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Passage de la mere morte

Auteur : Jean-Claude Perrier

Date de saisie : 14/05/2008

Genre : Romans et nouvelles – francais

Editeur : Stock, Paris, France

Collection : Bleue

Prix : 14.00 / 91.83 F

ISBN : 978-2-234-05911-5

GENCOD : 9782234059115

Sorti le : 02/04/2008

  • Les presentations des editeurs : 15/05/2008

Tu me croiras si tu veux, mais j’ai oublie en quelle annee tu es morte. Je pourrais bien sur retrouver la date exacte, dans des papiers ou quelque ancien agenda, ou proceder a des recoupements. A quoi bon ? Je ne suis pas sur d’avoir meme conserve ton acte de deces, l’unique preuve officielle de ton existence. Je n’ai pas envie, je redoute meme de projeter toute la lumiere sur ton passe, ta famille, ta naissance. Pas le temps, et peur d’autres decouvertes sordides que je pourrais exhumer.
Aujourd’hui, je peux t’ecrire, comme s’il m’avait fallu attendre d’avoir la maturite et le recul necessaires.

En s’adressant a sa mere disparue, le narrateur renoue les fils de sa vie, devoile ce qu’il a tu depuis trop longtemps. Ainsi cherche-t-il a comprendre une femme insaisissable dont il ignore le passe et le vrai nom, et surtout a expliquer pourquoi elle l’a si mal aime. Pour lui, la presence de cette mere fut synonyme de desordre, de crises, de mauvais souvenirs, et meme de disparition soudaine. C’est aupres de son pere et de ses grands-parents qu’il trouva un equilibre, une vie plus paisible, tournee vers les etudes et la lecture. Toutefois il grandit avec le sentiment de n’etre pas un enfant comme les autres. Par la suite il reussit a s’accommoder de cette femme capricieuse, mais aussi attachante, a qui il ne put jamais parler a coeur ouvert, puisqu’elle esquiva sans cesse toutes ses questions.
A present qu’ils sont quittes il peut passer outre. Franchir un cap qu’il avait jusqu’alors contourne.

Jean-Claude Perrier est ne en 1957 h Paris. Journaliste litteraire, musical et art de vivre, il est egalement l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages. Il dirige la collection Domaine indien au Cherche-Midi.

  • La revue de presse Nathalie Crom – Telerama du 14 mai 2008

Qui etait-elle, cette mere aujourd’hui decedee mais a laquelle il s’adresse neanmoins en ces pages ?…
Pourquoi, devenu adulte, decide-t-on un jour de coucher ainsi sur le papier une blessure d’enfant mal aime et, de cela, inconsolable a jamais ? Pour tenter de se mettre au net avec soi, repond simplement l’auteur, qui se deleste ici de son fardeau avec une apre, severe et saisissante sincerite.

  • Les courts extraits de livres : 05/04/2008

Tu me croiras si tu veux, mais j’ai oublie en quelle annee tu es morte. Je pourrais bien sur retrouver la date exacte, dans des papiers ou quelque ancien agenda, ou proceder a des recoupements. A quoi bon ? Je ne suis pas sur d’avoir meme conserve ton acte de deces, l’unique preuve officielle de ton existence. C’est la mort qui t’a integree a une societe dont tu etais parvenue a te faire ignorer pendant presque cinquante ans – d’apres ce que j’ai pu reconstituer a grands traits : je n’ai pas envie, je redoute meme de projeter toute la lumiere sur ton passe, ta famille, ta naissance. Pas le temps, et peur d’autres decouvertes sordides que je pourrais exhumer.
Le plus stupefiant, dans ton histoire, c’est que tu ne t’es jamais cachee. Tu as, durant quelques annees, ete fonctionnaire municipale – responsable du cimetiere – dans ta banlieue. Ce fut la d’ailleurs ta seule incursion dans le systeme social. Ta seule concession, si l’on veut. Quoique cette attitude impliquerait de ta part un cote rebelle, voire anar, une position politique dont tu etais fort eloignee. Les raisons de ta marginalite etaient beaucoup plus personnelles.
Sur ta bonne mine, ton bagou, parce que tu habitais depuis longtemps la commune, et que ton dernier compagnon, ce malheureux Rene, etait un ami d’enfance du maire, tu avais ete engagee sans avoir a fournir aucune piece d’identite, aucune carte de la Secu. Ces quelque dix ans ou tu as travaille pour la mairie, tu as ete salariee et declaree. Ton employeur a cotise pour toi a la Securite sociale, tu as meme eu droit a une petite retraite, inferieure au RMI. Tu as donc beneficie de ce minimum. Paradoxalement, c’est cette integration tardive qui a cause ta perte, fait voler en eclats le mensonge, la supercherie sur quoi tu avais vecu depuis ton arrivee a Paris, dans les annees cinquante. Tu avais a peu pres vingt-cinq ans. Un demi-siecle plus tard, tu mourais. Et aujourd’hui, je peux t’ecrire, comme s’il m’avait fallu attendre d’avoir la maturite et le recul necessaires.
C’etait un mois de juin pluvieux et maussade, comme celui-ci. Je passais le week-end a la campagne, dans cette vieille maison normande ou tu etais venue quelquefois, des que je l’avais achetee. Tu t’y plaisais apparemment, bien plus a l’aise dans un jardin qu’en ville, meme si tu aimais venir a Paris pour me voir le samedi, ou aller trainer dans les grands magasins.
De ta jeunesse parisienne, tu avais garde un gout pour les cafes bruyants, la foule – encore une chose qui nous separait.
Je me souviens des celebrations du bicentenaire de la Revolution, en 1989. J’avais alors un bureau a Neuilly, sur les bords de la Seine, juste en face des tours de la Defense, que Jean-Michel Jarre avait choisies comme decor pour l’un de ces shows a grand spectacle dont il a le secret. Apres, un feu d’artifice memorable serait tire. Le patron avait autorise ses collaborateurs a inviter leur famille pour assister a l’evenement, depuis nos fenetres tres privilegiees, un verre a la main. Je t’ai attendue toute la soiree. Tu avais prefere rester dans la foule des spectateurs, et tu m’as confie le lendemain t’etre beaucoup amusee, avoir parle avec des jeunes qui s’etonnaient qu’une femme de ton age (presque soixante-cinq ans) assise par terre, a cote d’eux, partage a la dure les heures d’attente, la chaleur, puis la cohue pour regagner le metro. Tu adorais ca.