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Lunar Park

Couverture du livre Lunar Park

Auteur : Bret Easton Ellis

Traducteur : Pierre Guglielmina

Date de saisie : 00/00/0000

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : R. Laffont, Paris, France

Collection : Pavillons

Prix : 20.00 / 131.19 F

ISBN : 978-2-221-10411-8

GENCOD : 9782221104118

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  • Les presentations des editeurs : 14/05/2006

Dans Lunar Park, Bret Esaton Ellis, enfant terrible des lettres americaines, pense que les madeleines de Proust sont des mandarines, que sa maison d’Elsinore Lane est hantee, que le spectre est son pere mort et peut-etre aussi que Patrick Bateman, le tueur d’American Psycho, que la moquette “pousse” dans la salle de sejour, qu’un coeur bat sous la “peau” d’un oiseau en peluche appelee Terby, que les femmes autour de lui ne verront jamais ces apparitions surnaturelles, que sont fils sait ou sont alles les garcons qui disparaissent mysterieusement, qu’il doit retrouver la simplicite des phrases qu’il ecrivait dans son premier livre, qu’un massacre des innocents d’un genre nouveau est en cours, qu’une seconde chance lui est donnee, que Lunar Park sera son dernier roman. Avec son humour detache et sa virtuosite, Bret Easton Ellis se joue du mythe de l’ecrivain et nous plonge dans un reve hallucine et jubilatoire, tout a la fois une sorte d’autobiographie fictive, un recit fantasmagorique de la vie de banlieue aux Etats-Unis, un hommage aux films et a la litterature d’epouvante, un temoignage de la douleur d’un fils, un exorcisme et une reevaluation de sa vie et de son oeuvre.

Bret Easton Ellis est ne a Los Angeles en 1964. Des la publication de son premier livre Moins que zero, en 1985, il a connu un succes foudroyant et s’est impose comme l’un des ecrivains majeurs de sa generation. Suivront Les Lois de l’attraction, American Psycho, Zombies, Glamorama. Traduite dans le monde entier, adaptee au cinema, son oeuvre est l’une des plus significatives de la litterature contemporaine.

  • La revue de presseFrancois Busnel – Lire, novembre 2005

A quels signes reconnait-on un chef-d’oeuvre ? Lorsque votre corps se met a trembler, lorsque la fievre empourpre votre front, lorsque vos poils se herissent, lorsque les pages se tournent toutes seules, lorsque la febrilite le dispute a la precipitation, lorsque la gorge se noue, lorsqu’on eclate de rire, lorsqu’on veut revenir en arriere pour lire trois ou quatre fois encore une phrase dont l’evidente beaute vous frappe au coeur, lorsque vous decouvrez que vous avez rate la station de metro ou vous deviez descendre, lorsque vous laissez echapper un cri, lorsque vous avez loupe le rendez-vous que vous croyiez le plus important de votre vie… Voici tous les symptomes qui attendent le lecteur de Lunar Park, oeuvre dejantee et geniale, defi litteraire majeur et, accessoirement, meilleur roman d’un jeune homme arrogant et provocateur nomme Bret Easton Ellis.

