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Pieces baroques

Auteur : Jean Anouilh

Date de saisie : 13/03/2008

Genre : Theatre

Editeur : Table ronde, Paris, France

Collection : La petite Vermillon

Prix : 10.00 / 65.60 F

ISBN : 978-2-7103-3042-4

GENCOD : 9782710330424

Sorti le : 13/03/2008

  • Les presentations des editeurs : 05/04/2008

Cher Antoine ou l’Amour rate.
Ne reveillez pas Madame.
Le Directeur de l’Opera.

  • Les courts extraits de livres : 05/04/2008

PREMIER ACTE

Le hall d’une grande maison ancienne d’un style baroque etranger. Entrent en costume de voyage une jeune femme en deuil, un homme en noir aussi. Ils semblent visiter la maison.

MARCELLIN. – C’est un petit bijou de decoration baroque, dans un batiment du XVIe. C’est admirable !
ESTELLE, detachee. – Oui, Antoine a toujours eu des maisons admirables. C’etait une maladie chez lui. Quand un pays lui plaisait, il fallait qu’il y achete une maison. En vieillissant, son cas s’etait aggrave ; il avait fini par croire que l’achat d’une nouvelle maison etait susceptible de resoudre toutes les difficultes. Notre separation – ou enfin, son eloignement, puisqu’il ne m’a jamais demande le divorce – a ete jalonnee par je ne sais combien d’acquisitions immobilieres. Il s’etait figure, parce que nous y avions passe le temps le plus heureux de notre voyage de noces, que Florence serait le lieu de notre reconciliation. Un autre y aurait reserve une suite au Grand Hotel, il y a achete une villa sur les hauteurs de Fiesole ou nous ne sommes restes qu’un jour : le temps d’une dispute, d’ailleurs definitive. Plus tard, lorsque nous avons decide, d’un commun accord, de mettre Philippin aux Roches, l’idee de le voir le dimanche, dans un restaurant, le rendant malade, il a acquis une maison a Verneuil. Les murs, c’etait sa facon de croire a la famille. Il ne se demandait jamais ce qu’on allait y mettre dedans. C’etait, je dois le dire, un tres joli manoir normand. Le gout, chez Antoine, etait la seule chose en quoi l’on pouvait lui faire entierement confiance. Nous y avons dejeune quatre dimanches – en famille, c’est-a-dire sans nous dire un mot – entoures de domestiques bienveillants qui doivent nous y attendre encore. Autre detail, il engageait partout des gens dont il avait le secret de se faire adorer. (Elle hausse les epaules, aigre.) Si on peut appeler cela un secret : les servantes jeunes, il les caressait; les vieilles, il les traitait comme des duchesses et les embrassait sur les joues.
MARCELLIN. – Habitude de theatre ! Antoine embrassait tout le monde sur les deux joues.
ESTELLE, poursuivant sans relever. – Quand j’ai fini par retirer Philippin des Roches pour le garder pres de moi a Paris, Antoine habitait deja ici, en Baviere, avec cette fille, pour laquelle, bien entendu, il n’avait pu faire moins que d’acheter un burg. Le probleme de sa visite mensuelle aux enfants se posant (il ne voulait pas revenir avenue Bugeaud, ou je l’aurais pourtant accueilli), vous pensez peut-etre qu’il aurait pris une chambre au Ritz ? C’etait mal le connaitre. Il s’est achete et meuble pour ce nouvel adultere familial une garconniere rue de Prony, dont la concierge, rendue attentive par les moeurs du quartier, a fait je ne sais combien de rapports a la police, disant que le nouveau proprietaire y debauchait des mineurs – Marie-Christine et Philippin venaient en effet a tour de role y passer la nuit. Granchatre, le prefet, tres ennuye, l’a meme convoque en lui recommandant un peu plus de discretion dans ses vices !
MARCELLIN. – C’est follement drole !
ESTELLE. – N’est-ce pas ? Je me suis astreinte avec Antoine a trouver tout, toujours, follement drole. J’ai panache pendant quinze ans les crises de fou rire et les sanglots.
MARCELLIN. – Pauvre Estelle !
ESTELLE repete drolement. – Pauvre Estelle. C’est ce que tout le monde disait a Paris. Avant je m’appelais seulement Estelle ; j’ai eu droit a un second prenom. Pauvre-Estelle avec un trait d’union. Pauvre ! C’est un charmant prenom. Et qui me va si bien. Vous ne trouvez pas ?
MARCELLIN se rapproche. – Vous vous calomniez. Je connais beaucoup d’hommes – dont moi d’ailleurs – qui…
ESTELLE le coupe. – Epargnez-moi ce vieux refrain. J’avais decide que, dans notre couple bancal, l’un des deux au moins serait fidele – pour faire une moyenne.
MARCELLIN. – Fidele a qui ? A quoi ?
ESTELLE, nette, fermee. – A moi, mettons.
Elle regarde autour d’elle et s’exclame :
Il faut avouer qu’il l’avait assez bien logee, la petite derniere !
MARCELLIN. – Vous n’etiez jamais venue ici ?