Skip to content Skip to sidebar Skip to footer

Mortelle residence

Auteur : Romain Slocombe

Date de saisie : 01/03/2008

Genre : Policiers

Editeur : Ed. du Masque, Paris, France

Collection : Grands formats

Prix : 19.90 / 130.54 F

ISBN : 978-2-7024-3163-4

GENCOD : 9782702431634

Sorti le : 16/01/2008

  • Le choix des libraires : Choix de Christophe Dupuis de la librairie ENTRE-DEUX-NOIRS a LANGON, France – 28/02/2008

Oscar Guttierez, architecte argentin desargente, tente de survivre a Bruxelles. A la suite d’un quiproquo (il a garde le numero de telephone de l’ancien locataire de son appartement et on le prend pour un artiste faisant des performances sur le theme du Body art), il est contacte par une artiste pour venir faire une residence d’artiste a Lyon, sur le theme du corps. 15 jours nourri, paye et loge dans une ancienne cellule de Carmelite. Oscar, qui tire le diable par la queue, decide de s’y rendre, tout en ayant aucune idee de ce qu’il fera sur place. Les ennuis commencent (ou continuent), lorsqu’il est approche par El Tigre, ancien membre du MIR, le principal mouvement de la gauche revolutionnaire chilienne, qui lui ordonne d’emmener avec lui a Lyon une jeune chilienne, qui doit y aller dans le plus grand secret pour y tuer un vieux nazi…
“Il eprouve un mauvais pressentiment. El Tigre de retour a Bruxelles, plus une jeune terroriste chilienne. Quelle combinaison infernale ! Rien que des emmerdements en perspective.”
Ce nouveau roman de Romain Slocombe est dense, documente et l’auteur n’a pas menage ses efforts pour cette fresque historico-politico-artistique. Ce recit a plusieurs niveaux (une correspondance en 1793, Lyon en 1943, le Chili en 1973, et le texte en 2003) marque le lecteur par sa puissance d’evocation et son absence de complaisance (ecrit en residence d’auteur a Lyon, le livre passe au crible quelques aspects de la ville et sa politique culturelle). D’une noirceur a toute epreuve (l’homme aime marquer son lecteur comme il l’a deja prouve par le passe dans divers episode de sa “crucifixion en jaune”), ce grand livre bien rythme, est une des excellentes nouvelles de ce debut d’annee.

  • Les presentations des editeurs : 28/02/2008

A la suite d’un quiproquo, Oscar Guttierez, architecte argentin vivant a Bruxelles, est invite a participer a une residence d’artistes a Lyon sur le theme du corps. Fauche, malade et depressif, il s’y rend flanque bien malgre lui d’une jeune Chilienne chargee d’abattre un ex-medecin nazi. Sur place, les artistes performeurs, venant des quatre coins du monde et plus dejantes les uns que les autres, sont loges dans un ancien Carmel. L’esprit du lieu, qui en 1793 fut le theatre d’evenements horribles, ne tarde pas a perturber le cours des choses ; et les fantomes du passe vont ressurgir de facon etrange et effroyable.

Romain Slocombe, dessinateur, photographe et romancier, a deux passions : le Japon et le fetichisme medical. Il a publie une tetralogie nippone dont le dernier volet, Regrets d’hiver, est paru en 2006 aux Editions Fayard. Avec Mortelle residence, il signe un roman foisonnant ou les politiques de l’art contemporain sont detaillees au scalpel. C’est aussi une evocation remarquable d’episodes tragiques de l’Histoire : le siege de Lyon et la Terreur revolutionnaire, l’Occupation allemande et la deportation des Juifs de France, la repression totalitaire au Chili, le sejour ” protege ” de criminels nazis en Amerique latine. Autant de drames qui trouvent aujourd’hui un echo dans ce couvent lyonnais ou les pierres temoignent…

  • Les courts extraits de livres : 01/03/2008

Le temps passe, toi aussi. Et demain sera pas long a devenir hier.

LETTRE 5(A)
[DE PAULINE MARIE MOLINIER A VIRGINIE ELISABETH CONSTANCE DE PIERREMONT]
CORRESPONDANCE ANNOTEĖ PAR GABRIEL LAFORGUE

Le 19 de juillet 1793, a Paris.