Mais qui est Bret Easton Ellis ? L’auteur d’American Psycho, le roman qui scandalisa le monde entier en 1992 parce qu’il decrivait la lente metamorphose d’un yuppie de Wall Street en serial killer, dans un style vernaculaire ou les marques de fringues et les noms de personnalites du show-biz tenaient lieu d’adjectifs. Riche et celebre, adule par les uns, meprise par les autres, Ellis incarne depuis l’ideal americain de la reussite fulgurante: une intrigue provocatrice, un style aussi branche que bacle et voila qui suffit a trousser un de ces romans d’epoque qui vous propulsent, en un rien de temps, a la tete d’une fortune estimee a plusieurs centaines de millions de dollars. Le tout a trente ans et des poussieres. Beau debut pour une legende.
Lunar Park est une mise en accusation du mode de vie dans lequel Ellis s’est complu pendant des annees. Et une hypothese de vie, ajoute le vrai Bret Easton Ellis : Peut-etre aurais-je pu devenir ce type si je m’etais marie, si j’avais tente d’etre un pere de famille. C’est aussi ce qui aurait pu se passer si American Psycho avait ete le livre infect que certains tenterent de diaboliser sous pretexte qu’il ferait l’apologie de la violence gratuite : ce n’est absolument pas le cas, evidemment. C’est, au contraire, un roman contre l’hyperviolence. Mais si vous voulez detourner un avion, il faut monter dedans… Pour degouter les gens de la violence, il faut leur montrer ce qui arrive si l’on va jusqu’au bout de la violence. Kubrick l’avait fait au cinema avec Orange mecanique. Certaines scenes d’American Psycho etaient tellement insoutenables que je les ai ecrites d’un jet, les unes apres les autres, enferme dans une chambre d’hotel, avant de les replacer dans telle ou telle partie du roman. Lunar Park regle donc la querelle d’American Psycho. Un type se met a commettre les meurtres decrits dans American Psycho et plus on avance dans l’histoire, plus l’etau se resserre autour de celui qui a ecrit ce livre, le pauvre Bret Easton Ellis. Une facon d’exorciser un mauvais souvenir ? En un sens, peut-etre, repond Ellis. J’ai tres mal vecu le scandale qui a suivi la parution du livre, puis la sortie du film, a cause des innombrables menaces de mort qui m’ont ete adressees, mais aussi parce que l’on tentait de reduire ce roman a un livre branche….

  • La revue de presse Andre Clavel – L’Express du 3 novembre 2005

Bret Easton Ellis, ou l’histoire d’un enfant gate. Ne dans une famille aisee de Los Angeles, il s’est brule les ailes sur le bucher de la gloire: a 21 ans, en 1985, il est brutalement devenu une star avec Moins que zero – un Polaroid accablant sur la jeunesse doree de son pays – et la celebrite lui a fait perdre la tete… Il a connu les nuits a la cocaine, les frasques de nabab, l’esbroufe, les plaisirs en overdose, le fric qui coule a flots, et il a vu le reve americain se faire torpiller dans la tourmente des annees 1980.

C’est cette epoque dejantee qu’il evoque dans ses romans, en posant son zoom sur une generation suicidaire qui soigne ses idees noires a grand renfort de poudre blanche… Avec Lunar Park, son nouveau roman, l’ex-came s’est donc passablement calme. Il surprend en bien, comme si la maturite l’avait rendu moins provocateur, et meme parfois assez profond. Autre surprise: Ellis se met ici en scene – le narrateur se nomme Bret – et sort de sa vitrine pour ebaucher une confession qui sonne juste. J’etais accable par la vie, lance-t-il, en racontant comment il s’est detruit apres l’imprevisible succes de Moins que zero. Avec pas mal d’humour, il evoque ensuite les frasques du Brat Pack, ce petit cenacle de noctambules new-yorkais… dont il fut le prince : Pure poudre aux yeux, ironise-t-il, avant de revenir a l’epoque ou il se prenait pour Gatsby et ou, totalement defonce, il foncait vers le neant au volant de ses Mercedes. Puis il y eut son mariage avec l’actrice Jayne Dennis, la naissance de leur fils Robby, la mort d’un pere trop encombrant – figure centrale du livre – et une inexorable descente dans l’enfer de la cocaine.

Voila pour l’autoportrait. Et puis soudain, sans crier gare, Lunar Park bascule dans la fiction, et meme dans la science-fiction… Elle est sans doute l’allegorie d’un ecrivain lui-meme hante par son enfance detraquee, par son imagination satanique, par ses creatures romanesques, par son incapacite a vivre normalement. Et surtout par ce pere castrateur avec lequel il n’a jamais pu regler ses comptes: ce n’est qu’a la fin du recit, quand il dispersera ses cendres, qu’il parviendra a s’apaiser… On comprend alors que Lunar Park, sous des allures de thriller fantastique, ressemble a un exorcisme… Avec Lunar Park, Ellis est enfin devenu un ecrivain.

