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Nu dans un bocal à poissons (édition en arabe)

Auteur : Said Mohammad

« Le jour où je suis né, Najib Srour est mort dans un asile de fous, et Monica Bellucci n’était encore que mannequin de mode. Et ma mère, comme à son habitude, ramassait du bois et allumait un feu sous son tannour pour nous faire du pain.
Plusieurs fois j’ai vu le Père Noël à la télé. Je l’ai attendu longtemps dans les nuits froides, mais il n’est pas venu. Je lui en ai voulu à mort, et j’ai souhaité que les Moukhabarât l’emprisonnent pour avoir démoralisé la Nation arabe.
J’ai vécu dans une petite maison bondée qui ne savait pas ce que c’est que l’intimité. Nous dormions tous dans une seule chambre. Nous avions une grande bibliothèque dont les étagères étaient surtout occupées par les oeuvres de Marx et de Lénine. J’étais encore enfant quand j’ai lu L’Idiot et Adieu Goulsary, mais je ne me suis pas affilié au parti communiste. Pour le dire simplement, je ne tenais pas à finir castré dans l’étable de l’idéologie.
Je ne sais pas ce que c’est que le ballet et je n’aime pas les orchestres philharmoniques, et les chansons populaires me ravissent bien plus que la Sixième symphonie de Tchaïkovski. J’aime Meryl Streep et Daniel Day-Lewis, et je rêve d’assister à la cérémonie des Oscars en compagnie d’Angelina Jolie.
Je suis sorti de ma ville après que le noir l’a envahie, j’ai traversé les frontières et les barbelés pour devenir un numéro dans un registre et une photo bonne à être affichée à la une d’un journal. Maintenant je vis dans une pièce avec une seule fenêtre qui donne sur la guerre et une porte à laquelle personne ne frappe, je lis Kasamiyyât de Najib Srour et je ne regrette rien. »