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Pas un tombeau

Auteur : Bernard Bretonnière

Beaucoup d’écrivains ont éprouvé la nécessité de dire leur père post-mortem, pour lui rendre un dernier hommage, voire pour engager ce qu’il est convenu d’appeler un ” travail de deuil “. Lisant leurs livres, souvent magnifiques, je me suis demandé pourquoi je ne tenterais pas d’écrire aujourd’hui sur mon père vivant. La perspective d’une telle écriture, ni idolâtrie ni règlement de compte, se trouve nécessairement, et considérablement déplacée – ne serait-ce parce qu’elle échappe, de fait, à la déploration ; son risque devient alors totalement différent. Écrire au présent modifie et la forme, et le son, et le souffle ; écrire ” je t’aime ” à un vivant auquel on ne l’a encore jamais vraiment dit représente un exercice troublant ; écrire un livre – ce livre, plein de trous – qu’on ne saurait avoir la faiblesse de présenter à celui qui en est le sujet, et non le destinataire, relève d’un mouvement peu rationnel. N’empêche que tous les pères, tous les fils, les mères et les filles, sont humblement conviés, par ses pages, à se reconnaître, à se retrouver. Je rêve tout bonnement, entre candeur et vanité, d’avoir écrit le plus beau texte jamais écrit par un fils sur son père. B. B.