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Petites chroniques du dimanche soir. Volume 2, 2006-2007

Auteur : Michel Serres

Date de saisie : 18/10/2007

Genre : Philosophie

Editeur : le Pommier, Paris, France

Collection : Essais

Prix : 19.90 / 130.54 F

ISBN : 978-2-7465-0338-0

GENCOD : 9782746503380

  • La voix des auteurs : Michel Serres – 18/10/2007

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Michel Serres – 09/10/2007

  • Les presentations des editeurs : 21/09/2007

Chaque dimanche soir, les auditeurs de France info savourent le bonheur de reprendre gout a l’actualite. Chaque dimanche soir, pendant sept minutes, un penseur donne sens a quelques evenements qui faconnent notre monde. Chaque dimanche soir, relance par Michel Polacco, Michel Serres cherche a dire ce qui se cache sous l’information.
Suite des chroniques precedentes, qui couraient de septembre 2004 au tout debut fevrier 2006, ces nouvelles chroniques continuent de distiller leur petite musique, aussi aerienne que profonde. Que la conversation evoque le 11 Septembre, la montee des eaux, le debat politique, les musees, l’image, la nostalgie ou la gourmandise… tous les sujets abordes, des plus spectaculaires aux plus triviaux, nous reconnectent a notre planete. Notre quotidien redevient eloquent.

Professeur a Stanford University, membre de l’Academie francaise, Michel Serres est l’un des rares philosophes contemporains a proposer une vision du monde ouverte et optimiste, fondee sur une connaissance des humanites et des sciences. Il est l’auteur de tres nombreux essais philosophiques et d’histoire des sciences, dont la serie des Hermes (Editions de Minuit), Les Cinq Sens (Grasset), Le Tiers-Instruit (Francois Bourin), Les Origines de la Geometrie (Flammarion), La Legende des Anges (Flammarion) et, au Pommier, Variations sur le corps, Hominescence, L’Incandescent, Rameaux et Recits d’humanisme, notamment. Michel Polacco a dirige France Info de 2002 a 2007.

  • Les courts extraits de livres : 21/09/2007

Le faux
Chronique du 12 fevrier 2006

– Michel Serres, bonjour.

– Bonjour.

– Cette semaine, parlons du faux. En quelques jours, l’actualite nous a donne de tristes exemples de falsification : dans des revues de grande notoriete comme The Lancer, Nature et Science, des chercheurs ont fait des communications dont ils ont fini par reconnaitre qu’elles n’etaient que tromperies. Michel Serres, on connait bien des menteurs, on entend bien des mensonges, mais quelle surprise, dans ces celebres revues et avec de tels hommes de science !

– Quelle surprise en effet ! Mais comparons cette histoire extraordinaire avec des histoires ordinaires. Vous partez tous les matins a votre travail en voiture. Et tous les matins, votre voiture demarre complaisamment. Un jour – quelle surprise ! – elle refuse, le moteur ne demarre pas. Que faites-vous ? Tous les jours elle a tout juste, aujourd’hui elle a tout faux ! Quelle surprise ! Pourtant, sur dix, cent, mille, dix mille fois ou vous prenez votre voiture, le calcul des probabilites dit qu’elle ne demarrera pas au moins dix ou douze fois. La loi des grands nombres veut qu’il y ait des ennuis, qu’il y en ait un pourcentage donne, ineradiquable. Ces ennuis, on ne peut les supprimer : sur des milliers d’articles qui paraissent a un moment donne dans ces revues-la, il y a forcement un pourcentage donne d’erreurs. Le calcul sur les donnees confirme d’ailleurs le calcul des probabilites.

– Vous excusez l’erreur de ces revues au nom de la loi des grands nombres.

– Si, par exemple, telle population consomme un million de cachets d’aspirine, il y en aura cent qui rendront malades quelques-uns. Tous les autres gueriront.

– Trois en quelques mois… la, ca va vite.

– Nature ou The Lancet existent depuis longtemps. Je n’excuse pas. J’evoque simplement le calcul des probabilites. Mais ce qui m’interesse, c’est cette voiture qui ne demarre pas. Que faites-vous quand la voiture ne demarre pas ? Vous ouvrez le capot pour y chercher ce qui ne va pas. Quand elle marche, la voiture ne vous apprend rien. Mais lorsqu’elle refuse tout service, vous cherchez la panne. Vous allez detailler les organes. Vous allez l’inspecter, l’ausculter, entrer dans sa connaissance. Elle vous apprendra alors a la connaitre. Dans une experience scientifique, c’est un peu la meme chose. Une experience marche. Va-t-elle confirmer la theorie ? Je ne peux completement l’affirmer. Parce que je ne peux affirmer que les dix, vingt ou trente experiences qui vont suivre vont elles-memes marcher. Je n’en sais rien. Par consequent, le positif, d’une certaine maniere, n’est pas fiable. Le negatif enseigne plus et mieux que lui.

– Vous me faites l’apologie du retour d’experience…

– Attendez ! Il y a deux sortes de faux : le bon faux et le mauvais faux. Parlons du mauvais faux auquel vous venez de faire allusion. C’est de la triche intentionnelle, de la fraude faite pour tromper. Je voudrais dire tout le mepris que m’inspire la triche. Je pense que le tricheur est petit. En morale, il n’y a pas le bien et le mal, il n’y a pas le bon et le mauvais : il y a le grand et le petit. Le tricheur gagne sur de petits coups minables. Au fond, le tricheur se considere lui-meme comme un incapable, puisqu’il triche. Il n’apprendra donc jamais rien qui vaille. Il n’y a ni bien ni mal, ni bon ni mauvais. Il y a le grand et le petit, le haut et le bas. Celui qui triche est petit et bas. Il n’ira pas loin. Il restera mediocre et nul.