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Oeuvres completes d’Henry James. Volume 3, Nouvelles, 1888-1896

Auteur : Henry James

Preface : Jean Pavans

Traducteur : Jean Pavans

Date de saisie : 03/04/2008

Genre : Romans et nouvelles – etranger

Editeur : la Difference, Paris, France

Collection : Oeuvres completes

Prix : 49.00 / 321.42 F

ISBN : 978-2-7291-1728-3

GENCOD : 9782729117283

Sorti le : 14/02/2008

  • Les presentations des editeurs : 04/04/2008

?uvres completes de Henry James

  • La revue de presse Josyane Savigneau – Le Monde du 4 avril 2008

Les Editions de La Difference publient aujourd’hui leur troisieme volume, 1888-1896 (apres 1864-1875 et 1876-1888). Le quatrieme est prevu pour 2009. Mais la presentation et la traduction sont dues a une seule personne, Jean Pavans, qui, depuis maintenant un quart de siecle – il avait alors 33 ans -, a entrepris un colossal travail de traduction de James – principalement les nouvelles, mais aussi quelques autres textes, dont Heures italiennes et Esquisses parisiennes (La Difference, “Minos”)…
Le bonheur de lire les nouvelles de James dans ce troisieme volume des Editions de la Difference tient au traducteur unique, a la sensation que James, en francais, a toujours la meme voix, le meme style – ce qui n’est pas tout a fait le cas avec des traducteurs divers. Apres les annees d’apprentissage, periode americaine (tome 1), puis la periode plus internationale (tome 2), on trouve ici, selon Jean Pavans, les nouvelles d’un moment de mutation chez James, dont le point culminant sera sa deception au theatre avec Guy Domville.

  • Les courts extraits de livres : 11/03/2008

LE MENTEUR

Le train avait une demi-heure de retard et le trajet en voiture a partir de la gare etait plus long qu’il ne l’avait suppose, donc quand il arriva a destination tout le monde dans la maison s’etait retire afin de s’habiller pour le diner et on le conduisit directement dans sa chambre. Les rideaux etaient tires dans ce refuge, les bougies etaient allumees, les buches flambaient, et une fois que le domestique eut defait ses bagages cette petite piece confortable lui parut prometteuse : annoncer un sejour agreable, une assemblee variee, des conversations, des rencontres, des affinites, pour ne rien dire d’une tres bonne chere. Il etait trop occupe par sa profession pour faire de nombreuses visites a la campagne, mais il avait entendu des gens qui disposaient de plus de temps parler de residences ou on vous traitait fort bien. Il pressentait que les proprietaires de Stayes le traiteraient fort bien. Dans une chambre a la campagne il commencait toujours par regarder les livres sur les rayonnages et les gravures sur les murs ; il considerait que ces elements permettaient en quelque sorte de mesurer la culture et meme le caractere de ses hotes. Il n’avait en l’occurrence guere le temps de les examiner, mais une rapide inspection lui indiqua que si la litterature, comme de coutume, etait surtout americaine et humoristique, les images ne consistaient ni en aquarelles faites par les enfants ni en gravures edifiantes. Les murs etaient ornes de lithographies anciennes, principalement des portraits de gentilshommes campagnards avec cols hauts et gants d’equitation : cela suggerait, et c’etait encourageant, que la tradition du portrait etait tenue en haute estime. Il y avait, sur la table de chevet, l’habituel roman de Mr Le Fanu ; lecture ideale dans une maison de campagne pour les heures nocturnes. Oliver Lyon ne put s’empecher de le feuilleter en boutonnant sa chemise.
C’est sans doute la raison pour laquelle non seulement il vit tout le monde reuni dans le vestibule quand il descendit, mais comprit au mouvement immediat vers le diner qu’on n’attendait plus que lui. On ne prit pas le temps de le presenter a une dame, et il se trouva dans un groupe d’hommes isoles, demunis de cet appendice. Ces messieurs, a la traine, hesiterent comme il se doit a la porte de la salle a manger, et le denouement de cette petite comedie fut qu’il gagna sa place le dernier. Il se dit alors qu’il etait dans une compagnie assez distinguee ; car, si jamais il s’etait senti humilie (ce qui n’etait pas le cas), il n’aurait pas pu se consoler a l’idee que c’etait un sort normal pour un jeune artiste obscur et cherchant a percer. Il ne pouvait plus s’estimer tres jeune, helas, et si sa position n’etait pas aussi brillante qu’elle aurait du l’etre, il ne pouvait egalement plus pretendre qu’il cherchait a percer. Il etait une sorte de celebrite et se trouvait apparemment dans une assemblee de celebrites. Ce constat augmenta la curiosite avec laquelle il parcourut des yeux la longue table au moment de s’asseoir.
C’etait une tablee nombreuse, de vingt-cinq personnes ; circonstance plutot etrange pour le faire venir, pensa-t-il. Il ne serait pas entoure du calme qui convient au bon travail ; cependant, assister durant les pauses au spectacle de la vie humaine n’avait jamais gene son travail. Et, bien qu’il l’ignorat, il n’y avait jamais de calme a Stayes. Quand il travaillait bien, il se trouvait dans cet heureux etat – l’etat le plus heureux pour un artiste – ou les choses en general contribuent a son idee particuliere et s’y integrent, la stimulent et la justifient, de sorte qu’en de pareils moments l’artiste a l’impression que tout ce qui peut lui arriver, meme sous la forme d’une catastrophe ou d’une souffrance, enrichira son sujet. De plus il y avait une sorte d’exaltation (qu’il avait deja eprouvee) a changer rapidement de decor, a passer d’un bond, par une fin d’apres-midi, des brouillards de Londres et de la familiarite de son atelier, a un lieu de festivites au coeur du Hertfordshire, dans une comedie deja a moitie commencee, comedie de jolies femmes, d’hommes en vue et de merveilleuses orchidees dans des vases d’argent. Il remarqua comme un fait non insignifiant qu’une des jolies femmes etait placee pres de lui, un monsieur etant assis a son autre cote. Mais il s’interessa peu a ses voisins pour le moment : il etait occupe a chercher des yeux sir David, qu’il n’avait jamais vu et dont il etait naturellement curieux. Mais sir David n’etait evidemment pas a table, fait qu’expliquait suffisamment un autre fait qui constituait a peu pres tout ce que notre ami savait de lui : le fait qu’il eut depasse quatre-vingt-dix ans. Oliver Lyon avait accepte avec grand plaisir la possibilite de faire le portrait d’un nonagenaire, et meme si l’absence du vieillard le decevait un peu (c’etait une occasion de moins de l’observer avant de se mettre au travail), cela laissait presager que c’etait une sorte de relique sacree et sans doute intimidante. Lyon regarda son fils avec d’autant plus d’interet, et se demandant s’il tenait de sir David la teinte fleurie et lustree de ses joues. Ce serait amusant a peindre, dans un vieillard, cette rougeur fripee d’une pomme d’hiver, surtout si l’oeil etait encore vif et si la chevelure avait une blancheur givree. Les cheveux d’Arthur Ashmore avaient un eclat estival, mais Lyon etait content que sa commande fut de representer le pere plutot que le fils, bien qu’il n’eut jamais vu le premier et que le second tronat en face de lui dans toute l’heureuse satisfaction de sa genereuse hospitalite.