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Ma vie : souvenirs, reves et pensees

Auteur : Carl Gustav Jung

Traducteur : Roland Cohen | Yves Le Lay

Date de saisie : 20/11/2006

Genre : Biographies, memoires, correspondances…

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Folio, n 2291

Prix : 7.50 / 49.20 F

ISBN : 978-2-07-038407-5

GENCOD : 9782070384075

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  • Les courtes lectures : Lu par Charlotte Etasse, eleve du Cours Florent – 20/11/2006

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Charlotte Etasse, eleve du Cours Florent

  • Les presentations des editeurs : 30/10/2006

Traduit de l’allemand par le Dr Roland Cohen et Yves Le Lay avec la collaboration de Salome Burckhardt Nouvelle edition revue et augmentee d’un index. Propos recueillis par Aniela Jaffe.

J’ai donc entrepris aujourd’hui, dans ma quatre-vingt-troisieme annee, de raconter le mythe de ma vie. C’est au printemps 1957, quatre ans avant sa mort, que C.G. Jung, un des grands fondateurs de la psychanalyse, se fait le temoin de lui-meme.
Tres peu d’evenements exterieurs : l’enfance de fils de pasteur, les combats psychiatriques du debut du siecle, les voyages en Afrique du Sud et au Nouveau-Mexique, la construction sur un plan symbolique de la tour de Bollingen : autant de precisions autobiographiques qui eclairent cependant la genese d’une des oeuvres qui ont le plus influence l’essor contemporain de la psychologie des profondeurs. C’est aussi la rencontre avec Freud, puis les demeles avec le- maitre, jusqu’a la rupture de l’heritier presomptif a propos du role de la sexualite dans le developpement du psychisme.
Mais toutes ces aventures ne sont evoquees qu’en fonction des rencontres plus fondamentales du conscient et de l’inconscient.

Ma vie est l’histoire d’un inconscient qui a accompli sa propre realisation.

  • Les courts extraits de livres : 30/10/2006

La vie de l’homme est une tentative aleatoire. Elle n’est phenomene monstrueux que par ses chiffres et son exuberance. Au demeurant, elle est si fugitive, si imparfaite, que l’existence d’etres et leur deploiement est prodige. J’en fus deja profondement impressionne lorsque, jeune etudiant en medecine, il me semblait miraculeux de n’etre pas detruit avant mon heure.
La vie m’a toujours semble etre comme une plante qui puise sa vitalite dans son rhizome ; la vie proprement dite de cette plante n’est point visible, car elle git dans le rhizome. Ce qui devient visible au-dessus du sol ne se maintient qu’un seul ete, puis se fane… Apparition ephemere. Quand on pense au devenir et au disparaitre infinis de la vie et des civilisations, on en retire une impression de vanite des vanites ; mais personnellement je n’ai jamais perdu le sentiment de la perennite de la vie sous l’eternel changement. Ce que nous voyons, c’est la floraison – et elle disparait – mais le rhizome persiste.
Au fond, ne me semblent dignes d’etre racontes que les evenements de ma vie par lesquels le monde eternel a fait irruption dans le monde ephemere. C’est pourquoi je parle surtout des experiences interieures. Parmi elles je range mes reves et mes imaginations qui constituerent de ce fait la matiere originelle de mon travail scientifique ; ils ont ete comme un basalte ardent et liquide a partir duquel s’est cristallisee la roche qu’il m’a fallu tailler.
Aupres des evenements interieurs, les autres souvenirs palissent, voyages, relations humaines, milieu. Beaucoup de gens ont connu l’histoire de notre temps et ont ecrit a son sujet ; il vaut mieux la lire dans leurs ecrits ou se la faire raconter. Le souvenir des faits exterieurs de ma vie s’est, pour la plus grande part, estompe dans mon esprit ou a disparu. Mais les rencontres avec l’autre realite, la collision avec l’inconscient, se sont impregnees de facon indelebile dans ma memoire. Il y avait toujours la abondance et richesse. Tout le reste passe a l’arriere-plan.
C’est ainsi que les etres, eux aussi, ne sont devenus pour moi d’imperissables souvenirs que dans la mesure ou leur nom etait depuis toujours inscrit dans le livre de mon destin : faire connaissance avec eux equivalait a un ressouvenir.
Meme ce qui, dans ma jeunesse ou plus tard, vint a moi de l’exterieur et prit de l’importance etait place sous le signe du vecu interieur. Tres tot j’en suis venu a penser que si aucune reponse ni aucune solution a des complications de la vie ne vient de l’interieur, c’est que finalement l’episode correspondant est de peu d’importance. Les circonstances exterieures ne peuvent remplacer les experiences interieures. C’est pourquoi ma vie a ete pauvre en evenements exterieurs. Je n’en parlerai guere car cela me paraitrait vide et sans poids. Je ne puis me comprendre que par les aventures interieures. Ce sont elles qui font la particularite de ma vie et c’est d’elles que traite mon autobiographie.

Extrait du prologue