Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

Lucine

Auteur : Ondine Khayat

Date de saisie : 19/01/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : B. Pascuito editeur, Paris, France

Prix : 19.00 / 124.63 F

ISBN : 978-2-35085-029-0

GENCOD : 9782350850290

Sorti le : 08/11/2007

  • Le choix des libraires : Choix de Claire Strohm et Robert Roth de la librairie AU MOULIN DES LETTRES a EPINAL, France – 19/01/2008

Lucine, que l’on appelle aussi Louise, grandit dans une petite ville d’Armenie au debut du 20eme siecle. Elle a deux passions : la poesie, qu’elle pratique, et son grand-pere, notable lettre toujours dispose a repondre a ses questions. Quand surgit le desastre, la peur, la cruaute et la violence. Separee des siens massacres par les Turcs, Lucine est entrainee avec sa jeune soeur dans une marche forcee ignoble. La route de l’exil les conduit a Alep ou elles trouvent refuge. Plus tard, a Beyrouth, Lucine renoue avec la poesie et s’installe comme ecrivain public.
Le livre decrit la lente reconstruction de cette femme qui, au terme de sa vie seulement, trouve l’apaisement. Avec une tres grande sensibilite et beaucoup de finesse dans l’etude des caracteres, Ondine Khayat pose quelques questions essentielles : Comment survivre a la perte, au deuil, a l’exil force, et surtout comment vivre avec le souvenir de l’indicible horreur ? Comment assumer sa descendance quand sa propre existence est une souffrance, un fardeau ?
“Lucine” est un roman de vie, dechirant, qui habite le lecteur avec une force peu commune. C’est un hommage, enfin, a la poesie, espace de liberte incommensurable et, pour certains, un souffle vital.

  • Les presentations des editeurs : 01/12/2007

Je m’appelle Louise Kerkorian. Pour mon grand-pere, j’etais Lucine, et je le suis aujourd’hui redevenue. Je suis nee a Marache, dans l’Empire ottoman, en 1901. J’ai devale les allees radieuses de mon enfance, poursuivie par des eclats de rire. Nous vivions dans une magnifique maison entouree par un immense jardin colore. J’ai ete aimee et choyee par un pere voyageur, par ma mere et ses baisers de lavande, par ma petite soeur Marie au coeur delicat, par mon impetueux frere, Pierre, par Prescott, notre petit chat armenien affuble d’un nom de lord anglais, par grand-pere, qui savait separer les vagues d’une mer agitee pour ecumer tous les chagrins du monde. Et par Gil, le petit orphelin revolte qui m’a donne mon tout premier baiser. Ces jours etaient si vastes qu’ils ne pouvaient nous contenir tous.
En 1915, pretextant le role de cinquieme colonne joue par les Armeniens, les dirigeants jeunes-turcs prirent la decision qui fracassa nos vies contre les parois de l’horreur. Tous ceux que j’aimais furent tues. Il ne resta que Marie et moi, luttant pour rester en vie dans ce desert absurde.
Comment survivre a une vie excisee ? Comment un jardin devaste peut-il encore donner des graines ? Que puis-je donc savoir de ce qu’il faut donner, moi a qui l’on a tout pris ?
Tout sauf le souvenir de Gil. J’ai grandi et je suis devenue une femme sans racines. Mon coeur est gerce et n’est plus bon a rien. Ou es-tu, Gil ? Ou etes-vous tous ?
Collez votre oreille au monde, et ecoutez l’histoire d’une vie qui a cherche dans les ruines de son enfance le chemin de sa memoire.

L’AUTEUR :
Ondine KHAYAT a puise dans les souvenirs de sa grand-mere armenienne, et dans son imagination, pour ecrire son premier roman. A trente-trois ans, elle s’est coulee avec aisance dans la vie et la memoire d’une enfant devenue vieille dame, apres avoir traverse les horreurs de son siecle.

  • Les courts extraits de livres : 01/12/2007

Ma maison est devenue la terre. J’ai habite tant de lieux qu’ils se confondent et se melent pour former un plat savoureux et amer, que je prends le temps de deguster. Aujourd’hui, la lumiere de ma vie vacille et j’admire la serenite du ciel. Ma maison est la terre. Elle est petite et confortable, echouee sur le flanc d’une montagne. Quand j’ouvre la fenetre le matin, l’air de l’infini m’enivre et je regarde la vallee, si belle. Ma Qadisha… La ou commence mon voyage vers une aube ressuscitee. Mon dos me fait souffrir et mes mains sont raidies par les ans. J’aime ce corps qui sans cesse sonne la cloche de mes souvenirs. Il est la cartographie de mon passe. Il en a conserve les creux, les monts et les mers agitees. J’ai contemple tant de lunes, et cueilli tant de promesses…
La porte s’ouvre, et Joraya entre dans ma chambre, comme chaque matin. Ses cheveux boucles devalent ses epaules et elle depose un baiser d’oiseau sur mon front.
Bonjour, Mamita !
– Bonjour, Joraya. As-tu regarde le ciel, aujourd’hui ?
– Oui !
– A-t-il dit quelque chose ?
Elle secoue la tete en riant. Le ciel parle, pourtant. Le fremissement de ses nuages, la lumiere de sa lune, la chaleur de son soleil, la soudainete de ses pluies. Aujourd’hui, aucun nuage ne vient attendrir son bleu etincelant. Souvent, j’ai leve la tete vers le ciel pour y lire mon chemin. Mes yeux ont souvent ete aveugles, parfois les pages etaient tout simplement vides. D’autres fois, je n’ai pas su lire ce qui etait ecrit sur le sable de ma vie. Ou la mer, trop pressee, en avait efface les traces. Il n’est alors reste sur ma greve que des cailloux et des coquillages tranchants.
Joraya prepare le cafe. Fort, comme je l’aime, afin qu’il me debarrasse de l’indolence de la nuit. Je porte la vieille robe de chambre de ma belle-mere, vestige d’Alep. Tant de souvenirs s’entrechoquent et parsement ma memoire…
Je me dirige vers le salon ou se tient Joraya. La piece est petite, mais on peut y rever a loisir. Souvent, je m’assois dans mon vieux fauteuil et je laisse mes pensees courir sur les nuages. J’ecris des poemes invisibles avec les fils du temps. Qui sait, les anges, confortablement installes dans le cosmos, parviennent peut-etre a les dechiffrer… Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu le sentiment d’une presence. Mais je dois dire qu’aucun visage ne s’est jamais montre ! Peut-etre n’ai-je percu que mon propre echo. Qu’importe ! La vie est mouvement.