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Mimesis : approches actuelles

Auteur : Thierry Lenain | Danielle Lories

Date de saisie : 17/11/2007

Genre : Arts

Editeur : Lettre volee, Bruxelles, Belgique

Collection : Essais

Prix : 21.50 / 141.03 F

ISBN : 978-2-87317-319-7

GENCOD : 9782873173197

Sorti le : 17/11/2007

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  • Les presentations des editeurs : 07/01/2008

Mimesis Qui dira l’incroyable resistance de cette notion chargee d’un heritage des plus lourds, son inepuisable faculte de renouvellement, sa facon de revenir au premier plan la ou l’on croyait en avoir fini avec elle ? La mimesis n’a cesse de subir les assauts de la critique moderniste depuis la fin du XIXe siecle tandis que la reflexion historiographique incite a en user avec la plus extreme prudence, eu egard aux fluctuations semantiques incessantes qu’elle a subies depuis Platon et Aristote. Aujourd’hui autant qu’hier, pourtant, elle demeure un incontournable lieu de pensee. L’esthetique et la theorie de l’art le demontrent : maniee avec la circonspection qui s’impose, elle reste un outil conceptuel precieux. Son champ d’application depasse d’ailleurs de loin l’horizon classique pour s’etendre aux cultures anterieures ou exterieures a son regne ; de l’Egypte ancienne aux peintures parietales du Paleolithique, la mimesis revisitee ouvre ainsi la voie a de fascinantes relectures. A travers la diversite des objets et des points de vue, l’ouvrage porte ce message : l’outil hermeneutique et le probleme philosophique qu’est depuis si longtemps la mimesis ont encore bien des lumieres a nous offrir, bien des interrogations a eveiller.

Contributions de Vinciane Despret, Marc Groenen, Maud Hagelstein, Philippe Junod, Jean-Louis Labarriere, Marc-Emmanuel Melon, Roland Tefnin.

  • Les courts extraits de livres : 07/01/2008

Extrait de l’introduction de Danielle Lories et Thierry Lenain :

En ouverture d’un article intitule Le Monde de l’art, paru en 1964 et voue a devenir un classique de la theorie artistique du XXe siecle, Arthur Danto evoquait la condamnation platonicienne de la peinture. Dans la Republique, celle-ci est disqualifiee en raison meme de sa pretention a representer fidelement les apparences : ne suffirait-il pas de promener un miroir devant les choses visibles pour obtenir le meme resultat ? Dans le chef de l’auteur americain, ce rappel n’etait destine qu’a montrer combien la scene artistique contemporaine a rendu obsolete l’attitude du Socrate de Platon. A compter de l’invention de la photographie, en effet, les arts plastiques ont progressivement cesse de se definir comme imitation de la nature, les oeuvres s’affirmant comme des realites autonomes face au monde des choses visibles.
Sciemment caricaturale, la position adoptee par Danto s’est souvent trouvee nuancee sinon dementie au cours du XXe siecle. Dans leur effort pour revenir a nouveaux frais sur les grandes questions de theorie artistique, nombre de penseurs contemporains de la de-definition de l’art, et bien en phase avec leur epoque, ont convoque l’antique notion de mimesis sans la confiner dans le cadre restreint des travaux historiques ou tournes vers l’art du passe. Il faudrait evoquer ici Benjamin, Adorno et Gadamer, Barthes, Ricoeur et Derrida, pour ne citer qu’eux. Critiques, hermeneutiques ou deconstructrices, leurs approches n’en demontrent pas moins l’actualite du theme, sa complexite ainsi que la vaste etendue de ses implications. Et s’il est vrai que l’on n’en finirait pas de compiler les rejets du principe d’imitation depuis pres d’un siecle et demi, tant l’idee selon laquelle l’artiste n’aurait pas a imiter mais a creer s’est imposee au rang de dogme moderniste inlassablement repete, il l’est tout autant qu’au-dela de revendications plus ou moins simplistes, la mimesis ne cesse de revenir, s’invitant avec insistance jusqu’au coeur des debats les plus brulants. Il en est d’elle comme d’autres notions cardinales leguees par la tradition et chargees d’un lourd passif metaphysique et ideologique : tous s’accordent a la denoncer, mais chacun doit reconnaitre, fut-ce a regret, son insolente persistance. Ainsi en va-t-il, par exemple, de l’idee d’experience esthetique ou de plaisir esthetique, dont on n’arrete pas de denoncer l’insuffisance ou le caractere indemontrable, mais dont on doit pourtant bien avouer le retour entete dans le discours, tant amateur que professionnel. Une notion telle que celle d’idolatrie subit un sort comparable : il est devenu impossible d’utiliser cette arme offensive, que les pensees du soupcon ont heritee des discours les plus agressifs du monotheisme, sans stigmatiser la charge normative qui en fait un concept inoperant d’un point de vue hermeneutique. Le terme ne peut toutefois manquer de revenir lorsqu’il s’agit de soupconner telle ou telle fixation pre-critique – comme on est invariablement amene a le faire, tot ou tard, en toute entreprise a portee philosophique.
La persistance de la mimesis dans la culture contemporaine s’observe d’un bout a l’autre de notre horizon culturel. Aussitot que l’on quitte le registre etroit de la culture de pointe, impregnee de criticisme, apparaissent les effets d’un amour inconditionnel de la mimesis, aussi frenetique que jamais. La course au progres qui anime les developpements de l’imagerie de synthese et de la realite virtuelle n’est-elle pas, pour l’essentiel, la quete de l’efficacite mimetique qui traverse toute l’histoire des images en Occident ? Mais meme au sein des avancees extremes de la pensee artistique contemporaine, ou se joue la critique radicale de ses propres fondements face a une tradition millenaire, la notion de mimesis n’en finit pas de resurgir la ou on ne l’attendait plus. Ainsi, par exemple, la voit-on s’imposer comme un concept cardinal dans l’analyse que propose Jeff Wall du role de la photographie dans l’art conceptuel : celui-ci, explique-t-il lumineusement, repete sur le mode parodique l’imitation de l’imagerie documentaire et du reportage dans la photographie d’auteur. Plus largement, d’ailleurs, la rhetorique imitative demeure vivace dans l’atmosphere rarefiee a l’extreme de cet art dont la sur-abstraction ne saurait se formuler sans mimer les protocoles scientifiques, les procedures administratives ou notariales, l’univers depersonnalise des fichiers, classeurs et certificats.