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Philosophie du jugement politique : Debat avec Vincent Descombes

Auteur : Vincent Descombes

Date de saisie : 14/01/2008

Genre : Politique

Editeur : Points

Collection : Points. Essais, n 593

Prix : 10.00 / 65.60 F

ISBN : 978-2-7578-0715-6

GENCOD : 9782757807156

Sorti le : 03/01/2008

  • Les presentations des editeurs : 15/01/2008

Philosophie du jugement politique

En 1994, dans la revue La Pensee politique, Vincent Descombes publiait un article intitule Philosophie du jugement politique. L’annee suivante, le debat ne de ses analyses donnait l’occasion a Vincent Descombes de repondre. C’est cet ensemble qui est donne a lire ici, exemple rare a l’epoque contemporaine de l’exercice philosophique dans ce qu’il a de plus fecond : le dialogue.
Avec des contributions de Vincent Descombes, Thomas Pavel, Alain Boyer, Monique Canto-Sperber, Cornelius Castoriadis, Jean-Pierre Cometti, Anthony de Jasay, Philippe de Lara, Marc de Launay Jean-Pierre Dupuy, Jean-Marc Ferry, Philippe Raynaud, Alain Renaut, Nicolas Tenzer.

Vincent Descombes

Directeur d’etudes a l’Ecole des hautes etudes en sciences sociales. Il a notamment publie Philosophie par gros temps (Minuit, 1989), Les Institutions du sens (Minuit, 1996), Le Complement de sujet (Gallimard, 2004) et Le Raisonnement de l’ours et autres essais de philosophie pratique (Seuil, 2007).

  • Les courts extraits de livres : 15/01/2008

Vincent Descombes

Philosophie du jugement politique

S’il fallait en croire ce qu’on entend dire dans les colloques et les decades philosophiques, notre situation touchant la philosophie politique serait des plus embarrassees. Nous aurions le choix entre des philosophies qui en font trop et des philosophies qui n’en font pas assez-
Les philosophies qui en font trop sont celles qui nous procurent des fondements de la politique, mais a condition que nous tirions ces fondements de la raison pure. Il en resulte aussitot ceci : des que nous entreprenons de reflechir en philosophes sur la politique, nous sommes censes avoir deja pris toutes sortes de decisions en faveur de la raison et de l’universel. De ces engagements en faveur du rationnel qu’il nous impute, le philosophe se fait fort de deriver les grandes lignes d’un droit equitable et d’un ordre politique legitime. Ainsi, et avant meme que notre examen n’ait commence, toute une conception de la cite ideale s’est deja mise en place : nous serons reputes l’avoir adoptee. Qui plus est, nous l’aurons toujours deja adoptee a titre de presuppose ou de condition de possibilite de toute discussion sur le sujet. La conception en question est, chose etonnante, soustraite a l’examen qui va commencer : elle jouit du privilege exorbitant d’etre d’emblee inscrite parmi les principes sur lesquels on ne reviendra pas. Je parlerai, pour ce genre de philosophie qui ne concoit de fondement que sous la modalite du necessaire, de philosophie fondationnaire (comme on dit fonctionnaire ou revolutionnaire).
Ce statut special dont beneficient, selon le philosophe fondationnaire, les formes politiques qu’il recommande pourrait etre compare au privilege dont jouirait un invite qui serait inscrit d’avance sur toutes les listes d’invitation, avant meme que les maitresses de maison n’aient commence a se demander qui il convenait de convier. L’idee d’un invite qui serait partout necessaire semble contradictoire. Celle d’une forme politique qui serait en quelque sorte deja dessinee dans l’idee meme d’un examen philosophique des formes politiques pourrait bien relever d’une meme confusion entre la condition d’une reflexion et son objet.
Les philosophies qui n’en font pas assez sont celles qui, apres nous avoir rappele que la politique n’est justement pas une chose qu’on puisse fonder sans rien presupposer, nous disent qu’il faut nous accommoder de cet etat des choses et renoncer a toute reflexion radicale ou fondamentale sur les affaires de la vie et de l’action. Elles nous font observer, non sans raison, que la politique n’est pas une affaire rationnelle dans le sens ou la construction axiomatique d’un systeme deductif est une affaire rationnelle, et qu’elle ne saurait le devenir, a moins de cesser d’etre un domaine ou il faut prendre des decisions et faire preuve de volonte. Mais ces philosophies nous suggerent-elles un autre sens possible de la reflexion radicale ou de l’examen du sens ultime d’une decision politique ? Non, car elles partagent en fait les conceptions du fondationnaire. S’il y avait une place pour la philosophie dans une reflexion politique, cette philosophie serait justement un exercice de determination a priori de la forme politique susceptible de donner satisfaction a une raison universelle. Puisque cet exercice parait suspect, c’est que nous sommes dans une epoque post-philosophique ou post-metaphysique.
Il me semble que toute cette discussion est menee dans un etonnant climat d’irrealite. Le fait est particulierement sensible si nous considerons les cas d’ecole qui figurent de facon recurrente dans les textes contemporains traitant de la possibilite meme d’une rationalite politique. Je reviendrai plus loin sur un exemple classique qui me semble particulierement instructif, celui du nazi rationnel.
A l’origine de cette paralysie de la reflexion philosophique contemporaine, je crois qu’il faut incriminer la tendance persistante a poser les problemes pratiques comme s’il s’agissait de problemes theoriques. Je veux dire, a faire comme si l’acteur se demandait, tel un chercheur, ce qui est le cas, et non ce qu’il lui faut faire.