  • La revue de presse Michel Abescat – Telerama du 26 octobre 2005

… Lunar Park, le nouvel opus de Mr Ellis, ouvre sur une quarantaine de pages d’autofiction pur jus – l’auteur, son papa, son succes, ses costumes Armani, son actrice de femme, son fiston, sa decheance, son installation en banlieue. Puis le roman bascule doucement dans le fantastique, tendance maison hantee : grattements suspects au fond des couloirs, souffles mysterieux dans les rideaux, meubles baladeurs, lumieres clignotantes et tutti quanti. Cette partie-la du roman, longue et pas tres originale, plombe malheureusement ce texte au demeurant ambitieux, parfaitement coherent et finalement passionnant. Lunar Park est, dans tous les sens du terme, une histoire de fantomes, beaucoup moins simple qu’il n’y parait, metaphore des demons qui agitent son auteur… Et l’on demeure frappe, le livre referme, par la lucidite du regard que l’auteur porte sur lui-meme, avec un sens feroce de l’autoderision. Dans ce depouillement-la reside sans doute le meilleur de ce texte outrageusement sincere.

  • La revue de presse Eric Loret – Liberation du 27 octobre 2005

Ceux qui vous ont raconte que le dernier livre de Bret Easton Ellis etait une autofiction, un roman d’horreur ou un brillant essai sur le vide vous ont menti. Lunar Park est en realite une satire sur l’education americaine et la facon dont les enfants y sont des poupees chimiques gavees de medicaments. Car Bret Easton Ellis a un fils, Robby Dennis, qu’il n’a jamais reconnu, du nom de son ex-epouse Jayne Dennis, actrice et personnage essentiel de Lunar Park. Il a donc pu observer le politiquement et le biologiquement correct a l’oeuvre…

Lunar Park apparait ainsi assez vite comme une gigantesque mise en abyme du faux, un peu a la facon du F for Fake de Welles. Avec ses peluches endiablees qui attaquent les humains (voire leur pissent dessus, car il faut bien rigoler), son retour du pere mort, ses hallucinations et ses nombres magiques obsedants, c’est un pastiche avoue de Stephen King… Mais ses hallucinations sont denoncees comme telles et Lunar Park n’est pas un roman fantastique. Une autobiographie encore moins, surtout lorsque surgissent a la page 300 des flics nommes O’Nan, Boyle et Clarke (cherchez le gag). Un essai critique sur B. E. Ellis, peut-etre, puisque l’auteur de Moins que zero s’est amuse a faire intervenir ici Clay, Paul Denton, Patrick Bateman et l’inspecteur Kimball, issus de ses autres romans. L’hypothese la plus favorable, vers laquelle le narrateur nous conduit lui-meme en evoquant la facon dont il truque ses recits de reve pour gruger sa psy, est que Lunar Park est un cauchemar therapeutique sur les rapports pere-fils. Le tout sur fond d’homosexualite assumee, puisque Ellis a officiellement declare dans un entretien au New York Times avoir eu un amant durant six ans, Michael Wade Kaplan. Pourtant, la lecon globale du livre est qu’il n’y a ni vrai ni faux, et que plus Bret Easton Ellis se devoile, moins on le connait. Son double fictif confesse franchement ne debiter que des conneries aux journalistes. S’il y a donc une reussite dans Lunar Park et l’appareil interpretatif qui l’accompagne (des dizaines d’entretiens dans le monde entier, le site officiel d’Ellis), c’est d’avoir atteint un delicieux point de non-retour dans l’indemelable et, developpant le celebre paradoxe du menteur sur presque quatre cents pages, d’avoir parfaitement su proteger la vie privee de Bret Easton Ellis, de sa femme Jayne Dennis et de leur fils Robby, en faisant croire qu’ils etaient des inventions romanesques.

  • La revue de presse Christophe Ono-dit-Biot – Le Point du 20 octobre 2005

Un jour, dans les histoires litteraires du futur, on ecrira qu’au milieu des annees 80 un gamin de 20 ans installa au royaume des jeunes ecrivains la dictature la plus terrible qui soit. Celle de l’envie. On ecrira aussi qu’avant lui on notait en litterature un certain nombre de courants, sinon de tendances, et que ce gamin, devenu peu a peu adulte, les balaya tous en seulement quatre romans et un recueil de nouvelles. Durant cette dictature, les jeunes ecrivains ne furent plus naturalistes, satiristes, realistes, magiques ou intimistes, mais seulement ellisiens. Ou plutot voulurent l’etre, multipliant dans leurs textes les allusions aux drogues synthetiques, a la violence sexe et chic, et au name-dropping catastrophique. En vain. Ellis etait inimitable, et ils plongerent pour la plupart dans la plus noire depression, les pieds lestes par leurs romans. La nouvelle, donc, risque d’etre terrible pour eux : Ellis est revenu, et mieux arme que jamais.