Ma douce amie ! Dieu seul sait si ce courrier te parviendra… Je compte profiter de l’obligeance d’une relation de mon pere, qui m’a promis son possible pour te faire parvenir en toute surete et discretion ce temoignage de mon affection et de mes craintes, que je redige d’une plume tremblante; j’en arroserai sans doute les feuilles, avant d’avoir fini, des larmes que m’inspire ton sort incertain – toi la personne la plus sensible et la plus pure au milieu de cette affreuse tempete qui bouleverse notre France cherie : ces temps hideux voient se dresser les Francais les uns contre les autres, au nom d’idees toutes tres sensees et tres vertueuses en apparence, et cela chez chacun des partis qui se disputent et s’affrontent de la maniere la plus cruelle, que ce soit a Paris ou dans les provinces; mais idees qui, nourries, enflammees par l’ardeur, le ressentiment, le courroux, et souvent la simple soif de violence de la part des elements les plus extremes ou les plus ignorants, font verser a flots le sang innocent de nos concitoyens, faisant fi de toute misericorde, ou meme du simple sentiment de l’humanite.
Ainsi, avant-hier, suivant l’opinion de M. de Vauvenargues, lequel ecrit que la plus grande faute est de se passer de l’experience, et poussee par la curiosite qui me fit surmonter la terrible frayeur que me cause le nombre sans cesse augmentant des condamnations prononcees par le Tribunal revolutionnaire, avant-hier donc j’ai mis ma simple robe bleue a la Camille que tu connais, j’ai agrafe la cocarde tricolore a mon corsage et, accompagnee de notre bonne cuisiniere Marie, au lieu de me rendre a l’atelier de la citoyenne Labille-Guillard je suis partie a pied vers la place de la Revolution, ci-devant Louis XV [actuelle place de la Concorde (G.I.)], ou devait subir son chatiment la femme Corday – venue de Caen pour assassiner samedi le citoyen Marat, dont le corps, apres avoir ete promene a travers Paris, est expose dans le jardin de l’eglise des Cordeliers, sur un lit triomphal, a cote de la baignoire ou il expira et de sa chemise tout ensanglantee; on voyait bien, parait-il, le coup de couteau au-dessous de la clavicule droite. Le citoyen Marat a recu le coup etant dans le bain. Avec la chaleur le cadavre est entre en decomposition et on brule des parfums pour combattre la terrible odeur, m’a raconte mon pere qui s’y est rendu avec le citoyen David pour faire des croquis, avant qu’on enterre le corps dans la fosse qu’on lui a creusee dans le jardin…
Nous arrivames, Marie et moi, sur la place vers trois heures, la foule etait deja tres nombreuse et bruyante. Je vis des milliers de tetes coiffees du bonnet rouge, et les fenetres du Garde-Meuble garnies de curieux. Des vendeurs de gazettes passaient parmi la foule en criant : Demandez la liste des gagnants a la loterie de sainte-Guillotine ! Demandez la liste des condamnes !… et j’entendais aussi entonner lugubrement le dernier chant a la mode : Formons des choeurs funebres, Donnons cours a nos pleurs; Dans la nuit des tenebres, Marat git, o douleur ! Ennemi des despotes, Peuple qu’il a cheri, Pleurez vrais patriotes Vous perdez un ami… Marie m’a aidee a monter sur une charrette a cinq sous la place, d’ou il nous etait possible de bien apercevoir l’horrible echafaud. Le ciel etait d’un bleu pur au-dessus de Paris ou on n’avait apercu aucun nuage depuis le matin. Le vent soufflait du Sud-Ouest et il faisait extremement chaud. On eut cru que tous les habitants de la capitale s’etaient donne rendez-vous sur cette grande place que l’accusateur public, le citoyen Fouquier-Tinville, a voulu comme lieu de supplice en preference a la place de Greve devant l’Hotel de Ville, laquelle avait, dit-on, les faveurs du general Hanriot qui commande provisoirement notre Garde nationale.
La premiere charrette apparut a l’entree de la rue Nationale; une immense rumeur parcourut le peuple, rumeur ou je distinguai – et mes joues en rougirent d’indignation, et de honte – des rires, des cris de joie, et des expressions d’une telle grossierete, que je n’en avais jamais entendues, Dieu me garde, de toute ma courte vie. Me haussant sur la pointe des pieds et m’appuyant sur l’epaule de Marie qui paraissait aussi effrayee que moi, je regardai, mon pauvre coeur battant d’une emotion qui se communiquait a tous mes membres : la charrette s’arreta, adossee a l’echelle courte et roide qui conduisait de son plancher a la plate-forme de l’echafaud.