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Moi, fou

Auteur : Antonio Altarriba, Keko (Illustrateur)

Après Moi, assassin, Grand Prix de la Critique ACBD 2015, le duo Altarriba-Keko poursuit sa « Trilogie du Moi » avec Moi, fou. Où le premier livre s’intéressait à l’imposture morale et artistique, celui-ci se penche sur l’imposture scientifique.

Angel Molinos, docteur en psychologie et écrivain, basé à Vitoria comme le héros de Moi, assassin, travaille pour l’Observatoire des Troubles Mentaux (OTRAMENT), un centre de recherche affilié aux Laboratoires Pfizing de Houston, qui suit l’évolution des maladies mentales et teste de nouvelles molécules sur des patients affectés de symptomatologie atypique. La mission d’Angel est d’identifier de nouveaux profils « pathologisables » afin de créer des maladies inédites et d’aider Pfizing à élargir sa gamme de produits. Un jeu d’enfant pour un psychologue aux velléités littéraires. Il travaille actuellement sur le « syndrome de Thersite » (l’effroi de sa propre laideur) et le « syndrome de la Marâtre » définissant ceux qui se pensent les plus beaux.
Récemment, les nuits d’Angel sont hantées de cauchemars terrifiants, qu’il consigne dans son « cahier de rêves » dans l’espoir de découvrir leur signification. Un message de son frère lui annonçant l’expulsion de leurs parents de la maison familiale aggrave les choses. Angel doit retourner dans son village natal, que des soupçons d’homosexualité l’ont obligé à quitter à l’âge 16 ans, trente-huit ans plus tôt. Il retrouve son père Alzheimer et renoue avec l’homme qui l’a initié à l’homoérotisme, devenu curé de la paroisse.
Angel comprend que son métier est lié à ce trauma de jeunesse. Il crée des catégories d’« anormalité mentale » pour se venger de l’étiquette homosexuelle qui a bouleversé sa vie. Revenu à Vitoria, il décide de rallier la cause de son collègue Narciso Fuencisla, qui veut dénoncer les pratiques d’OTRAMENT. Mais Narciso a disparu sans laisser de trace.
La main coupée dans un gant de cuir noir qu’Angel trouve devant sa porte n’arrange pas son état. Ses employeurs auraient-ils décidé de se débarrasser de lui ? L’inventeur de fausses folies serait-il en train de devenir fou lui-même ?
Cette histoire de multinationales découpant nos vies et nos psychés pour optimiser leurs profits pourrait se dérouler n’importe où, mais ses tonalités politiques ajoutent un volet au portrait sans concession de son Espagne contemporaine qu’Altarriba trace de livre en livre. Et la mystérieuse ville basque de Vitoria, au centre de sa « Trilogie du Moi », devient pour lui ce que Dublin fut pour Joyce ou Providence pour Lovecraft, le lieu mythique d’où sourdent toutes les peurs, tous les fantasmes, toutes les hantises qui habitent ses héros.