Le heros et narrateur, c’est Bret Easton Ellis lui-meme. Le roman s’intitule Lunar Park. Comme Glamorama paru il y a cinq ans, comme American Psycho publie il y a quinze ans, c’est un titre programme, et meme un livre programme. Epais et argente comme une brique design (Ellis aime le chic), frappe d’un titre decoupe dans la jaquette facon pochoir militaire (Ellis aime les armes), il revele par transparence un portrait de l’auteur (Ellis est narcissique). Sauf que, pour la premiere fois, ce portrait est deforme, comme shoote a travers une fenetre embuee.

C’est un signe, une facon d’annoncer subtilement que le heros et narrateur de Lunar Park, cette fois-ci, c’est Bret Easton Ellis lui-meme. Qui a decide de prendre du recul et de raconter, dans un premier chapitre epoustouflant, comment sa vie a change en 1983… Une autofiction ? Certes, sauf que presque rien n’est vrai… l’habilete d’Ellis etant de sublimer cette vraie/fausse autofiction dediee a la paternite en un thriller haletant qui commente, parodie et prolonge l’oeuvre d’Ellis lui-meme. Chapeau l’artiste ! On peut donc a raison s’inquieter pour les jeunes romanciers fragiles qui, a la lecture de Lunar Park, vont retomber dans la deprime. On peut aussi se rejouir pour les autres, a qui il va redonner sacrement envie d’ecrire. Heureux qui, comme Ellis, a fait un beau roman.

  • La revue de presse Bruno Corty – Le Figaro du 20 octobre 2005

Le cinquieme roman de Bret Easton Ellis contient 379 pages. Les trois dernieres sont magnifiques. Le reste du temps, l’ancien enfant terrible de la litterature americaine, revele en 1985 par Moins que zero, s’amuse avec son lecteur. Il s’etend sur son sujet favori, lui-meme, ses maitresses, ses amants, ses problemes d’alcool, de drogue, son statut d’ecrivain, sa celebrite, son amitie barbelee avec Jay McInerney. Il confesse avoir ete marie avec l’actrice Jayne Dennis, avoir eu un enfant avec elle, Robby, qu’il n’a pas reconnu. Il revient sur le succes et le scandale fracassants d’American Psycho (1991), son troisieme roman, et sur la campagne, tres virulente a ses yeux, menee contre lui par les associations feministes. Et puis arrive l’essentiel : la mort de son pere, en 1992. Les deux Ellis ne se parlaient plus depuis des annees. L’aine est mort ruine apres avoir gagne des dizaines de millions de dollars. L’aine vivait avec une maitresse bien plus jeune que lui. L’aine avait subi une extension de penis qui avait rate. Aucun detail ne nous est epargne… Lunar Park est donc le roman d’un homme que la jeunesse abandonne, mal dans sa peau, et qui s’interroge… Voici donc un narrateur romancier, Bret Easton Ellis, qui n’accepte la mort de son pere. Pour se mettre a l’abri des tentations, des paparazzi, il s’installe, cote Est, dans une banlieue cossue, avec sa femme Jayne, actrice en vogue, leur fils Robby, sa demi-soeur Sarah et le chien Victor. Et la, tout se gate. La peluche de la petite Sarah entreprend de ramper au plafond et de depiauter les meubles. Le chien hurle a la mort. Les meubles bougent. La facade de la maison change de couleur. L’ecrivain recoit, chaque nuit, a 2 h 40, heure de la mort du pere, des courriels de sa banque. Il voit une pierre tombale dans le jardin… L’ecrivain est donc rattrape par ses demons. C’est le debut du cauchemar. Lors d’une soiree pour Halloween, Ellis croise le sosie de Patrick Bateman, le tueur en serie sorti de son imagination. Sa raison vacille. Et s’il ne s’agissait pas d’un plaisantin mais du personnage passe de l’univers fictionnel a la realite ? A l’autofiction, facon Roth, Ellis ajoute donc l’hommage, appuye, au roman fantastique, tendance horreur, incarne par Stephen King et s’inspire de La Part des tenebres et de Shining. Comme si cela ne suffisait pas, il en rajoute sur le theme rebattu de la maison hantee dans des pages dignes du Grand Guignol. Quitte a laisser le lecteur en route. Ellis s’en moque bien…

