aucun commentaire de l’auteur. Au bout du compte – ou du conte – l’ensemble releve d’une prodigieuse fiction ou tout est vrai, ou tout se remet a vivre. Il y a la quelque chose de vertigineux. Comme si l’on mesurait enfin, dramatiquement et physiquement a la fois, cette evidence qu’un desastre collectif n’est d’abord qu’une somme d’horreurs, de peurs, de violences et de douleurs individuelles, et que seule cette forme de polyphonie parfaitement atonale permette d’en rendre compte.

  • La revue de presse Christian Authier – Le Figaro du 12 novembre 2008

Ni une fiction ni un livre d’histoire, precise Arturo Perez-Reverte en preambule a Un jour de colere. En effet, si les individus que met en scene l’ecrivain ont tous existe et si le createur du capitaine Alatriste a patiemment laboure les archives, c’est le souffle du roman qui confere a ce texte sa puissance d’evocation…
L’auteur du Club Dumas s’empare avec brio de la memoire collective et individuelle en nous faisant partager des centaines de destinees – certaines entrees dans l’histoire, la plupart anonymes – qui apparaissent comme autant de romans.

  • La revue de presse Andre Clavel – Lire, novembre 2008

Tout est la, en direct, minute apres minute, comme un long travelling deploye sur un cauchemar. En une cascade de petites scenes taillees dans le vif, le romancier espagnol peint l’horreur, les executions sommaires au coin des rues, l’eclair des sabres sous la mitraille des canons, la danse des poignards et des machettes que brandissent femmes et enfants, les corps eventres sur le pave, les tetes decapitees, la debandade des insurges, les chevaux lances au galop a travers une cite transformee en un gigantesque abattoir…
Du grand Perez-Reverte, avec un souffle epique a la Hugo.

  • La revue de presse Christophe Ono-dit-Biot – Le Point du 16 octobre 2008

C’est tellement fort et precis qu’on y est completement. On tremble, on a les yeux qui saignent sous les coups de sabre. On a le don d’ubiquite, aussi, car l’ecrivain nous transporte dans le meme temps au QG de Murat et dans les casernes espagnoles ou deux capitaines, malgre les consignes de laisser-faire, finiront par se joindre aux insurges. Ils seront les seuls. La repression francaise sera atroce, ce qui n’empechera pas les Espagnols d’y voir a jamais une victoire. Au point, le 2 mai 2008, de sortir du musee les tableaux de Goya pour leur faire faire le tour de la ville. On peut etre catholique, on n’en reste pas moins paien !

  • Les courts extraits de livres : 14/10/2008

Sept heures du matin et huit degres sur l’echelle de Reaumur aux thermometres de Madrid. Cela fait deux heures que le soleil est monte de l’horizon et, de l’autre bout de la ville, decoupant les tours et les clochers, il eclaire la facade de pierre blanche du Palais royal. Il a plu pendant la nuit et des flaques stagnent encore sur la place, sous les roues et les sabots des chevaux de trois berlines vides qui viennent de s’arreter devant la porte du Prince. Le comte Selvatico, gentilhomme florentin de la suite de la reine d’Etrurie – veuve, fille de l’ancien roi Charles IV et de la reine Maria Luisa -, sort un moment, grand-croix de Charles III sur son habit de cour, observe les voitures et rentre. Quelques Madrilenes oisifs, pour la plupart des femmes, regardent avec curiosite. Ils ne sont pas plus d’une douzaine et tous restent silencieux. Une des sentinelles qui gardent la porte s’appuie nonchalamment sur son fusil, baionnette au canon, a cote de sa guerite. En realite, cette baionnette est sa seule arme : par ordre superieur, sa cartouchiere est vide. En entendant les cloches de l’eglise voisine de Santa Maria, le soldat lance un coup d’oeil a son camarade et baille : une heure encore, avant la releve.
Dans presque toute la ville le calme regne. Les commerces matinaux ouvrent, et les marchands installent leurs etals sur les places. Mais cette apparence de vie normale diminue aux approches de la Puerta del Sol : du cote de San Felipe et de la rue Postas, de la rue Montera, de l’eglise du Buen Suceso et des eventaires des librairies de la rue Carretas encore fermees, se forment des petits groupes de citadins qui convergent vers la porte de l’hotel des Postes. Et a mesure que la ville s’eveille et s’anime, de plus en plus de personnes apparaissent aux fenetres et aux balcons. Le bruit court que Murat, grand-duc de Berg et representant de Napoleon en Espagne, veut conduire aujourd’hui la reine d’Etrurie et l’infant don Francisco de Paula en France, pour les reunir aux anciens rois et a leur fils Ferdinand VII qui sont deja a Bayonne. Ce qui inquiete le plus, c’est l’absence de nouvelles du jeune roi. Deux courriers que l’on attendait de la-bas ne sont toujours pas arrives, et les gens murmurent. La rumeur dit qu’ils ont ete interceptes. On dit aussi que l’Empereur veut garder tout ce monde ensemble pour le manoeuvrer plus commodement et que le jeune Ferdinand VII, qui s’y oppose, a envoye des instructions secretes a la Junte de Gouvernement que preside son oncle, l’infant don Antonio. On rapporte qu’il a declare : Ils ne m’oteront la couronne qu’avec la vie.