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Nicolas Bouvier : l’oeil qui ecrit

Auteur : Francois Laut

Date de saisie : 24/01/2008

Genre : Biographies, memoires, correspondances…

Editeur : Payot, Paris, France

Collection : Voyageurs

Prix : 20.00 / 131.19 F

ISBN : 978-2-228-90265-6

GENCOD : 9782228902656

Sorti le : 03/01/2008

  • Les presentations des editeurs : 19/01/2008

Nicolas Bouvier (1929-1998) : ecrivain-voyageur ? Sans doute, mais d’abord ecrivain tout court, et puis aussi Genevois, poete, photographe… A seize ans, celui qui s’emploiera a raconter le voyage pour apprendre a ecrire sait qu’il veut sillonner le monde et inventer un art de la vie. Il part sur la route de l’Orient, d’abord en auto avec un ami jusqu’a Ceylan, puis seul jusqu’au Japon. Quand il rentre a Geneve pour se marier et fonder une famille, il a quasiment dans sa besace la matiere des trois livres qui font sa reputation aujourd’hui : L’Usage du monde, Chronique japonaise, Le Poisson-Scorpion. Il lui faudra du temps pour les ecrire, il lui faudra voyager encore a travers le monde, et aussi voyager dans sa memoire.

Ce portrait se fonde sur des documents inedits : la correspondance de l’ecrivain (notamment avec le peintre Thierry Vernet, son meilleur ami), ses feuilles de route et ses carnets. Francois Laut, qui l’a connu, a egalement interroge ses proches. C’est donc un Nicolas Bouvier intime qu’il nous raconte, introspectif, souvent deprime, toujours ironique, pleinement artiste. On suit le Genevois dans les voyages qu’il n’a pas racontes et dans ce qu’il a tu ou ecarte des voyages qu’il a racontes. On le voit batailler en poete avec l’ecriture et ses demons intimes ; on le voit vivre, aimer, souffrir en consumant son existence.

Ne en 1953, Parisien de mere genevoise, Francois Laut a beaucoup voyage et longtemps vecu au Japon. Il a publie plusieurs romans, dont Ai (l’amour) en 1994 et Tohu-Bahut en 2006.

  • Les courts extraits de livres : 19/01/2008

Au nom du Pere

Les ancetres

Bous, bovem, bovin, bovarius, bouvier. Boier en vieux francais, bovairon en patois. Gardien de boeufs. Nicolas Bouvier a aime les deserts, mais la seule chose de Suisse qu’il avoue avoir parfois regrettee en voyage, c’etait le vert de l’herbe. Il preferait aussi les equides aux bovides – les chevaux des Dombes, immobiles, de l’eau jusqu’au poitrail, les chevaux noirs de Hokkaido ancres dans les pres comme de lourds navires, qui faisaient au poete oui eperdument hochant la tete, et le rassuraient quand il songeait a sa vie mal cousue.
Quels habits portaient ses ancetres ?
Ma famille est de Geneve depuis trois cents ans. Nombre de Bouvier dans les Cevennes, au musee du Desert ; dans le Dauphine aussi, a Livron-sur-Drome, par exemple, foyer des Boissonnas, la dynastie de photographes genevois dont Nicolas Bouvier ecrira l’histoire. Lui-meme se sent plus proche des huguenots francais que des calvinistes genevois, dont il dira crument que l’education l’aura fait chier et meme empeche de chier. Mais c’est une culture, un milieu qu’il remet en cause, plus que les Saintes Ecritures ou le don christique, qui l’impressionnera toujours. Il aime la vie des grandes familles reformees du XVIe siecle racontee par Michelet, les Bourbons, les Coligny, leurs femmes intrepides et strateges a qui rien n’echappe du siege d’une ville. Le calvinisme genevois, malgre l’education donnee aux jeunes filles, lui semble misogyne, et c’est une des raisons qui l’auront rapidement detourne du culte.
Le trisaieul de Nicolas Bouvier, Barthelemy, fils de Henri Francois Louis Bovy (natif de Vufflens-le-Chateau en pays vaudois) et de Rose Louise Francoise Ansermier, ne a Geneve en 1795, n’a pris qu’en 1825 le nom de Bouvier en accedant a la bourgeoisie. Entre-temps, il a epouse une Louise Bernard puis est devenu pasteur. Il voyage : precepteur a Moscou et pasteur de l’Eglise reformee. Des raisons de sante l’obligent a rentrer dans sa patrie ou il exerce jusqu’a sa mort, en 1848. C’est un excellent predicateur, populaire, d’une foi attachee a l’inspiration litterale de la Bible.
Son fils Ami Auguste Oscar Bouvier (1826-1893) voyagera aussi pour se former : a Berlin, la theologie ; au lycee Louis-le-Grand a Paris, une aumonerie ; dans les Hautes-Alpes, une mission evangelique ; a Londres, une suppleance pastorale. Retour au bercail a trente ans et longue carriere honoree par un cours d’apologetique et de dogmatique a l’universite. A Geneve ou on reste pasteur tout en etant enseignant, Auguste se montre, comme son paternel, grand predicateur double d’un ecrivain, theologien social ouvert aux sciences. Darwinien, dira Nicolas. Mieux vaut etre une abeille accomplie qu’un Adam degenere.
Loin d’etre en pareil etat, le bisaieul est fort bel homme : grand front, yeux clairs, long nez droit, bouche sensuelle ; longue chevelure rejetee sur le cote. On dirait Schiller. Il le savait, raille Jean-Elie David, son voisin de la rue Beauregard : un buste du grand poete allemand etait pose sur son bureau. Ce meme David evoque la famille Bouvier dans les annees 1870 : le theologien, pionnier du mouvement liberal ; son epouse Louise, nee Monod, fille de pasteur egalement (mais nettement moins liberal celui-la) ; leurs trois fils ; les receptions d’etudiants francais en theologie (soirees litteraires ou l’on critique, on joue, on declame) ; les lecons de litterature et de diction donnees par Mme Bouvier aux jeunes filles de bonne famille – David entendait les roulements de r jusque dans la cour – parce que Louise avait des grands-parents danois et anglais ?