  • La revue de presse Raphaelle Rerolle – Le Monde du 21 octobre 2005

On peut avoir deteste Glamorama, l’avant-dernier livre de Bret Easton Ellis, concu comme une interminable et convulsive plongee dans le vide. Trouver que ce quadragenaire talentueux, abonne au scandale et a une mediatisation forcenee depuis la parution de Moins que zero, en 1985… et surtout d’American Psycho… Et savoir, pourtant, que ce garcon-la, tout aureole de son prestige ambigu de lanceur de modes (il fut, un temps, le leader d’un “groupe litteraire” appele Brat Pack, qui comprenait aussi Jay McInerney), est un veritable ecrivain. Se laisser absorber, presque a son corps defendant, par cet etonnant Lunar Park, son dernier roman (a tous les sens du terme, puisqu’il pretend ne plus en ecrire d’autres), ou se melent avec une virtuosite vertigineuse le reel et la fiction. Et basculer, finalement, dans ce paysage trouble ou se dessine avec une violence glacante la critique d’une societe agonisante la sienne. Ce rapport paranoiaque avec le monde reel, sans cesse menace de disparition, Ellis l’entretient depuis ses debuts…

Dans Lunar Park, le vide n’a pas disparu, mais il change de nature. Car derriere les tentures fatiguees de l’American way of life, derriere les ivresses plus ou moins bien controlees de la celebrite, c’est sa propre mort qu’entrevoit le heros, vieillissant bien sur, de ce recit souvent drole et toujours angoissant. Un heros rempli a ras bord de cocaine et de somniferes, pathetiquement indifferent aux autres, ravage par la haine qu’il pense eprouver pour son pere et qui s’appelle Bret Easton Ellis… l’ecrivain emmene ensuite son lecteur dans une sorte de film d’horreur ou des fantomes font irruption dans la vie tranquille d’un quartier residentiel. Des enfants disparaissent, les meubles changent de place, des animaux en peluche se mettent a attaquer les humains, la moquette du salon “pousse”… Sous le signe du noir et de l’orange, le recit devient une sorte d’Halloween geant, melange d’angoisse reelle et de terreur de pacotille… Le veritable cauchemar, en fait, vient de l’interieur. C’est la main du passe qui s’abat sur le narrateur, comme un fantome…

  • La revue de presse Fabrice Pliskin – Le Nouvel Observateur du 13 octobre 2005

Le heros du nouveau roman de Bret Easton Ellis s’appelle Bret Easton Ellis. On se souvient que son precedent ouvrage, Glamorama, taxidermisait les celebrites avec la chic monotonie des serigraphies de Warhol. Cette fois, la celebrite, c’est lui-meme. Lunar Park se presente comme l’autobiographie du romancier hante par la mort de son pere. Inutile de vouloir demeler le vrai du faux dans les caquets de ce narrateur a Ferrari : son degre de fiabilite est egal a celui de Voici, des gouvernantes de Henry James ou de George W. Bush. Ellis a-t-il ete declare cliniquement mort pendant trois minutes apres une overdose dans une baignoire a Seattle ? Son editeur Knopf a-t-il engage un garde du corps jamaicain pour l’empecher de se defoncer au smack ? A-t-il un fils ? A-t-il ete l’amant de George Michael ? Ou de Jean-Pierre Pernaut ?
L’ouverture de Lunar Park revisite les annees tapis rouge de l’ecrivain 100% VIP, histrion de lui-meme, sur le mode de l’autopastiche… American Psycho transcendait la metaphore du serial killer, ce morne emploi des romans policiers, pour en faire la figure de l’individu contemporain, ce Grand Consom-mateur hebete par la culture de masse. Lunar Park ne decolle jamais du poncif de la maison hantee. La claque vous dira que, selon l’expression recuite, l’auteur detourne les codes du genre, mais rien de plus faux, helas. Somme toute, l’atmosphere n’est pas fondamentalement differente de celle du Manoir hante, le film des Studios Disney avec Eddy Murphy. L’auteur a beau donner dans la meta-litterature (ses fantomes sont les personnages de ses anciens romans…)